La pièce «Le cas Joé Ferguson»

Le Trident à l’amende pour une comédienne qui fume sur scène

MONTRÉAL - Le Théâtre du Trident a appris à la dure que la cigarette a beau exister dans la réalité, elle n'a pas le droit de brûler les planches.

L'institution de Québec a été mise à l'amende il y a deux semaines parce qu'une comédienne fumait sur scène durant la représentation de la pièce Le cas Joé Ferguson, tel que l'a prévu l'auteure Isabelle Hubert afin d'illustrer l'anxiété du personnage.

«C'est la première fois que ça se rend à une plainte au ministère de la Santé», a raconté le codirecteur général du théâtre, Marc-Antoine Malo, en entrevue avec La Presse canadienne. Il a ajouté que le Trident présente «au moins deux, trois fois par saison» des pièces qui demandent une cigarette sur scène.

La direction s'était quand même interrogée sur la nécessité d'inclure cet accessoire honni et avait jugé sa présence justifiée, mais avait aussi pris la décision d'utiliser une cigarette sans tabac «parce que c'est de plus en plus rare que les comédiens fument et c'est la même chose pour le public», a fait valoir M. Malo.

L'affaire a causé un malaise au théâtre en raison de ses implications, a-t-il dit : «Ce qui nous inquiète, c'est que ça ouvre une porte à toute autre chose que la cigarette. On ne doit jamais, en tant que créateurs, se poser cette question. On doit se sentir libre de présenter ce qu'on veut.»

Et pourtant, c'est exactement le contraire qui se produit dans l'immédiat, a-t-il reconnu.

«Pour le moment, au Trident, je ne serais pas à l'aise d'autoriser une autre cigarette. L'idée, c'est d'essayer de trouver un compromis pour la suite des choses.»

Prévenir le public

La direction songe, à cet égard, à prévenir le public avec des affiches à l'entrée. «On le fait, par exemple, quand il y a des coups de feu sur scène : on avertit le public à l'avance», a dit M. Malo. Une telle approche préventive permettrait, dans le cas de la cigarette, d'éviter que des gens soient «pris au piège dans la salle» s'ils craignent d'être incommodés.

Mais c'est la suite possible qui trotte derrière la tête du dirigeant du Trident. «Cette amende nous fait un peu peur. On se pose déjà la question régulièrement : est-ce que telle ou telle chose, c'est présentable sur scène? Est-ce tolérable pour un public? Y a-t-il un avantage de présenter de la violence sur scène, par exemple?»

Apparemment, c'est à la suite d'une plainte d'un spectateur que des inspecteurs du ministère de la Santé et des Services sociaux ont été dépêchés sur place afin d'assurer le respect de la loi, ce qu'ils ont fait avec un constat d'infraction et une amende de 682 $.

Les inspecteurs se sont présentés à l'avant-dernière représentation, le 23 novembre dernier, ce qui signifie qu'il n'a fallu qu'une seule plainte, après que la pièce eut été vue par environ 10 000 personnes.

Tant le ministère de la Santé que les organismes de lutte contre le tabagisme soulignent que la loi vise à dénormaliser l'usage du tabac et estiment que sa présence sur scène contrevient à cet objectif.