Le centre des Alouettes et ancien du Rouge et Or, Luc Brodeur-Jourdain, a remporté le trophée des anciens combattants Jake-Gaudaur lors du gala de la Ligue canadienne, en marge de la Coupe Grey.

Le soldat Brodeur-Jourdain

HAMILTON —Luc Brodeur-Jourdain tient à le dire: il s’amuse, il joue, puis retourne à la maison une fois la partie terminée. Rien à voir avec les soldats en zone de guerre. Mais ça ne l’empêche pas d’avoir reçu jeudi soir le trophée des anciens combattants Jake-Gaudaur, lors du gala de la Ligue canadienne, à Ottawa.

«C’est comme une tape dans le dos pour te remercier d’être toi-même», remarque le centre des Alouettes de Montréal sur ce prix décerné depuis 2010. Son existence vise à honorer le joueur canadien de la LCF «qui affiche le mieux les attributs dont les vétérans ont fait preuve en temps de guerre, de conflit et de paix, soit la force, la persévérance, le courage, la camaraderie et l’implication communautaire». Il porte le nom d’un ancien commissaire de la ligue (1968 à 1984), lui-même vétéran de la Seconde Guerre mondiale.

Leader charismatique, homme très articulé, Brodeur-Jourdain est l’un des porte-étendards du programme «Ensemble à l’école», qui lui permet de rencontrer des centaines de jeunes Québécois pour les inciter à poursuivre leurs études. Il a aussi été le dernier joueur sélectionné au repêchage de 2008, avant de connaître une solide carrière dans la LCF.

L’ancien du Rouge et Or a d’ailleurs fait deux séjours en Afghanistan pour soutenir les troupes canadiennes, au début de la décennie. Il a même vécu une attaque à la roquette. «Pour moi, ç’a été traumatisant. Mais pour les soldats, c’était tranquille, c’était une période tranquille de l’année», raconte-t-il.

Ses passages là-bas lui ont «grandement ouvert les yeux sur la pertinence et l’importance qu’on avait dans le monde. […] Et ça m’a fait réaliser qu’on est gâtés par la vie, avec nos ressources naturelles. Je me souviens qu’en revenant, j’étais fasciné de voir un arbre», se rappelle Brodeur-Jourdain.

Il espère un score bas, samedi

L’honneur reçu jeudi, aussi beau soit-il, est toutefois insuffisant pour mettre un baume sur la plaie laissée par la saison désastreuse des Alouettes. Les récompenses individuelles sont flatteuses, mais elles n’ont rien à voir avec les échecs collectifs, explique l’athlète de Saint-Hyacinthe, prenant en exemple la saison universitaire 2007, où il a été nommé sur la première équipe d’étoiles au pays sans participer à la finale de la Coupe Vanier.

Ce qui nous amène à parler de celle à venir, samedi. Brodeur-Jourdain espère pour le Rouge et Or y voir un score bas. Car une avalanche de points serait mauvais signe contre la puissante attaque des Mustangs de Western Ontario. «Je ne crois pas que Laval a affronté une offensive comme ça cette année», dit-il. Mais l’inverse est aussi vrai: les Mustangs devront percer une muraille solide comme ils n’en ont jamais vue.

L’expérience du Rouge et Or, champion l’an dernier dans ce même stade Tim Hortons, pourrait faire pencher la balance du côté de Québec, croit Brodeur-Jourdain. Et beaucoup grâce aux têtes dirigeantes. «C’est difficile de trouver un meilleur groupe d’entraîneurs que ça, même au niveau professionnel», ose lancer celui qui a connu tout ce beau monde pendant ses années à l’Université Laval.

Prêt pour une autre saison

Même s’il aura 35 ans avant le début de la prochaine saison, Brodeur-Jourdain a déjà signalé son intention de revenir en 2018, histoire de terminer sa carrière avec «un meilleur goût dans la bouche».

Facile de comprendre qu’il s’agirait sans doute de son dernier tour de piste. «Depuis que j’ai passé le cap des 30 ans, je me dis chaque année que ça pourrait être la dernière. Ce n’est pas un sport fait pour les plus vieux», constate-t-il. «La moyenne d’âge de notre ligue est de 25-26 ans. Alors à chaque saison, je m’éloigne de la moyenne», souligne le double vainqueur de la Coupe Grey.