Plus ou moins 350 producteurs laitiers ont remonté bruyamment la rue Principale­, sous escorte policière.

Manifestation des producteurs de lait à Granby

Les producteurs agricoles de la Montérégie, mécontents du nouvel Accord États-Unis-­Mexique-Canada (AEUMC), ont manifesté leur colère à Granby, vendredi. Plus ou moins 350 producteurs laitiers et leurs alliés ont remonté bruyamment la rue Principale, sous escorte policière.

Les manifestants se sont donné rendez-vous dans le stationnement des Galeries de Granby avant d’entreprendre une procession qui les a menés au Parc Miner, devant le bureau du député Pierre Breton. Ils avaient sorti l’artillerie lourde, alors que le cortège était mené par un imposant tracteur et qu’une douzaine d’autres fermaient la marche.

Ayant le sentiment d’avoir été utilisés comme monnaie d’échange pour apaiser Donald Trump, les manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des slogans tels que « Forts et unis », « Notre avenir compromis » et « Trudeau à genoux devant Trump ». Ils en ont rajouté vendredi, en affirmant que le « manque de courage du gouvernement Trudeau est une menace sans précédent pour notre souveraineté alimentaire ».

« Au Québec, on produit 40 % du lait canadien. Nous sommes les plus touchés par la mesure », a dénoncé le président des producteurs de lait du Québec, Yvon Boucher, qui estime ses propres pertes à 100 000 $ annuellement.

« Il y a 50 ans, M. [Pierre-Elliott] Trudeau a mis sur pied la gestion de l’offre. Aujourd’hui, son fils [Justin] est en train de la démolir. On a un système juste et équitable envié partout dans le monde. On respecte les règles, mais de l’autre côté de la frontière, les producteurs sont indisciplinés. Ils surproduisent et le gouvernement leur donne des millions de dollars. On est pénalisés pour régler un problème politique. Ça n’a aucun sens. Il ne faut pas plier devant ça », a poursuivi le Césairois.

Rappelons que l’UPA Montérégie allègue que le nouvel accord fragilise tous les pans de l’industrie, qui génère, dans la Montérégie seulement, un produit intérieur brut de plus d’un milliard de dollars, de même que plus de 15 000 emplois. Le syndicat de producteurs s’attend à des impacts sur la vitalité économique des communautés, particulièrement en milieu rural où l’agriculture représente l’une des activités au cœur de la vie locale.

« C’est la troisième fois en quatre ans que le gouvernement pile sur la tête des producteurs laitiers pendant des négociations sur des accords commerciaux », a pour sa part précisé Jérémie Letellier, premier vice-président de l’UPA Montérégie.

Des craintes pour la relève

C’est en moyenne un mois complet de revenus que pourraient perdre les producteurs laitiers si le nouvel accord de libre-échange est entériné par le Canada, prévient Pierre-Luc Coupal, producteur de Saint-Ignace-de-Stanbridge. « C’est comme si on travaillait tout le mois de décembre pour rien », dit celui qui estime à plusieurs dizaines de milliers de dollars les pertes engendrées par sa ferme de 45 vaches laitières.

Les producteurs craignent également que la nouvelle brèche de 3,5 % dans la gestion de l’offre ne complique encore plus le transfert des propriétés à la relève.

Gérard Deschamps exploite une ferme à Warden en compagnie de ses deux fils. Deux de ses petits-enfants sont fraîchement diplômés de l’Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe.

« C’est l’avenir de notre famille, cette ferme-là », note l’octogénaire, qui ne digère toujours pas l’ouverture du marché au fromage européen, qui a déjà pénalisé les producteurs laitiers.

C’est l’avenir de son entreprise qui est en jeu si le nouvel accord de libre-échange entre en vigueur, soutient Marie-Pier Vincent, productrice de Saint-Valérien-de-­Milton et membre de l’association régionale de la relève agricole. « Je ne pourrais pas survivre avec ces coupures, dit celle qui a acquis sa propriété d’un producteur qui ne fait pas partie de sa famille. On est en train de se faire asphyxier. Pour nous, ce n’est pas une option. »

Acheter canadien

Les manifestants invitent la population à leur témoigner leur soutien en achetant des produits faits à partir de lait canadien. 

L’ancien maire de Farnham, lui-même producteur, était présent pour soutenir ses confrères. « On fait un bon produit, souligne Josef Hüsler. La qualité devrait primer sur la quantité. C’est très important d’acheter du lait canadien. »

« Les consommateurs ont le pouvoir de nous aider, a fait valoir M. Boucher. Se soumettre aux multinationales américaines pour se nourrir, ce n’est pas ce qu’on veut pour nos enfants. »