Les analphabètes seraient trois fois plus à risque de souffrir de démence

MONTRÉAL - L’analphabétisme pourrait tripler le risque de souffrir de démence, prévient une nouvelle étude américaine.

Les chercheurs de l’université Columbia ont examiné un millier de résidants de l’État de New York originaires de régions rurales de la République dominicaine, où l’accès à l’éducation est limité. Environ le quart des sujets étaient analphabètes.

Les participants ont été soumis à des examens médicaux, à des tests de mémoire et à des tests de raisonnement au début de l’étude, puis à tous les 18 ou 24 mois.

Le tiers des sujets analphabètes souffraient de démence au début de l’étude, contre seulement 18 pour cent des sujets capables de lire et d’écrire. En tentant compte de facteurs comme l’âge, le statut socioéconomique et la maladie cardiovasculaire, le risque de démence au début de l’étude était environ trois fois plus élevé dans le premier groupe que dans le second.

Après un suivi moyen de quatre ans, près de la moitié des sujets analphabètes et libres de démence au début de l’étude en étaient maintenant atteints, contre 27 pour cent des autres. En tenant compte des mêmes facteurs, le risque d’acquérir une démence pendant l’étude était deux fois plus grand pour les sujets analphabètes.

Il peut y avoir une explication directe ou une explication directe à la protection que semble conférer le fait de savoir lire et écrire, a dit Sylvie Belleville, la directrice scientifique du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

«Ça pourrait être le fait que, quand on s’alphabétise, ça change notre cerveau, et quand notre cerveau est différent, il est plus à même de résister à différentes maladies, a dit Mme Belleville. Mais ça peut aussi être lié au fait qu’être alphabétisé amène tout un ensemble de facteurs qui sont favorables.»

Elle rappelle en effet que la science indique que les gens qui ont des activités diverses cognitivement stimulantes - comme la lecture, le théâtre, la visite des musées ou le bénévolat - semblent moins à risque de souffrir de démence. Ces activités sont évidemment plus facilement accessibles aux gens qui savent lire et écrire qu’aux autres.

«Si vous n’avez pas eu l’occasion d’apprendre à lire, ça veut dire que nous n’avez pas eu l’occasion de modifier structurellement les connexions et le nombre de connexions entre ces différentes régions (du cerveau), et donc vous ne pouvez pas bénéficier de ces connexions pour vous protéger quand arrive la maladie, a précisé Mme Belleville.

«Peut-être que justement, quand on est alphabétisés, on a accès à tout un ensemble de stimulations dans notre vie, et à de l’information aussi, ce qui fait que c’est une espèce de cercle vertueux qu’on met en place.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées en ligne par le journal médical Neurology.