Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a confirmé mercredi les nouveaux pouvoirs octroyés aux infirmières practiciennes spécialisées.

Médecins-infirmières: un «partenariat» et non une relation d'autorité

Il aura fallu une conférence de presse et les questions serrées des journalistes pour que soit un peu plus clair le rôle que les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) pourront dorénavant jouer avec l’entrée en vigueur des nouveaux règlements encadrant leur pratique, convenus cette automne, mais officialisés par le gouvernement mercredi.

Ces nouveaux règlements seront effectifs à compter du 8 mars, même si des ficelles restent encore à attacher, les lignes directrices n’ayant pas encore rédigées, a-t-on compris en conférence de presse. 

Dans le communiqué transmis aux médias par l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ), celle-ci déplorait que les patients souffrant de problèmes de santé chronique pour lesquels les IPS auront initié un traitement «devront obligatoirement voir un médecin dans les semaines suivant l’amorce du traitement». 

«Le maintien d’une telle exigence, peu importe la condition des patients, implique pour ces derniers une duplication de services et de déplacements», dénonçait l’AIPSQ.

Questionné sur cette lecture de la nouvelle réglementation, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et le président du Collège des médecins du Québec, le Dr Charles Bernard, ont longuement insisté sur le concept de «partenariat» entre les IPS et les médecins. 

«Il n’est pas systématique que le patient soit vu par le médecin, mais il est systématique que le médecin soit informé […]. Donc non, il n’y a pas d’obligation, mais il y a une obligation de partenariat entre l’IPS et le médecin» quand la situation clinique l’exige, a expliqué le ministre Barrette, selon qui le partenariat est nécessaire «pour s’assurer qu’on ne crée pas de nouveaux silos».

En principe, les IPS ne peuvent pas poser de diagnostic, cet acte étant réservé aux médecins. Est-ce à dire qu’elles pourront le faire pour les maladies chroniques (diabète, hypertension, hypercholestérolémie, asthme, maladies pulmonaires obstructives chroniques et hypothyroïdie), alors que le nouveau règlement leur permet d’amorcer des traitements pour ces maladies? 

Le ministre de la Santé a cité l’exemple du diabète. «Le diagnostic de diabète, ce n’est pas un diagnostic très complexe à faire», a-t-il commencé avant de laisser la parole au Dr Charles Bernard, qui a préféré parler de problèmes «identifiés» par l’IPS plutôt que «diagnostiqués». «Pour confirmer un diagnostic plus compliqué, l’IPS va faire affaire avec son médecin partenaire», a dit le président du Collège des médecins. 

«Le diabète, malgré que ce soit une maladie facile à diagnostiquer, c’est une maladie qui apporte énormément de complications, et il faut avoir un suivi rigoureux» avec notamment un médecin partenaire, a exposé le Dr Bernard. 

«L’IPS et le médecin doivent se parler, c’est ça l’objectif. Ce qu’on veut éviter, c’est qu’il y ait des gens qui partent tout seuls pis qu’après ils ne savent plus quoi faire et partent dans une mauvaise direction. On veut qu’il y ait une cohésion», a-t-il ajouté. «C’est sûr qu’il va devoir y avoir une discussion» entre le médecin et l’IPS après l’amorce par celle-ci d’un traitement pour une maladie chronique, a-t-il insisté. 

Pour le ministre Barrette, il s’agit bien d’un «partenariat» entre l’IPS et le médecin, et non d’une «relation d’autorité où le médecin supervise chaque acte posé par l’IPS». 

À la fin de la conférence de presse, la présidente de l’AIPSQ, Christine Laliberté, s’est dite satisfaite et rassurée par les propos tenus par le ministre et le président du Collège. 

Un processus laborieux

Outre les traitements pour les maladies chroniques, les IPS auront, avec les nouveaux règlements, une plus grande flexibilité dans la prescription de médicaments, de tests diagnostics et d’imagerie médicale grâce à l’abolition de listes préétablies. La nouvelle réglementation a également ajouté trois nouvelles classes de spécialité pour les IPS (adulte, pédiatrique et santé mentale), en plus de bonifier celles de première ligne et de néonatalogie.

