La commissaire en chef, Marion Buller, dit espérer que «les vérités» véhiculées dans le rapport permettront d’avoir une meilleure compréhension de la réalité des peuples autochtones.

Les Autochtones se préparent à la publication du rapport de l’ENFFADA

Les survivantes et les familles de femmes et de filles autochtones disparues et assassinées se préparent pour une cérémonie très émouvante à Gatineau, lundi, à l’occasion de la publication d’un rapport qui emploie le mot « génocide » pour décrire ce pan de l’histoire canadienne.

Dans son mot d’introduction du rapport final, la commissaire en chef Marion Buller mentionne que si les commissaires ont eu peu de temps pour faire leur travail, ils ont pu entendre « des vérités importantes ».

« Ces vérités nous forcent à réexaminer les causes profondes de la violence et, par conséquent, à reconsidérer les solutions », écrit-elle.

Mme Buller dit espérer que ces vérités permettront d’avoir une meilleure compréhension de la réalité des peuples autochtones et de saisir « que leurs droits, comme Autochtones et comme personne, sont bafoués lorsqu’ils sont la cible de violence ».

« Les lois et les institutions perpétuent la violation des droits fondamentaux de la personne et des Autochtones. Ces atteintes s’apparentent ni plus ni moins à un génocide, planifié et souvent dissimulé, contre les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA autochtones, souligne-t-elle. Cette tragédie perpétrée en sol canadien ne cadre pas avec les valeurs que le pays prétend défendre. »

Les conclusions de l’enquête financée par le gouvernement fédéral sont contenues dans un volumineux document. Le rapport met l’accent sur des questions juridiques, notamment les services policiers, et sur la nécessité de réagir efficacement à la traite des êtres humains, à l’exploitation et à la violence sexuelles.

Il souligne aussi qu’il ne faut pas se contenter de considérer les échecs des services policiers, des services de santé et des services de protection de la jeunesse comme des erreurs du passé.

Un parcours sinueux

Au cours de son mandat, l’enquête a été confrontée à de nombreux défis.

Les mouvements de personnel ont fait la manchette : des directeurs généraux et un directeur de la recherche ont quitté, tout comme des avocats, des agents de relations communautaires et de nombreux collaborateurs du service des relations publiques.

Une commissaire métisse de la Saskatchewan, Marilyn Poitras, a annoncé sa démission en juillet 2017. Elle se sentait incapable de mener à bien son mandat, selon les paramètres fixés par le gouvernement.

Après la démission de Mme Poitras, un certain nombre de familles des victimes ont réclamé que l’Enquête reparte à zéro. Mme Buller a alors dit que les autres commissaires demeuraient concentrés à mener le bateau à bon port.

La ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, Carolyn Bennett, ne s’exprimera pas avant la publication du rapport. Elle avait déjà souligné que le rapport final ne sera pas l’ultime étape du voyage.

Le gouvernement fédéral devra se pencher sur les problèmes de racisme et de sexisme dans les services policiers et dans les institutions ainsi que sur l’accélération de la mise en œuvre des réformes en matière de protection de l’enfance, a-t-elle dit.

Ministre de la Justice à l’époque de la création de l’Enquête, la députée indépendante Jody Wilson-Raybould prévoit que le rapport permettra de sensibiliser la population à la tragédie en cours.

Elle espère que le rapport et les recommandations seront sérieusement pris en compte, a-t-elle ajouté. Elle demeure persuadée que des obstacles — notamment le racisme et les préjugés — existent dans les institutions.

« Il faut que justice soit faite aux femmes autochtones », a-t-elle déclaré.