Le Maersk Patras au port de Montréal

Maersk Patras: une pratique dangereuse à l’origine de la disparition du marin

BAIE-COMEAU — Selon la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), le marin du Maersk Patras tombé à la mer au large des Escoumins dimanche dernier effectuait une tâche qui doit normalement être accomplie par les débardeurs du port de Montréal.

En conséquence, le syndicat, représenté dans cette affaire par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), a demandé jeudi à Transports Canada d’interdire aux marins étrangers de faire des manœuvres de sécurage et de désécurage du cargo pendant que le navire est en mouvement sur le Saint-Laurent vers le port de Mont­réal ou après l’avoir quitté.

Le second officier du Maersk Patras, Ravindu Lakmal Pieris Telge, un Sri Lankais âgé de 31 ans, manœuvrait une barre de sécurage d’une longueur de quatre mètres lorsqu’il est passé par-dessus bord. La Sûreté du Québec a confirmé que le marin travaillait sur les conteneurs au moment du drame. Rappelons que son corps n’a toujours pas été retrouvé.

«Transports Canada permet, dès qu’un navire arrive à la hauteur des Escoumins, qu’un marin fasse du sécurage et du désécurage», a expliqué le conseiller syndicat du SCFP Michel Murray. «À notre connaissance, Montréal est le seul port au monde où cette pratique illégale et dangereuse existe.»

Selon M. Murray, les marins qui s’adonnent à cette pratique ne sont pas formés et équipés pour ce faire. De plus, ces derniers en ont déjà suffisamment avec leurs tâches habituelles. «C’est assez honteux que ce genre de chose se fasse encore», a-t-il ajouté en réclamant des actions immédiates pour interdire ce travail.

Le conseiller syndical qualifie cette pratique de «travail au noir». Il soutient même que le SCFP peut le démontrer. «Ça peut donner de 7000 à 8000 $ par navire, en argent comptant. Quelqu’un monte à bord avec une enveloppe. On a des preuves de ça», a-t-il assuré.

Multiples rapports

Selon le SCFP, le Syndicat des débardeurs du port de Montréal et l’ITF a fait de multiples représentations auprès de Transports Canada, au cours des deux dernières années, pour exposer les risques que prenaient les marins qui réalisaient ce type de manœuvre. Les syndicats avaient déjà demandé au gouvernement canadien de mettre fin à cette pratique. «On n’a jamais eu de réponse de personne là-dessus», a martelé M. Murray.

«Le port de Montréal et l’Association des employeurs maritimes doivent prendre leurs responsabilités afin de s’assurer de la sécurité des marins. L’an dernier, le décès d’une baleine dans le fleuve Saint-Laurent avait occasionné des changements rapides à la réglementation sur les gros navires. Une vie humaine a tout aussi d’importance», a-t-on ajouté du côté syndical.