Dans les débuts de Matane Air Services, Elspeth Russell et Gerry Burnett effectuaient eux-mêmes l’entretien des appareils, en plus de piloter.

Matane honore deux pionniers de l’aviation civile

MATANE — La Ville de Matane honore deux pionniers de l’aviation civile en nommant ses installations aéroportuaires l’Aéroport Russell-Burnett, en l’honneur d’Elspeth Russell et de Gérard «Gerry» Burnett, qui ont fondé en 1947 et exploité jusqu’en 1965 la firme Matane Air Services.

Formant un couple dans la vie, Mme Russell et M. Burnett ont fait passer l’aviation du secteur de Matane à l’ère moderne, possédant jusqu’à sept appareils et instaurant un service aérien régulier, souvent sur demande, pour relier la rive sud et la rive nord du Saint-Laurent.

L’aéroport de Matane subira sous peu une refonte de 7 millions $ afin de satisfaire les besoins de pilotes locaux, des gens d’affaires et dans le but d’accueillir l’avion-ambulance du gouvernement du Québec. Les installations méritaient un nom, note le conseiller municipal Eddy Métivier.

«C’est pour rendre hommage à ces deux pionniers. Pendant 18 ans, Matane Air Services a transporté un quart de million de personnes sans une égratignure, souvent dans des conditions difficiles, sans instruments. Elspeth a été la première femme pilote commerciale au Québec. Elle a été intronisée au Panthéon de l’air et de l’espace au Québec en 2002», précise-t-il.

Elspeth Russell et Gerry Burnett se sont connus en Angleterre pendant la Deuxième Guerre mondiale. Élevée à Matane et issue d’une famille engagée dans le commerce du bois d’œuvre, elle s’est retrouvée en Angleterre après avoir obtenu sa licence de pilote à Cartierville.

«Elle venait d’avoir 20 ans. Elle avait le goût de la liberté et elle voulait être pilote. Elle avait trafiqué un peu sa grandeur et son âge, parce qu’il fallait avoir 21 ans pour être mobilisée. Il fallait avoir 100 heures de vol (en solo) et elle en avait fait 15 ou 20, mais le carburant était rationné et elle a obtenu sa licence quand même», raconte son fils Peter.

Né au Wisconsin d’un père anglais et d’une mère française, M. Burnett avait été envoyé en Angleterre par ses parents juste avant la guerre pour parfaire ses études. Il venait d’obtenir son diplôme en économie quand il a été mobilisé pour travailler dans les installations de l’ATA, l’Air Transport Auxiliary, d’abord à l’entretien des appareils, puis comme pilote.

Cet organisme civil avait pour mission de convoyer les avions utilisés à des fins militaires entre les manufacturiers et les hangars d’entretien d’une part, et les bases militaires d’autre part. Elspeth Russell et Gerry Burnett ont piloté des centaines de 300 000 avions convoyés durant le conflit par l’ATA.

Une cinquantaine d'avions différents

«Ils ont piloté peut-être 50 modèles d’avions différents, de différents points en Angleterre, en Irlande en Écosse vers les bases, surtout situées au sud de l’Angleterre. Le carnet d’instructions de chaque avion tenait sur un carton de trois pouces par huit, recto verso. La technologie était moins avancée», dit Peter Burnett.

Elspeth Russell a notamment piloté des bombardiers fabriqués aux États-Unis pour livraison outremer. Cette versatilité jouera un rôle important quand le couple, après s’être marié en Angleterre en novembre 1945, s’établira à Matane en 1946, pour fonder Matane Air Services en 1947. Les pistes étaient souvent en gravier, et le brouillard s’invitait lors des vols.

Le nouveau nom de l’aéroport comble Aurélie Russell-Burnett, qui porte les noms de ses grands-parents paternels, une idée de Peter Burnett pour perpétuer le nom de sa mère, décédée en 1974. M. Burnett est mort en 2015.

«Ils ont chacun leur part dans l’histoire. Ça coulait de source. C’est encore plus particulier parce que c’est mon nom au complet. Finalement, ça me rend fière, même si j’hésitais à employer ce mot au début. Les générations futures vont se souvenir de ces gens-là, et garder leur histoire vivante», dit-elle.

Pascal Bérubé, député de Matapédia-Matane à l’Assemblée nationale, est «heureux qu’on rende hommage à deux personnes plus grandes que nature. J’ai été locataire de M. Burnett et je cherchais des occasions, outre pour payer le loyer, afin de l’entendre parler de ses années dans l’aviation».