Johanne Seymour nous a reçus à son image. Avec goût, sans être ostentatoire. Chaleureusement, mais sans fla-fla.
Johanne Seymour nous a reçus à son image. Avec goût, sans être ostentatoire. Chaleureusement, mais sans fla-fla.

L'élégante Johanne Seymour

Marie-Ève Lambert
Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est
L'ÉTÉ DE NOS PERSONNALITÉS / L’été que nous vivons suit un printemps pas comme les autres. Toutes les sphères de la société ont été affectées par la pandémie et le confinement. Dans cette série baptisée «L’été de nos personnalités», les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) vont à la rencontre de personnalités de tous les domaines — politique, science, culture, vie communautaire… — afin de savoir comment se passe leur été. Des conversations libres que nous vous présentons chaque samedi.

Johanne Seymour nous a reçus à son image. Avec goût, sans être ostentatoire. Chaleureusement, mais sans fla-fla. Quelques cerises fraîches déposées dans un bol, un pichet d’eau citronnée, un parasol pour un peu d’ombre en cette chaude journée ensoleillée du mois d’août, et un sourire franc accompagné d’une présence authentique. L’élégance n’est-elle pas dans la simplicité ?

« Faites attention pour ne pas tomber, je refais ma terrasse et les rampes ne sont pas encore posées », nous a-t-elle avertis, bienveillante.

Comme bien d’autres, elle a profité de cette pause que nous a imposée le quotidien depuis quelques mois pour effectuer quelques rénovations dans son havre de paix situé à Knowlton, dans les Cantons-de-l’Est. Une modeste demeure, entourée d’arbres matures, à un jet de pierres de sentiers pédestres et d’une parcelle de plage sur le bord du lac Brome. « J’en profite, bien sûr ! », ne s’en cache pas l’auteure, qui a publié récemment le très beau roman Le goût de l’élégance.

Sorti en librairie le 11 mars, soit quelques jours avant que ne soit déclaré l’état d’urgence, il n’a pu jouir de la visibilité qu’il méritait. L’ouvrage de 160 pages a néanmoins fait son chemin jusqu’à plusieurs lecteurs, qui n’ont pas manqué de saluer le brio de l’œuvre.

« Je pensais avoir écrit une fable réjouissante, un baume pour les âmes écorchées, mais on m’a fait remarquer que finalement, mon roman était un livre sur la sympathie et la solidarité », s’étonne encore Mme Seymour, non sans être totalement d’accord.

Élégance morale

L’histoire de Simone, libraire dépressive à laquelle le destin réserve bien des surprises, lui est venue parce qu’elle trouvait que la société baignait dans trop de négativité, explique-t-elle. « Il y a un manque d’éducation au vivre ensemble incroyable », se désole-t-elle, en faisant notamment référence à tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux.

« J’ai envie de beaux gestes, de belles paroles. J’ai envie que les gens soient bons avec les autres. L’élégance dont je parle n’est pas physique ; elle est morale, elle est sentimentale. Je parle de l’élégance du cœur. Je ne dis pas qu’on n’a pas le droit à notre opinion, on n’est pas des tapis non plus. Mais il y a une façon de faire, de dire avec respect. La liberté d’expression vient avec un code qu’il faut respecter. On ne peut pas dire n’importe quoi n’importe comment. »

« Pour bien débattre, il faut être sécure dans sa personne, poursuit-elle. Sinon, une opinion différente vient ébranler tes convictions, et par la bande, qui tu crois être. Et alors l’égo entre là-dedans, et ça tourne au vinaigre. »

Johanne Seymour est d’avis que des cours de civisme et d’éducation à la sexualité « régleraient bien des problèmes de notre société ». « On a aussi besoin de se redécouvrir une spiritualité, croit-elle. On a mis la religion à la porte, mais rien n’est venu la remplacer. On a perdu nos balises. On s’est mis à croire que le matériel donnait un sens à notre vie, alors qu’il n’en est rien. »

Il est où, le bonheur ?

