«Avec <em>Blue</em>, c’est la première fois que j’ai de l’empathie envers les autres. Soudainement, je parle de ma famille, de mes amis. Je porte un regard sur ce qui m’entoure», confie Rosie Valland.

Les douces couleurs de Rosie Valland

Même si son nouvel album s’intitule Blue, tout est désormais rose et doux au pays de Rosie Valland. On n’invente rien, c’est elle qui le dit. Désormais, le tourment n’est plus sa seule source d’inspiration.

« Avec Blue, c’est la première fois que j’ai de l’empathie envers les autres. Soudainement, je parle de ma famille, de mes amis. Je porte un regard sur ce qui m’entoure. Quand tu ne vas pas bien, tu es nécessairement plus égoïste. Tu n’as pas le choix quand tu es en mode réparation », explique-t-elle.

Elle rappelle que le début de sa vingtaine a laissé beaucoup de place à la fête et à un environnement peu propice à prendre soin d’elle. Les thèmes de ses chansons en étaient naturellement teintés.

Maintenant que tout va mieux dans sa vie et que tout est plus clair dans sa tête, ajoute-t-elle, Rosie a trouvé l’« espace mental » pour s’ouvrir davantage. « C’est cette douceur et cette empathie qui sont les plus frappantes à l’écoute de Blue. Pendant que je le préparais, c’était incarné parce que j’allais bien. »

L’auteure-compositrice-interprète fait remarquer que la pièce Chaos en est un bon exemple. « Ça traite de mon processus créatif, qui a souvent été en réaction à mes tourments. Je me suis demandé si j’allais rester dans ce pattern de toujours mettre le chaos dans ce que j’avais ou si j’allais puiser l’inspiration ailleurs. C’est aussi une métaphore sur l’autosabotage, pas seulement en musique, mais aussi dans la vie », ajoute la chanteuse en précisant que ce second album n’est ni « une ode à la vie » ni empreint de tristesse.

Cette nouvelle paix intérieure, Rosie l’associe à l’amour et à sa vie à la campagne, dont elle parle abondamment ces derniers temps. On sait qu’elle habite maintenant quelque part dans la région de Rigaud. Et que ce mode de vie lui convient à merveille.

« J’étais clairement rendue là. Les dernières années, en ville, je sortais de moins en moins. J’avais déjà envie de me créer un chez-moi, puis j’ai rencontré mon copain, qui s’est acheté une maison là-bas. La campagne me ressemble. Avoir un jardin, prendre soin de quelque chose, avoir de l’espace, ça me convient. J’y retrouve une paix et je prends aussi un certain recul sur la ville. »

« Un beau moment »

L’accueil que Blue reçoit depuis sa très récente sortie lui procure un sentiment étrange, confie celle qui a habité à Saint-Césaire et à Granby.

« Je l’ai travaillé durant presque trois ans et il est terminé depuis déjà un an. C’est drôle de l’offrir après un si long moment d’attente, de recevoir des félicitations, des critiques, pour quelque chose qui a déjà été digéré et assumé. Mais je suis fière et très contente d’être rendue à cette étape. J’ai une nouvelle équipe, une nouvelle gérance. C’est un beau moment. »

D’autant plus que Rosie Valland a l’agréable impression que cet opus de neuf pièces l’ouvre à un nouveau public. « Il y a quelque chose de moins alternatif dans cet album. Des personnes qui n’avaient jamais écouté ma musique m’écrivent. Je trouve ça vraiment cool. »


« C’est cette douceur et cette empathie qui sont les plus frappantes à l’écoute de Blue. Pendant que je le préparais, c’était incarné parce que j’allais bien. »
Rosie Valland

On n’a pas pour autant affaire à une « nouvelle » Rosie Valland, fait-elle remarquer. Elle préfère souligner qu’elle a vieilli, comme tout le monde. « De passer de 21 ans à 28 ans, c’est juste un cheminement normal. Je suis maintenant une femme adulte, je sais ce que je fais, j’ai ma place dans le métier. J’ai fait Blue en étant consciente de ce que j’étais. C’est là la plus grande différence. »

Décrit comme de la pop « profonde, accrocheuse et sophistiquée », le style de Blue lui colle à la peau. « Oui, c’est pop, oui c’est accrocheur, mais ce n’est pas synthétique. Le côté mélodieux me ressemblait. Et je pense que ça va bien à ma voix. »

Depuis l’École

Bref, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis son passage à l’École nationale de la chanson de Granby en 2011-2012, mais l’influence de ces quelques mois d’immersion musicale se fait encore sentir.

« À Granby, j’avais des amis, mais j’étais pas mal la seule de mon espèce à faire de la musique. En arrivant à cette école, j’ai rencontré plein de gens comme moi. Au-delà des connaissances, je m’y suis surtout fait des amis. Aujourd’hui, tout mon réseau découle des rencontres que j’ai faites là-bas à cette époque », dit-elle.

Celle qui vit de son métier depuis l’âge de 20 ans porte un regard lucide et bienveillant sur son parcours, soulignant ses réussites et sa constance. « Que la musique prenne tant de place dans ma vie, c’est une fierté. Je suis dans la marge, mais j’ai une belle vie. »

Cela ne l’empêche pas d’espérer une meilleure reconnaissance et une plus grande place pour sa musique au Québec. « Avec Blue, j’ai envie de me remettre à rêver. »

Disponible depuis le 28 février, Blue sera officiellement lancé le 9 avril à Montréal. Ce printemps, Rosie Valland assurera notamment la première partie des Soeurs Boulay. Sa tournée est prévue à l’automne/hiver prochain.