L’alliaire officinale est une plante herbacée dont les racines dégagent des toxines qui tuent les champignons dans le sol et nuisent aux autres végétaux. C’est ce qui explique qu’elle peut se propager aussi rapidement.

Le refuge de Philipsburg menacé par une espèce végétale envahissante

Une espèce végétale envahissante menace la biodiversité dans le refuge d’oiseaux migrateurs (ROM) de Philipsburg. L’alliaire officinale essaime depuis quelques années à un rythme rapide dans cette réserve de 527 hectares qui abrite des espèces végétales rares. Deux corvées citoyennes sont prévues pour s’y attaquer.

L’avancée de l’alliaire officinale, appelée aussi herbe à ail (garlic mustard), inquiète les scientifiques. Sa rapide prolifération a pour effet d’éliminer les espèces végétales indigènes. Les études sur cette espèce envahissante ont démontré qu’elle peut occuper de vastes superficies en écartant les autres espèces. Ses racines libèrent des toxines dans le sol qui tuent les champignons et nuisent aux autres végétaux, explique la biologiste Andrée Nault. « Elle n’a pas beaucoup de défauts, seulement des qualités qui font qu’elle finit par prendre toute la place », image la biologiste-botaniste.

Conseillère scientifique au Biodôme de Montréal, Mme Nault est une habituée du ROM. Si le site de nidification accueille maintes espèces d’oiseaux, dont la paruline azurée qui est en voie de disparition au Canada et menacée au Québec, il renferme également nombre d’espèces florales rares, signale celle qui les recense et les étudie depuis une vingtaine d’années. Parmi ces plantes, on compte l’aplectrelle d’hiver, la doradille ambulante, le staphylier à trois folioles, l’aster à rameaux étalés et la violette rostrée, énumère-t-elle.

Les cerfs de Virginie et les randonneurs contribuent à la dispersion des graines de l’alliaire officinale, note-t-elle. Les graines se collent à la fourrure des cervidés lorsqu’ils se couchent ou se fixent à leurs sabots. Même logique avec les randonneurs qui visitent les lieux. C’est ce qui explique qu’on en retrouve beaucoup le long des sentiers. La situation va empirer, soutient la chercheuse, si rien n’est fait pour freiner sa progression.

L’alliaire officinale peut être facilement arrachée et ses racines également, note Mme Nault. C’est dans cette optique que le Centre d’interprétation du milieu écologique du Haut-Richelieu (CIME) organise vendredi une corvée citoyenne pour les arracher. De telles sorties se sont avérées efficaces ailleurs, indique Renée Gagnon, sa directrice générale. « On peut avoir des interventions très réussies, très concluantes », assure-t-elle.

Le CIME s’intéresse à l’alliaire officinale depuis 2016 au ROM. Des corvées ont permis d’en arracher des milliers, a dit Mme Gagnon. Cette année, l’organisation environnementale veut frapper un grand coup. Plusieurs secteurs seront ciblés, dont celui à l’entrée du refuge, considéré comme le foyer d’infestation, signale-t-elle. « On veut faire une opération de confinement pour freiner son avancée. »

Le ministère de l’Environnement a accordé une subvention de 26 000 $ au CIME pour mener ce combat contre l’alliaire officinale dans le ROM en 2019 et 2020.

Des biologistes, dont Andrée Nault du Biodôme de Montréal, participent à un programme de recherche pour tenter de freiner cette espèce envahissante dans le refuge d’Oiseaux migrateurs de Philipsburg.

2500 graines par plant

L’alliaire officinale est une plante herbacée biannuelle. Elle peut atteindre un mètre de haut, mais ne produit des graines qu’à sa deuxième année de vie, dit Mme Nault. Chaque plante mature peut toutefois produire 2500 graines, ajoute-t-elle. D’où l’importance d’intervenir avant qu’elles ne les relâchent, dit-elle.

Depuis deux semaines, Mme Nault et deux collègues biologistes procèdent à l’arrachage de ces plants. Ils en profitent pour mener des expériences pour mieux l’étudier. Des parcelles libérées de cette plante envahissante sont revégétalisées avec des espèces indigènes prélevées dans d’autres secteurs du refuge. Le but est de voir si elles peuvent s’implanter.

D’autre part, de la terre a été prélevée sous des alliaires. Elle sera analysée par des botanistes pour mieux comprendre la dynamique de cette espèce. Des moyens pour la neutraliser pourraient être découverts, a-t-elle dit.

Des colons européens auraient introduit cette plante au milieu des années 1800 au Québec. Ils l’utilisaient à des fins médicinales et comme condiment.

Le CIME tiendra une deuxième corvée d’arrachage le samedi 15 juin. Pour inscription aux deux sorties : 450-346-0406 ou vdeschenes@cimehautrichelieu.qc.ca