Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau

Les explications de Nathalie Lemieux ne sont pas suffisantes pour les élus

Les explications publiées, lundi matin, par la conseillère Nathalie Lemieux, ne sont pas suffisantes aux yeux de bien des élus gatinois. Ils affirment ne pas percevoir, dans sa lettre, les excuses formelles auxquelles ils s’attendaient et que nécessitaient les propos controversés sur l’islamophobie et l’intégration des communautés musulmanes tenus par cette dernière vendredi, lors d’une entrevue avec Le Droit.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a affirmé que les propos de Mme Lemieux avaient heurté beaucoup de citoyens, à commencer par ceux de la communauté musulmane. « Je crois qu’elle devrait s’excuser avec plus de fermeté, a-t-il indiqué. Cela a affecté et meurtri des gens et ça mérite des excuses plus senties. »

M. Pedneaud-Jobin a indiqué que Mme Lemieux pourra continuer de s’exprimer comme conseillère, mais qu’elle ne pourrait plus le faire en son nom, ou au nom de la Ville de Gatineau. « Elle ne peut pas parler au nom d’une ville qui veut rassembler les communautés quand, par ses propos, elle jette ces mêmes communautés les unes contre les autres en véhiculant des préjugés, a-t-il ajouté. Comme élu, on a accès aux médias et ça vient avec la lourde responsabilité de peser nos mots et d’être conscient de la portée qu’ils peuvent avoir. À Gatineau, par les propos de Mme Lemieux, des pères et des mères de famille ont été associés à des terroristes uniquement parce qu’ils sont musulmans. À Québec, six hommes et 17 enfants ont été faits orphelins uniquement parce qu’ils étaient musulmans. Ce sont eux les victimes, des victimes innocentes des préjugés et de l’ignorance. »

Le maire admet qu’il y a des « peurs légitimes » qui viennent d’un certain terrorisme qui se réclame de l’islam, mais selon lui, l’erreur c’est de ne pas être capable de faire des nuances et de mettre tout le monde dans le même bateau en parlant de « ces gens-là », comme l’a fait Mme Lemieux. « Pour moi, c’est clair, la liberté d’expression n’est pas un passe-droit pour attiser des peurs et répandre des préjugés, a ajouté M. Pedneaud-Jobin. La liberté des uns s’arrête où celle des autres commence. » 

« Ce qu’elle a dit ce sont de grossières généralisations. De dire qu’elle est désolée n’est pas suffisant après 72 heures de recul. »

Gilles Carpentier

Mme Lemieux est désormais officiellement démise de ses fonctions comme membre du comité exécutif et n’est plus mairesse suppléante. Elle sera remplacée dès que le conseil se réunira. 

Autres réactions

Le président du conseil municipal de Gatineau, Daniel Champagne, affirme aussi ne pas percevoir d’excuses formelles de la part de la conseillère Lemieux dans la lettre qu’elle a fait parvenir aux médias lundi matin. « Elle a fait une tentative de justifier ses propos dans laquelle je ne vois pas d’excuses, dit-il. Des ponts ont été fragilisés et ils doivent être rebâtis. Je ne sens pas dans les propos de Mme Lemieux quelque chose qui va contribuer à renforcer ces ponts. J’espère d’autres gestes de sa part pour montrer que Gatineau favorise la diversité. »

Le conseiller Gilles Carpentier est pour sa part d’avis qu’en démocratie, chacun a le droit de s’exprimer. « Mais comme élue, ajoute-t-il, on ne peut pas dire n’importe quoi, n’importe comment. Ce qu’elle a dit ce sont de grossières généralisations. De dire qu’elle est désolée n’est pas suffisant après 72 heures de recul. Sa lettre n’est pas à la hauteur des déclarations qu’elle a faites vendredi. »

Louise Boudrias se dissocie vivement des propos de la conseillère Lemieux, mais ajoute qu’elle ne voit pas pourquoi cette dernière devrait s’excuser. « Selon moi, ce qu’elle a dit vendredi est ce qu’elle pense, c’est sa position dans ce dossier, dit-elle. On ne peut pas demander à quelqu’un de s’excuser d’avoir dit ce qu’il pense. Ce sont ses propos, ils lui appartiennent et c’est à elle maintenant de tenter de défendre une telle position. »

Le président du comité exécutif, Cédric Tessier, est aussi d’avis que les explications de Mme Lemieux ne sont pas suffisantes. « Elle doit s’excuser clairement et retirer ses propos, dit-il. C’est bouleversant parce que je crois qu’elle est désolée, c’est une bonne personne, mais une élue ne peut pas affirmer des choses comme ça, ce sont des propos inacceptables. » La conseillère Maude Marquis-Bissonnette estime aussi que la lettre de Mme Lemieux n’est pas suffisante pour s’amender. « Ces propos témoignent d’une méconnaissance des communautés musulmanes qui ne reflètent pas du tout ce qui se passe réellement. »

+

CE QU'ILS ONT DIT...

« Je me suis imposé un recul et une réflexion, toute la fin de semaine, et selon moi, la rigidité qu’on voit dans certains commentaires [sur les réseaux sociaux] me fait dire qu’il faut travailler encore plus fort pour faire tomber l’ignorance de certains et pour favoriser le vivre-ensemble. Il y a de l’islamophobie à Gatineau et je crois qu’il faut voir ce qui se passe actuellement comme un électrochoc. Je demeure persuadé que Gatineau n’est pas une ville remplie d’intolérance qui rejette la diversité, bien au contraire […] mais on doit continuer à travailler très fort pour favoriser le vivre-ensemble. »

Daniel Champagne

________

« Ce ne sont pas des excuses, elle maintient certains de ses propos, ce n’est pas suffisant. Je lis des propos sur les réseaux sociaux qui me dépassent totalement, mais je suis confiant que ça ne représente pas du tout ce que pense la majorité des Gatinois. »

Jocelyn Blondin

________

« Mme Lemieux a fait une déclaration sur son Facebook, a-t-il écrit. J’espère que cela mènera à des discussions honnêtes et ouvertes sur la manière de progresser en harmonie. Trop de gens ont trop vite jugé. J’espère que nous avons tous appris une leçon de cela. »

Mike Duggan

________

« Ce qui m’a le plus choqué, le plus fait de peine, c’est quand elle dit que ces gens-là ne s’intègrent pas. C’est faux. Plusieurs réfugiés syriens se sont installés dans mon quartier. En un an, un papa parlait français, avait un emploi et ses enfants étaient pleinement intégrés à l’école. » 

Louise Boudrias

________

« J’ai beaucoup de difficulté à croire ce qui se passe en ce moment. Ça démontre que le dialogue est plus que nécessaire et que le vivre-ensemble est un travail de tous les jours. Je ne crois cependant pas que ce qu’on voit sur les réseaux sociaux représente l’opinion de la majorité des Gatinois. »

Cédric Tessier

________

« Les propos de Nathalie Lemieux ont ouvert un espace pour des propos remplis de méconnaissance et de peur. Ça démontre qu’il faut agir encore et travailler continuellement sur le vivre-ensemble. »

Maude Marquis-Bissonnette