Le recteur de l’Université de Sherbrooke, Pierre Cossette, estime que le réseau universitaire québécois a perdu 276 M $ annuellement avec les compressions budgétaires, entre 2012 et 2016.

L’UdeS réclame 250 M$ de plus pour le réseau

Le financement universitaire de la province doit être relevé d’au moins 250 M$ dès 2018-2019 et il doit ensuite « maintenir un rattrapage important pour les années subséquentes », plaident l’Université de Sherbrooke et ses deux associations étudiantes.

C’est la proposition que formule l’institution dans un mémoire prébudgétaire, cosigné par la Fédération étudiante de l’UdeS (FEUS) et le REMDUS (Regroupement des étudiants de maîtrise, de diplôme et de doctorat). Ce document conjoint a été déposé au ministre des Finances Carlos Leitao, précise le recteur de l’UdeS, Pierre Cossette, en indiquant qu’il a pu rencontrer le ministre récemment avec sa collègue et des représentants étudiants en présence du ministre de la Famille, Luc Fortin.

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« Le réseau universitaire souffre d’un sous-financement par rapport aux réseaux canadien ou ontarien. Le Québec arrive en dernière place parmi les provinces canadiennes pour les dépenses de fonctionnement par étudiant équivalent à temps complet [EETC] », peut-on lire dans le mémoire.

En entrevue, Pierre Cossette note que le réseau a perdu 276 M$ annuellement avec les compressions budgétaires, entre 2012 et 2016.

« Selon les évaluations réalisées par le Bureau de coopération interuniversitaire [BCI], il faudrait injecter annuellement 862 M$ pour rejoindre la moyenne canadienne », indique-t-on également.

Le BCI, qui regroupe différentes universités de la province, a lui aussi formulé sa demande à Québec en vue du prochain budget provincial.

N’étant pas membre du comité exécutif, Pierre Cossette a préféré ne pas divulguer quelle est la somme réclamée.

« Les demandes sont du même ordre de grandeur, mais elles sont un peu différentes », a fait valoir Dr Cossette. Le financement du réseau annuellement est d’un peu plus de trois milliards.

Le budget provincial 2017-2018 prévoit un rehaussement du financement universitaire qui doit atteindre 155 M$ par année à compter de 2020-2021. Les montants prévus apparaissent inférieurs aux besoins, plaident l’UdeS et ses associations.

Représentation nécessaire

Le principal et vice-chancelier de Bishop’s, Michael Goldbloom, est l’un des membres de l’exécutif du BCI. « Nous avons eu un mandat d’accompagner le gouvernement dans ses réflexions sur le modèle de financement. »

Quant au réinvestissement réclamé, il a préféré ne pas s’avancer sur le montant.

« On a déposé une proposition d’augmenter le financement pour toutes les universités québécoises, mais je n’irai pas dans les chiffres. Je pense que tous les recteurs ont dit publiquement qu’ils s’attendaient à ce qu’il y ait un réinvestissement dans le réseau universitaire. »

Le rôle du BCI, qui ne devait plus être politique, se transforme peu à peu. La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec [CREPUQ] est devenue en 2014 le BCI.

À la suite de soubresauts au sein de l’organisation, la mission avait été centrée sur la prestation de services communs et la coopération entre les établissements. La structure qui regroupait les universités ne devait plus faire de représentation auprès du gouvernement.

Les deux dirigeants d’universités sherbrookoises s’entendent toutefois pour dire que cette représentation s’avère nécessaire. « C’est important que nous ayons une association qui soit capable de nous représenter et d’avoir un porte-parole des institutions », indique M. Goldbloom.

« Ce n’est pas juste de faire de la politique, mais d’avoir des positions communes », commente Dr Cossette.

Rappelons que l’UdeS s’inquiète des impacts de la refonte de la formule de financement. L’UdeS estime qu’elle pourrait être pénalisée par les nouvelles règles. Chaque université reçoit un pourcentage du financement en fonction de son effectif étudiant, pondéré selon les différentes disciplines. Avec les changements apportés au mode de répartition entre les universités de la province, la part de l’UdeS serait moindre.

Le ministre responsable de la région de l’Estrie, Luc Fortin, dit avoir eu plusieurs discussions avec Dr Cossette à ce sujet. « J’ai partagé ses appréhensions à ma collègue Hélène David [NDLR : ministre de l’Enseignement supérieur] [...]

Elle m’a assuré qu’aucune université ne va sortir perdante de cet exercice-là. Au moment où on se parle, le processus n’est pas terminé. »