La carrière de Marie-Ginette Guay, très éclectique, court sur plus de quatre décennies.
La carrière de Marie-Ginette Guay, très éclectique, court sur plus de quatre décennies.

[L'été de nos personnalités]: Marie-Ginette Guay, la gestion de l’incertitude

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
L’été que nous vivons suit un printemps pas comme les autres. Toutes les sphères de la société ont été affectées par la pandémie et le confinement. Dans cette série baptisée «L’été de nos personnalités», les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) vont à la rencontre de personnalités de tous les domaines — politique, science, culture, vie communautaire… — afin de savoir comment se passe leur été. Des conversations libres que nous vous présentons chaque samedi.

En cet été anxiogène où la planète s’est mise sur pause et vit dans l’attente d’une seconde vague de contamination, Marie-Ginette Guay nage elle aussi dans le brouillard le plus total. Au moment de l’entrevue, sa seule certitude était la reprise du tournage, à la mi-juillet, de la télésérie Discussions avec mes parents. Mais encore là, elle en savait bien peu sur les mesures sanitaires que devra respecter l’équipe sur le plateau.

Qu’à cela ne tienne, la comédienne de Québec garde le sourire, accrochée à un optimisme à toute épreuve. Rollande, son personnage de mère fictive de François Morency, représente pour elle une autre chance de pouvoir célébrer ce métier qu’elle chérit depuis sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 1980.

«C’est léger. On n’est pas dans le drame. Le plaisir du timing dans la comédie, c’est extrêmement plaisant», glisse-t-elle, attablée à un café de l’avenue Cartier. Sans couvre-visage, mais dans le respect de la distanciation physique. Ne comptez pas sur elle pour adhérer au clan des anti-masques. L’obligation de le porter lorsque nécessaire, elle est pour. «Je ne le porte pas toujours, comme lorsque je marche sur le trottoir. Ce n’est pas encore entré dans nos habitudes, mais ça va le devenir de plus en plus. Il faut que je l’apprivoise.»

D’une mère à une autre

La carrière de Marie-Ginette Guay, très éclectique, court sur plus de quatre décennies. Sur les planches, elle a joué une multitude de rôles, du Molière, du Tremblay, du Michel-Marc Bouchard. Au petit écran, on l’a vue dans Yamaska, dans Aveux aussi, de Serge Boucher, où son personnage de Micheline lui avait valu le Gémeau du meilleur rôle dramatique de soutien. 

Le cinéma lui a également fait de l’œil. Continental, un film sans fusil, de Stéphane Lafleur; On the Road, de Walter Salles, où elle jouait une autre mère, celle de l’écrivain Jack Kerouac; Les affamés, de Robin Aubert, où elle cherchait à échapper à une armée de zombies; et, plus récemment, Les nôtres, de Jeanne Leblanc.

Lorsque la pandémie a frappé et entraîné le confinement, elle venait de donner les dernières représentations des Plouffe, au Grand Théâtre, dans laquelle elle jouait… Maman Plouffe. La pièce devait être reprise cet automne au Théâtre Denise-Pelletier, à Mont­réal. Pour l’instant, elle est reportée à l’hiver 2022.

Même incertitude, le maître mot de notre époque COVID, pour la pièce Tout inclus, qu’elle était à répéter lorsque tout s’est arrêté. «On devait la faire à Montréal et partir en tournée, mais les dates n’arrêtent pas de changer. J’ai un projet pour Premier Acte qui s’appelle Disgrâce qui doit avoir lieu en janvier 2021. Est-ce que ça va se faire? On est toujours en équilibre : peut-être ben que oui, peut-être ben que non...»

La comédienne voit mal comment le théâtre peut se conjuguer à la notion de distanciation si chère à la Santé publique. «Sur scène, on peut difficilement rester à deux mètres l’un de l’autre. Disgrâce est une histoire de famille. Les membres d’une famille, ça se tient pas à deux mètres...»

Dans les circonstances, avec tous ces projets sans cesse remis, la gestion de son agenda est devenue compliquée. L’effet domino : le report de l’un a un effet sur l’autre. Les conflits d’horaire s’accumulent pour la comédienne, qui est également enseignante au Conservatoire d’art dramatique de Québec. Vu la crise sanitaire, la sélection de la prochaine cohorte s’est faite via Zoom. «Ça donne une expérience différente. On s’organise, mais ça reste plus compliqué. C’est fatigant passer des journées là-dessus. Il faut développer nos capacités d’adaptation et… de bonne humeur», lance-t-elle, sourire en coin.

L’art de la rencontre

À tous ceux qui disent aux arts de la scène de se réinventer afin de surmonter la crise, la comédienne ne peut s’empêcher de laisser un tomber un soupir. «Ça devient un peu lassant d’entendre ça. Le théâtre, c’est l’art de la rencontre. On peut faire des petits shows en numérique, mais c’est accessoire. Notre aventure à nous, c’est de rencontrer les gens, d’être ensemble, de raconter une histoire à du monde.»

D’ici à ce qu’elle puisse remonter sur les planches, et assister à une pièce en salle, une passion qui lui manque terriblement, Marie-Ginette Guay profite de son été pour se consacrer à la lecture (dont le dernier Louis Hamelin, Les crépuscules de la Yellowstone), barboter dans le fleuve, prendre des marches sur les Plaines tout en respirant le parfum des fleurs, consciente que la belle saison dure bien peu longtemps sous nos latitudes.

«Je peux dire franchement que j’haïs l’hiver, j’aime mieux l’été. Je trouve que la vie est plus facile. On saute dans nos sandales et on est prêts à partir. Pas besoin de mettre 40 manteaux, 25 tuques et 12 paires de bas.»

En Rafale

  • Un plan principal pour l’été?

«Je travaille souvent l’été, alors je ne peux pas vraiment faire de voyage. Cette année, c’est le tournage de 13 épisodes de Discussions avec mes parents. Cinq jours par semaine, jusqu’au 15 septembre, dans un studio de Ville de LaSalle, à Montréal. On devait commencer en juin, mais le tournage a été reporté plusieurs fois jusqu’au 13 juillet en raison de la pandémie. Je suis restée en stand-by.

  • Un souvenir d’un été d’enfance?

Le fleuve. Petite, j’allais me baigner à plage de Saint-Michel-de-Bellechasse, à l’Anse au Foulon aussi, et à la plage Garneau, qui est maintenant une marina. Je me suis toujours baignée dans le fleuve, mais pas encore cet été. Je compte bien le faire prochainement chez des amis qui ont une maison à Neuville.

  • Un souhait pour l’automne?

Le retour à la normale, point d’interrogation? Pouvoir serrer le monde, se sauter dans les bras. C’est presque une question de santé. La distanciation, c’est difficile. C’est terrible toutes ces précautions qu’on doit prendre.