Une étude dévoilée jeudi démontre que le chat domestique réagit d’une manière particulière lorsqu’il entend son nom. À propos, celui-ci s’appelle Shelley et vit à Philadelphie.

Les chats reconnaissent leur nom

MONTRÉAL — Ils ronronnent plus fort lorsqu’ils ont faim. Et miaulent différemment selon que leur maître est heureux ou triste. On apprenait jeudi dans la revue Scientific Reports que les chats reconnaissent également leur nom. La Presse s’est entretenue avec l’auteure de l’étude, Atsuko Saito, psychologue à l’Université Sophia à Tokyo.

Q Pourquoi êtes-vous la première à identifier cette capacité des chats à reconnaître leur nom?

R On sait depuis longtemps que les chiens reconnaissent leur nom. Ils peuvent même apprendre des centaines de mots avec un dressage intensif. Mais personne n’avait jamais réussi à prouver cela avec des chats, parce qu’on ne peut dresser un chat comme un chien. Vérifier expérimentalement qu’il reconnaît son nom est donc plus compliqué. On étudie les instincts de l’animal.

Q On ne peut pas dresser un chat?

R Le chat a été domestiqué bien après le chien, 10 000 ans contre 15 000 à 40 000 ans. Les races de chiens plus faciles à dresser ont été sélectionnées par l’homme par sélection artificielle, parce que le chien avait plusieurs utilités, pour les bergers et les soldats notamment. Le chat a été domestiqué par sélection naturelle, parce que ce n’est qu’un animal de compagnie, alors il n’y a jamais eu d’effort pour sélectionner des individus ou races qui se prêtent au dressage.

Q Comment avez-vous réussi ce tour de force?

R Nous avons fait quatre expériences différentes, parfois avec des chats vivant seuls avec leur maître, parfois dans des maisons qui avaient plusieurs chats. Chaque fois, nous prononcions à répétition quatre mots, pour que les chats s’y habituent. Une fois qu’ils étaient habitués aux quatre mots, on prononçait leur nom. On voyait clairement une réponse des chats, une reconnaissance de leur nom. Nous avons aussi fait une expérience avec des chats vivant dans un café.

Q Des chats vivant dans un café?

R Ce sont des endroits où les amateurs de chats vont prendre un café. Les chats se font appeler par plein de gens, pas toujours par leur nom. Ces chats ne reconnaissent justement pas leur nom, ils se mélangent avec les noms des autres chats du café.

Q Comment pouvez-vous être sûre que vos chats reconnaissent leur nom?

R Ils bougeaient la tête et les oreilles de manière caractéristique, toujours de la même façon. C’est le genre de mouvement qu’ils font lorsqu’ils entendent le bruit de la nourriture. Ils répondent de cette manière, quelle que soit la personne qui prononce leur nom.

Q Est-ce qu’ils miaulent de manière distincte en entendant leur nom?

R Non, ils ne sont pas capables d’avoir un dialogue avec leur maître. En fait, le miaulement sert à faire une demande, les mouvements de la tête semblent des réactions qui ne visent pas à communiquer. C’est différent des chiens, qui peuvent imiter les mimiques de leurs maîtres et répondre par des jappements distincts à certains ordres.

Q Allez-vous continuer à étudier la psychologie féline?

R On veut voir si les chats reconnaissent les noms des autres chats qui vivent avec eux. On a eu des expériences avec des maisons où vivaient plusieurs chats qui nous ont donné des idées de méthodes permettant de vérifier ce point, mais il reste à vérifier si elles vont donner les résultats escomptés.

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LE RONRONNEMENT DE LA FAIM 

En 2009, dans la revue Current Biology, des biologistes britanniques ont démontré que le ronronnement des chats était moins agréable à l’oreille humaine quand les chats avaient faim. Ils sont alors plus forts et incorporent également une tonalité aiguë à travers les sonorités graves du ronronnement.. En 2016 dans la revue Psychologia, Atsuko Saito de l’Université Sophia à Tokyo a établi que les chats qui avaient faim avaient plus tendance à aller vers un individu qui les regardait et les appelait, plutôt que vers un individu qui regardait ailleurs ou était silencieux. La différence est moindre quand les chats n’ont pas faim. La Presse