Frank Basil Cranton

L’homme aux 80 identités devant le tribunal: il disait notamment travailler pour le NCIS

TROIS-RIVIÈRES — L’homme aux 80 identités était de retour devant le tribunal, mardi, pour y subir une seconde enquête sur remise en liberté dans le cadre de ses démêlés judiciaires.

Le suspect, Frank Basil Cranton, a été arrêté le 5 décembre dernier à Trois-Rivières en lien avec une tentative de fraude qu’il aurait commise au Costco. Il aurait alors fourni une fausse identité aux patrouilleurs qui l’ont interpellé.

Une enquête a ensuite été entreprise qui a permis de découvrir que cet anglophone compte plusieurs autres pseudonymes ou identités qui, selon certaines informations policières, pourrait même dépasser les 80.

Le 6 décembre dernier, il a donc comparu au palais de justice de Trois-Rivières pour y répondre à des accusations de tentative de fraude et d’entrave.

Une première enquête sur remise en liberté a ensuite commencé le 10 décembre et s’est terminée le 12 décembre devant le juge Jacques Trudel.

Outre le fait qu’un interprète doit être à ses côtés pour la traduction, le suspect affiche un comportement particulièrement revendicateur et arrogant, ce qui ralentit grandement le rythme des audiences. Il argumente sans arrêt et ne cesse de se plaindre que ses droits ne sont pas respectés.

Lors de la première enquête sur remise en liberté, il s’était notamment targué de travailler pour l’organisation NCIS et d’avoir déjà demeuré sur une ancienne base militaire américaine en Allemagne.

Il compte d’ailleurs de nombreux antécédents judiciaires pour des vols et des fraudes qui auraient été commis un peu partout au Canada depuis 1988. Quant à savoir s’il a un domicile au Québec, il avait alors fourni une adresse sur la rue St-Hubert à Montréal qui serait, dans les faits, un motel. Peu convaincu, le juge Trudel avait refusé de le remettre en liberté pour la durée des procédures judiciaires.

Entre-temps, une nouvelle accusation a été portée contre lui pour une autre tentative de fraude qui aurait été commise au Best Buy de Trois-Rivières. La police avait d’ailleurs émis un communiqué dans lequel les enquêteurs se disaient à la recherche de témoins ou victimes potentielles de cet homme.

On y expliquait que son stratagème consistait à voler de la marchandise à l’intérieur d’un commerce de grande surface. Il se présentait ensuite immédiatement au comptoir de retour pour obtenir le remboursement de l’article. Afin d’accélérer la démarche, étant donné qu’il n’était pas en possession de la facture, il mentionnait avoir eu l’autorisation du directeur du commerce.

À la suite du dépôt de la nouvelle accusation en lien avec le délit au Best Buy, la Couronne s’est évidemment objectée à sa remise en liberté bien que celle-ci soit en quelque sorte théorique puisqu’elle a déjà été prononcée dans un autre dossier. Mais, puisque le prévenu ne veut pas être défendu par un avocat et qu’il ne cessait d’invoquer son droit d’avoir une enquête sur remise en liberté dans un délai de 72 heures, le juge David Bouchard a ordonné la tenue de cette nouvelle enquête. Les audiences ont commencé mardi et devraient se poursuivre mercredi. Notons cependant que celles-ci sont frappées d’une ordonnance de non- publication.

En 2001, le suspect avait donné du fil à retordre aux forces de l’ordre à Gatineau pour exactement les mêmes raisons. Selon un article paru dans Le Droit, il avait été arrêté au départ pour avoir refusé de payer la course d’un taxi. Lorsque les agents s’étaient présentés sur les lieux, il avait tout d’abord refusé de s’identifier, prétextant être un membre de la police militaire stationné en Allemagne. Il prétendait bénéficier d’une hiérarchie qui ne l’obligeait pas à répondre aux questions de simples policiers. Les vérifications faites auprès de l’armée canadienne avaient ensuite révélé que personne ne le connaissait. Cranton avait alors rétorqué qu’il était plutôt un policier militaire des États-Unis.

Une fois au quartier général, son identification avait été très difficile en raison de la dizaine de noms d’emprunts utilisés par l’accusé. Il avait été condamné pour entrave.