Les lutins ont la mine basse

ÉDITORIAL / Les traverses de lutins à Saint-Élie-de-Caxton sont désertes par les temps qui courent. Les lutins eux-mêmes se font rares. Ils n’ont plus de fun. Ils ne s’amusent plus comme dans les belles années. Ils ont moins de monde à taquiner. Soixante pour cent moins de visiteurs par rapport à l’année dernière. Et une atmosphère un tantinet morose.

On sentait venir cette baisse de l’achalandage touristique à Saint-Élie-de-Caxton. Dans la municipalité, les deux dernières années ont été marquées par des différends, des problèmes internes, des conflits de personnalités, des démissions, des divergences de vision. Bref, les nouvelles provenant de Saint-Élie étaient rarement positives. Et il est évident que cela a eu un impact sur le tourisme.

Comme s’il n’y avait pas assez de nuages au-dessus de la municipalité, voilà qu’on apprend qu’elle ne pourra pas compter sur sa ressource naturelle principale, Fred Pellerin, pour poursuivre avec la Municipalité le déploiement de certaines activités touristiques.

La raison évoquée par Fred et son complice, Jeannot Bournival, est aussi intrigante que révélatrice: l’harmonie et le plaisir «n’étaient plus vraiment au rendez-vous» au cours de la dernière année. La Municipalité les avait invités à poursuivre le travail pour certains produits touristiques auxquels ils étaient étroitement associés, notamment la Féerie de Noël et la trame sonore et narrative des visites audioguidées. Selon la gérante de Fred Pellerin, les deux résidents de Saint-Élie vont continuer à collaborer à différents projets avec les gens du village, mais d’une autre manière.

Entre les lignes, on comprend que Fred Pellerin en a eu assez des façons de faire de la Municipalité et de certains de ses représentants.

Les signes avant-coureurs étaient nombreux: relations tendues avec le maire Robert Gauthier, déception quant à l’absence de Fred à la Féerie de Noël, rencontre qui n’a pas eu lieu entre le maire et le conteur, renoncement de Fred à aller de l’avant avec son projet de salle de spectacles.

Le plus ironique, c’est que le maire Gauthier semble toujours considérer que Fred est le «moteur du tourisme» à Saint-Élie et qu’il y a une déception de perdre ce moteur.

Doit-on douter de la sincérité du maire Gauthier? Celui-ci martèle depuis deux ans la nécessité pour la Municipalité de diversifier son offre touristique. Jusque-là, pas de problème. Mais ne pas démontrer davantage de préoccupation ou de considération pour son «moteur touristique» révèle peut-être un malaise plus profond ou une hypocrisie de première classe.

D’un œil extérieur, tout cela ressemble à un gâchis à la fois triste, incompréhensible et mystérieux.

Le plus dur à concevoir, c’est que Fred Pellerin n’est pas du genre à chercher le vedettariat ou à se servir de son statut pour obtenir des faveurs. Ceux qui le côtoient voient en lui un gentleman, un homme d’une grande humilité, animé par une volonté de mettre son village et ses voisins en valeur, eux qui ont toujours été pour lui une grande source d’inspiration.

Se pourrait-il que certains élus ou dirigeants de la municipalité soient soudainement frappés d’amnésie? Fred Pellerin, c’est celui qui a mis Saint-Élie-de-Caxton sur la carte. Avant Fred, bien peu de monde en dehors de la Mauricie connaissait ce village. Mais au cours des dernières années, ils ont été des dizaines de milliers à y venir parce que c’est le monde de Fred. Certains s’y sont installés, offrant parfois une nouvelle touche de créativité et de saveur locale.

Se pourrait-il que les belles années du tourisme à Saint-Élie-de-Caxton soient chose du passé? Espérons plutôt qu’il ne s’agit que d’un soubresaut et que la communauté caxtonienne puisse retrouver le plaisir de recevoir et démontrer la chaleur de son accueil à des milliers de personnes encore. Espérons aussi que les élus retrouvent un peu de gros bon sens, ou que des citoyens interviendront pour leur en inculquer un peu.

Il y a des lutins qui ont le spleen ces jours-ci. On pourrait leur demander de le faire.