Robin Côté

Les policiers municipaux du Québec se rallient derrière Éric Lefebvre

« Ce sont des gestes qui ne peuvent être acceptés. Les policiers peuvent se faire poursuivre au civil, au criminel, en déontologie ou en discipline. Il est inacceptable qu'un citoyen s'en prenne de la sorte à un policier de façon gratuite. C'est inacceptable de s'en prendre à des juges, des procureurs, des gardiens de prison ou le personnel du palais de justice pour se vanter d'avoir du pouvoir. Juste cette année, deux policiers ont été blessés à Sherbrooke. Un policier a été frappé à la tête durant un transport et un autre tiré par les cheveux. »

Éric Lefebvre a choisi de mener cette poursuite civile contre Frédérick Martel pour l'ensemble du système de justice afin qu'elle puisse servir de jurisprudence. La Fédération des policiers municipaux du Québec (FPMQ) assume les frais de cette poursuite civile.

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« Trop souvent au Québec, des policiers ont été agressés de cette façon-là sans qu'il n'y ait de conséquences autres que criminelles. Il est temps qu'un tribunal reconnaisse la gravité civile et les conséquences que ça peut avoir sur la vie d'un policier, tant sur le plan professionnel que personnel », signale le président de la FPMQ, Robin Côté.

« Nous voulons démontrer qu'il peut y avoir des conséquences d'agresser un agent de la paix. C'est important de comprendre que des poursuites civiles peuvent être faites. C'est une première », ajoute le président de l'Association des policiers et policières de Sherbrooke (APPS), Éric B. Beaudoin.

« Optique de prévention »

L'avocat d'Éric Lefebvre explique que la poursuite consiste d'abord à dédommager la victime pour les dommages subis, mais vise aussi des dommages exemplaires.

« Nous allons soutenir que le fait d'avoir attaqué un policier, soit un intervenant du système judiciaire, constitue une faute extrêmement grave », explique Me Gravel.

Dans la demande introductive d'instance, le poursuivant insiste sur cette exemplarité.

« Au-delà des condamnations criminelles applicables, des gestes tels que celui du défendeur sera désormais sanctionné sévèrement par les tribunaux civils dans une optique de prévention, de dissuasion et de protection des représentants des corps policiers, mais aussi de tous les intervenants du système judiciaire québécois », souligne la requête.

L'enquêteur Lefebvre a reçu un appui de plusieurs dizaines de confrères actuels et retraités qui ont rempli la salle d'audience du palais de justice de Sherbrooke. Des membres de l'état-major du SPS s'étaient aussi déplacés au palais de justice de Sherbrooke. Une escorte a été effectuée à l'arrivée d'Éric Lefebvre en matinée.

« C'est très important de soutenir Éric Lefebvre. Cet élan de solidarité est important. Nous voulons qu'il sente notre appui inconditionnel. Le travail n'est pas toujours facile. Le métier est très encadré. Il ne faut pas oublier qu'il y a un être humain derrière chaque policier », mentionne l'inspecteur à la surveillance du territoire du SPS, Patrick Roy.

Éric Lefebvre a témoigné qu'il restera marqué à jamais par cette agression survenue le 29 août 2006.

« On a volé une partie de ma vie. Il n'y aura jamais une sentence assez sévère sur ce que l'on a vécu et ce que l'on vit au quotidien. Chaque fois qu'il fait quelque chose, le processus revient. Il s'est vanté de m'avoir frappé. Il s'est fait tatouer « born to kill Sherbrooke » avec une balle et un 9 mm. Même si je suis solide, ça me dérange », a signalé Éric Lefebvre.