La Direction de la police de Trois-Rivières a présenté son rapport annuel, vendredi. On voit sur la photo, René Martin, directeur ainsi que la conseillère Sabrina Roy, présidente de la Commission sur la sécurité des milieux.

Légalisation du cannabis: encore peu d’impact à Trois-Rivières

TROIS-RIVIÈRES — Les impacts de la légalisation du cannabis se font encore peu sentir à Trois-Rivières. Mais avant de conclure que cette nouvelle loi ne crée pas de vague, la Direction de la police de Trois-Rivières préfère attendre encore quelques mois, le temps d’observer si les fumeurs de cannabis vont faire leur apparition en même temps que les chauds rayons du soleil, entraînant possiblement des plaintes de citoyens importunés par l’odeur.

«Le cannabis a une odeur. Les gens sont intolérants face à la cigarette. Quel va être l’impact réel du cannabis? On va le voir à l’ouverture des terrasses. On va le voir dans les festivals. Parfois pendant un spectacle, quelqu’un fume à côté de toi, et c’est inconfortable. Comment ces règles vont se déployer? C’est ce qu’on a hâte de voir», explique René Martin, directeur de la police de Trois-Rivières. «On va voir comment va se dérouler la cohabitation au sein de la ville», ajoute-t-il.

Jusqu’à maintenant, sur le plan pénal, seulement trois ou quatre contraventions ont été émises, principalement à des mineurs qui étaient en possession de cannabis.  Pour l’instant, il n’y a eu aucune infraction concernant des fumeurs surpris à consommer un joint dans un endroit interdit.

Depuis la légalisation, une quarantaine de dossiers ont été ouverts relativement au cannabis illicite, notamment en lien avec les opérations d’Accès Cannabis qui a pour mission de diminuer l’accessibilité de cette drogue sur le marché en s’attaquant à des réseaux de production et de vente. «Jusqu’à maintenant, on a à peu près 45, 46 dossiers qu’on peut associer directement au cannabis, mais ce n’est pas encore assez pour vraiment mesurer l’impact», précise M. Martin.

Rappelons que le cannabis est légal depuis le 17 octobre 2018. Trois-Rivières a choisi d’appliquer les dispositions de la loi provinciale qui est fortement inspirée de la Loi sur le tabac. Elle pourrait changer son fusil d’épaule dépendamment de l’évolution de la situation. «On a fait le choix à Trois-Rivières de créer un comité de vigie. On n’a pas modifié les règlements municipaux d’entrée de jeu comme ça s’est passé à certains endroits.  En fonction des situations qu’on vivra, le comité va recommander des modifications de réglementation, peut-être pour certains parcs. D’ici là, on est en vigie, on regarde ce qui se passe», souligne M. Martin.

Ce changement législatif comportait un défi de taille pour tous les services de police du pays, et la Direction de la police de Trois-Rivières s’est préparée en conséquence. Les policiers ont suivi plusieurs formations que ce soit sur les nouvelles dispositions légales reliées au cannabis ou sur la détection de conduite avec les facultés affaiblies par la drogue. La DPTR compte maintenant trois agents évaluateurs en reconnaissance des drogues. De plus, un agent aux
relations communautaires a été embauché et un gros pourcentage de son travail va consister à faire des activités de prévention en milieu scolaire. 

Cette mise au point sur la légalisation du cannabis a été faite lors du dépôt du rapport annuel de la Direction de la police de Trois-Rivières. On peut y apprendre que l’année 2018 fut relativement stable sur le plan de la criminalité qui a connu une baisse de 0,4 % (4465 infractions criminelles contre 4483 en 2017). Le taux de solution se situe à 55 %, ce qui correspond à la moyenne des quatre dernières années.


Les agressions sexuelles en hausse

Parmi les faits saillants de ce rapport, notons la hausse importante des agressions sexuelles. Leur nombre a explosé passant de 84 à 123, de 2017 à 2018, ce qui correspond à une augmentation de 46,4 %. Déjà, une croissance de 7,7 % avait été notée en 2017. Les autres infractions de nature sexuelle sont aussi en forte progression. «On avait une légère hausse l’an dernier, et je pense qu’on n’avait pas encore eu l’impact des dossiers comme #moiaussi. C’est la réponse que j’avais donnée l’an passé. Maintenant, je pense qu’on commence à le voir. Les gens dénoncent plus. Ça ne change pas le système judiciaire. On est encore avec les lois existantes, les règles de preuve sont encore les mêmes, mais on a plus de dénonciations», précise M. Martin.

D’ailleurs, les infractions d’ordre sexuel expliquent principalement l’augmentation de 6,8% des crimes contre la personne. 

Pour ce qui est des crimes contre la propriété, ils ont baissé de 4,8 % en 2018 par rapport à 2017, notamment en raison de la diminution de 28 % des méfaits (490 à 352) et de 9,8 % des vols simples (1094 à 987). Les introductions par effraction ont augmenté de 4,9 % (465 à 488) et les vols de véhicules de près de 10 % (151 à 166). 

En ce qui concerne la sécurité routière, les policiers ont arrêté 245 personnes relativement à la conduite avec les capacités affaiblies, ce qui correspond à une hausse de 7,9 % comparativement à 2017. De ce nombre, 18 individus avaient les capacités affaiblies par la drogue. Pas moins de 31 360 constats d’infraction ont été émis en 2018, soit une baisse de 2,7 % par rapport à 2017.

Le rapport annuel de la DPTR regorge de statistiques de toutes sortes. Pour ceux qui aiment les chiffres même quand ils relèvent de l’anecdote, notons que c’est le vendredi qui est la journée la plus occupée avec un total de 5604 cartes d’appels traitées. Pour ce qui est du mois le plus occupé en 2018, mai remporte la palme avec 3309 cartes d’appels.

Par ailleurs, notons qu’il faut s’attendre à un changement de garde à la Direction de la police de Trois-Rivières au cours des prochaines années. En effet, 50 % du personnel-cadre sera éligible à la retraite d’ici deux ans. D’ailleurs, 18 policiers suivent présentement des cours universitaires en prévision d’assurer la relève.