Il n’a pas été facile d’accoucher de ces nouveaux règlements, ont convenu le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (pour rappel, la dernière réglementation sur la pratique des IPS remontait à… 2005). 

La présidente de l’AIPSQ aurait aimé faire des gains «encore plus importants afin de combler totalement notre retard par rapport aux IPS du reste du pays». Christine Laliberté souhaite que les IPS soient notamment autorisées à signer certains formulaires, dont l’évaluation du maintien du permis de conduire, et à référer leurs patients directement à des médecins spécialistes. 

Selon la présidente de l’Ordre des infirmières, Lucie Tremblay, s’il a fallu autant d’années pour élargir le champ de pratique des IPS, c’est parce qu’«on a un système professionnel unique au monde, où les relations sont normées par ce système professionnel». 

Contrairement à Christine Laliberté, Mme Tremblay s’est dite d’avis qu’«avec la nouvelle réglementation qu’on a, on prend une longueur d’avance sur ce qui se passe ailleurs au Canada».

Le ministre Barrette a pris l’an dernier l’engagement d’intégrer 2000 IPS dans le réseau d’ici 2025. Actuellement, le Québec compte 470 IPS, dont le salaire varie entre 50 000$ et 93 000$.

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LA FIQ RÉCLAME UNE LOI VISANT À ABAISSER LES RATIOS PATIENTS-INFIRMIÈRE

La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) réclame l’adoption d’une loi visant à revoir à la baisse les ratios patients-infirmière.

La révision des ratios est un enjeu fondamental pour régler la crise actuelle de la surcharge de travail des infirmières, a rappelé mercredi la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, lors d’une mêlée de presse, en marge de rencontres avec les différents groupes parlementaires représentés à l’Assemblée nationale.

Mme Bédard rencontrera le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, mardi prochain et compte bien aborder ce sujet.

«Il est temps vraiment qu’on aille vers une loi», a-t-elle fait valoir.

Une première rencontre a eu lieu entre les deux la semaine dernière pour examiner la situation et voir les pistes de solution au problème de la surcharge de travail, du temps supplémentaire obligatoire et des ratios jugés trop élevés.

Le ministre s’était engagé alors à présenter des solutions rapidement pour dénouer la crise.

Au cours des dernières semaines, dans les médias, les témoignages se sont multipliés d’infirmières se disant épuisées, croulant sous la tâche.

La FIQ fait écho à cet appel et soutient qu’un trop grand nombre de patients sont sous la responsabilité d’une seule infirmière durant son quart de travail, partout au Québec, tant en milieu hospitalier qu’en CHSLD.

Mme Bédard dit que la Californie et l’Australie pourraient servir d’exemple au Québec à ce chapitre, s’étant dotées de lois sur les ratios dans le secteur de la santé.

«En Australie, en CHSLD, c’est une infirmière pour 15 patients. Ici, c’est 75, 100, 125» patients par infirmière, a illustré Mme Bédard pour justifier l’adoption d’une loi contraignante.

«On est vraiment dû pour se mettre au travail», a-t-elle ajouté.

Une baisse des ratios supposerait cependant l’embauche d’un grand nombre d’infirmières et entraînerait des coûts élevés.

L’opposition péquiste de même que Québec solidaire se sont montrés tous deux favorables à l’adoption d’une telle loi pour assurer de meilleurs soins aux patients et alléger la tâche des infirmières.

Sortir cet enjeu des négociations syndicales serait une bonne idée, a commenté la vice-chef de l’opposition péquiste, la députée Véronique Hivon, en mêlée de presse après sa rencontre avec Mme Bédard, disant privilégier une approche axée sur la prévention, ce qui assure «des coûts moindres à long terme».  La Presse canadienne