Les homardiers profitent des tensions économiques entre les États-Unis et la Chine pour faire des affaires d’or.

Les exportations de homards canadiens vers la Chine bondissent

PORTLAND, Maine — Les exportations de homards de la côte Est du Canada grimpent en flèche pour combler le vide laissé par les tarifs de représailles de Pékin contre les États-Unis.

La Chine, un énorme marché en croissance pour le homard, a imposé de lourds tarifs douaniers sur le homard américain — et de nombreux autres produits alimentaires — en juillet 2018, face à la montée des hostilités commerciales entre les autorités chinoises et l’administration Trump.

Pendant ce temps, les affaires sont florissantes au Canada, où des avions-cargo arrivent à Halifax et à Moncton, au Nouveau-Brunswick, pour profiter d’une augmentation croissante des exportations. Les pêcheurs canadiens pêchent la même espèce de homard que les homardiers américains, qui œuvrent principalement dans le Maine.

La perte d’activités a entraîné des licenciements dans certaines entreprises du Maine, telles que The Lobster Company, d’Arundel, où la propriétaire, Stephanie Nadeau, a mis à pied la moitié des 14 personnes qu’elle employait dans le commerce de gros.

«Ils ont choisi les gagnants et les perdants, et ils ont déterminé que j’étais une perdante», a observé Mme Nadeau. «Aucun marché ne remplacera la Chine.»

Au Canada, les exportations vers la Chine jusqu’en juin avoisinaient déjà les 33 millions de livres, soit presque autant que pour l’ensemble de 2018.

La valeur des exportations canadiennes était d’environ 200 millions $US pour la première moitié de l’année et il est presque assuré qu’elle dépassera le total de l’an dernier, qui était de plus de 223 millions $US. Les exportations américaines de janvier à juin étaient évaluées à moins de 19 millions $US et accusaient un retard de plus de 70 millions $US par rapport à leur valeur pour les six premiers mois de 2018.

Les États-Unis ont exporté moins de 2,2 millions de livres de homards vers la Chine de janvier à juin cette année, selon les données du gouvernement fédéral américain. Le pays avait exporté près de 12 millions de livres au cours de la même période l’an dernier. C’est une baisse de plus de 80 %.

Au Canada, les gains des activités ont aidé l’industrie, mais ont également semé l’incertitude quant à son avenir, a fait valoir Geoff Irvine, directeur général du Conseil du homard du Canada.

Les industries américaine et canadienne du homard se chevauchent, certaines entreprises ayant des activités des deux côtés de la frontière, et il est plus avantageux pour l’industrie du homard dans son ensemble de continuer à faire du commerce sans entrave, a-t-il souligné.

«Chaque fois qu’il y a une sorte d’incertitude, les gens sont inquiets», a affirmé M. Irvine. «Tout le monde aimerait voir toute l’industrie du homard ouverte et libre.»

Les prix du homard payés par les consommateurs américains sont restés relativement stables au cours du conflit commercial et il reste de nombreux acheteurs pour le homard américain. Mais la perte de la Chine en tant que marché étranger se produit à la fin d’une décennie au cours de laquelle l’industrie américaine des produits de la mer a connu une croissance exponentielle des exportations de homard vers ce pays. Les États-Unis exportaient environ 800 000 livres de homard en Chine en 2010, ce qui était multiplié de plus de 20 fois l’année dernière.

L’industrie américaine du homard cherche à ouvrir de nouveaux marchés nationaux et internationaux pour contrebalancer la perte de la Chine, a expliqué Marianne LaCroix, directrice d’un groupe de collaboration pour la commercialisation du homard dans le Maine. Le pêcheur de homard Brian Rapp, du Maine, assistera à une foire commerciale à Hong Kong et à une mission commerciale à Dubaï en septembre pour promouvoir le homard américain, a-t-elle précisé.

«La Chine est si vaste que vous devez envisager plusieurs nouveaux marchés pour remplacer cette entreprise», a ajouté Mme LaCroix.