Sacha-Emmanuel Grenier, qui vit avec un diagnostic d’autisme, risque un an de prison pour le leurre informatique de deux adolescentes. La défense demande plutôt une absolution conditionnelle.

Les peines minimales de prison, «odieuses» pour un autiste?

Envoyer en prison un jeune autiste coupable du leurre informatique de deux adolescentes est «odieux» et «grossièrement inadéquat», plaide la défense, en réclamant une peine qui n’ajoutera pas un handicap supplémentaire à l’accusé.

Sacha-Emmanuel Grenier a 22 ans et vit dans la région de Montréal. Il a toujours été différent. Enfant, il écrivait sur les murs de sa chambre les noms de tous les nuages et il «écoutait» les lampadaires de sa rue.

À l’âge de 10 ans, Sacha a reçu un diagnostic d’autisme de haut niveau, sans déficience intellectuelle. 

À l’adolescence, il s’est mis à rejeter toute aide et ne reconnaissait plus le problème. 

Garçon doux, Sacha-Emmanuel fuit les conflits avec ses frères et se garde de transgresser les règles.

Dans sa famille, de confession baptiste, la sexualité est un sujet absent.

Ses parents ont donc eu l’énorme surprise, en mars 2016, d’apprendre que leur fils avait passé les trois derniers mois à tenir des conversations à teneur sexuelle avec deux adolescentes de 13 ans. 

À une centaine de reprises, Sacha-Emmanuel a demandé avec insistance aux jeunes filles d’envoyer des photos d’elles nues ou de se masturber devant la web cam. 

Si elles refusaient, Grenier menaçait de couper tout contact. Les victimes ne se sont pas exécutées.

C’était la première fois mercredi, à l’occasion des représentations sur la peine, que les deux adolescentes rencontraient leur ancien ami virtuel. 

Sacha-Emmanuel Grenier a écouté, le visage rivé au sol, la procureure de la Couronne Me Valérie Lahaie relater l’anxiété et la détresse vécue par les victimes. Il a présenté des excuses aux jeunes filles. «Je ne sais pas comment je vais vivre en sachant tout le mal que j’ai causé», disait le jeune homme, d’une voix uniforme, mêlée de sanglots étouffés.

Sa mère, Sylvie Tanguay, s’est tournée vers les jeunes filles pour demander pardon. «C’est vraiment dans les plus grosses épreuves qu’on a eu de voir ce que mon fils a fait et que moi, je n’ai pas pu le prévenir, se désole la mère. Sacha n’est pas méchant et est capable d’apprendre.»

Peine minimale d’un an de prison

La procureure de la Couronne réclame comme peine l’application stricte de la loi, soit l’imposition de la peine minimale de six mois de prison pour chaque victime de leurre. Sacha-Emmanuel Grenier, dénué d’antécédent judiciaire, passerait donc un an en détention. «Son profil peut expliquer son passage à l’acte, mais ne tend pas à diminuer sa responsabilité criminelle», évalue Me Lahaie.

Après son arrestation, Sacha-Emmanuel a passé des mois enfermé dans sa chambre, coupé des réseaux sociaux, si importants pour lui. «Ça faisait tellement mal de se sentir seul et d’avoir l’impression de ne pas exister», explique-t-il.

Depuis, il a accepté son diagnostic d’autisme et vu plusieurs spécialistes. Il a envoyé de longues lettres d’excuses aux enquêteurs de la police de Québec et a plaidé coupable aux accusations. 

Pas un prédateur

Son avocate, Me Florence Boucher-Cossette, est convaincue, rapport de psychologue à l’appui, que le modèle carcéral ne pourra qu’accentuer le risque de récidive de son jeune client. «Il a déjà un handicap dans la vie, on ne voudrait pas en rajouter un autre avec un dossier criminel», plaide l’avocate. 

Sacha-Emmanuel Grenier n’a rien d’un prédateur qui cherche des victimes vulnérables, affirme la défense. «Ce sont ces gens-là qui sont visés par des peines sévères», insiste l’avocate

Me Boucher-Cossette demande au tribunal d’accorder au jeune autiste une absolution conditionnelle à l’exécution de travaux communautaires et à la poursuite du suivi thérapeutique. Le jeune homme sera inscrit au registre des délinquants sexuels à perpétuité, ce qui permettra d’assurer une surveillance par les autorités, estime la défense.

La juge Chantale Pelletier de la Cour du Québec rendra la peine en octobre.