Très dure, voire cynique, envers les multiples travers de notre société, la Bromoise a pourtant le bonheur facile. « Je ne m’ennuie pas, moi, dans la vie ! Et je trouve que les gens en général n’écoutent pas assez leurs envies, ne développent pas assez de passions. Ils passent leur temps sur les réseaux sociaux à déverser leur mal-être sur les autres. Mon Dieu, get a life ! Faites quelque chose de positif de votre vie ! Allez vous promener dans le bois et observez les oiseaux, apprenez à peindre, faites du bénévolat, n’importe quoi ! »

« Et surtout, soyez ouverts à recevoir ce que la vie vous pitche. Le bonheur est dans l’inattendu. »


« La liberté d’expression vient avec un code qu’il faut respecter. On ne peut pas dire n’importe quoi n’importe comment. »
Johanne Seymour

Nous sommes repartis de notre entretien avec un bouquet d’herbes fraîches en provenance du jardin qui nous tournait le dos, une recette de pâtes, ainsi qu’un savoureux roman et un cœur rassasié de bonnes et franches paroles. « N’oublie pas : le bonheur est dans l’inattendu ! », a tenu à nous rappeler Johanne Seymour avant un dernier au revoir.

Oui, l’élégance du cœur existe encore. Et elle a bon goût.

« Je suis très solitaire dans la vie, ça ne m’a pas tant dérangée d’être privée de contacts humains », affirme Johanne Seymour.

Confinement, bénévolat et projet télé

Johanne Seymour a relativement bien vécu le confinement printanier, malgré le fait qu’elle habite seule. « Je suis très solitaire dans la vie, ça ne m’a pas tant dérangée d’être privée de contacts humains », affirme-t-elle.

Ce qui l’a dérangée, surtout, c’était de ne pas jouir de la liberté d’avoir ou non des contacts. « Je ne pensais pas que l’autre allait me manquer autant. Je me suis rendu compte qu’il était plus important que je le pensais. »

L’auteure et scénariste a également souffert d’anxiété, admet-elle. « Toute cette situation m’a amenée à une profonde réflexion sur la mort, sur la fin de vie, qui m’a franchement angoissée. »

Ces préoccupations ont amené la dame de 68 ans à envoyer sa candidature pour prêter main-forte dans les CHSLD, mais celle-ci n’a pas été retenue.

Qu’à cela ne tienne, elle allait aider d’une autre façon. « J’ai fait du bénévolat dans les banques alimentaires et des courses pour les personnes âgées. »

En plus de quelques rénovations dans sa maison, Johanne Seymour a continué à travailler en script-édition pour différents projets télévisés. Elle a aussi jeté les bases d’un troisième Rinzen, « qui sera peut-être plus teinté de poésie », laisse-t-elle entendre.

Mais en confinement, la Bromoise est incapable de se pencher sur l’écriture d’un roman. « Ça demande une disponibilité mentale que je n’ai pas en ce moment tellement tout est incertain », dit-elle.

La télévision lui est beaucoup plus facile, et il y a de bonnes chances pour qu’un de ses projets voie le jour prochainement. « Il s’agit d’une série télévisée, une dramatique en lien avec Le goût de l’élégance, mais qui aurait une touche de magie à la Amélie Poulain », explique la scénariste.

Le projet a été vendu dans les derniers mois à un producteur, qui travaille à lui trouver un diffuseur.

PLAISIR COUPABLE

Un des grands plaisirs de la vie de Johanne Seymour, ce sont les voyages. Et à l’étranger, ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est de s’asseoir dans un café, regarder et écouter les gens qui passent.

« C’est lors de ces moments que je les sens vivre », témoigne-t-elle. 

Elle apprécie également fréquenter les épiceries ou les marchés locaux. « Je regarde ce que les gens mangent, ce qu’ils mettent dans leur panier, comment ils parlent au boucher, au marchand de légumes ou au caissier. »

Bref, elle aime s’imprégner du quotidien des gens de la place. Car le bonheur est aussi dans la simplicité... 

EN RAFALE

Un plan principal pour l’été…

«Je n’en ai pas. S’il y a une chose que la pandémie m’a apprise, c’est de vivre un jour à la fois. C’est bien assez.»

Un beau souvenir d’un été d’enfance…

 «J’ai passé mes vacances à Wildwood. Et la première chose que je voulais voir, c’était la mer. Je me précipitais sur le bord de l’eau et je pouvais rester là longtemps. Et à la fin des vacances, on ne pouvait pas partir sans que j’aille dire adieu à la mer.»

Qu’est-ce qu’on te souhaite pour l’automne?

«Collectivement, je nous souhaite de l’empathie. Je nous souhaite d’être patients et de voir de l’élégance. Ça manque ces temps-ci. On le voit dans les commerces, sur les réseaux sociaux... Et c’est ce que je me souhaite à moi aussi.»