Le proxénète Mathieu Larin avait pris un contrôle sur la vie sexuelle de quatre jeunes femmes, dont une mineure, qui se prostituaient pour son compte principalement à Sherbrooke.

Le proxénète Mathieu Larin s’excuse à ses victimes

Le proxénète Mathieu Larin avait pris un contrôle sur la vie sexuelle de quatre jeunes femmes, dont une mineure, qui se prostituaient pour son compte principalement à Sherbrooke.

Pour ses activités criminelles de proxénètes sur ces quatre victimes entre 2014 et 2017, Larin devrait passer entre trois et huit années derrière les barreaux.

Lors des observations sur la peine qui se déroulaient lundi au palais de justice de Sherbrooke, la procureure aux poursuites criminelles Me Geneviève Crépeau a expliqué que l’accusé s’occupait de prendre les photos en tenue légère, de faire la publicité sur le site «annonces intimes», avait le contrôle du téléphone en se faisant passer pour les filles et décidait des services sexuels et des tarifs.

«De plus en plus, on entend parler de proxénétisme. Il y a des équipes spécialisées dans les corps de police. Même Mathieu Larin savait à quoi il s’exposait. Il y a quatre victimes et on sait qu’il y en a plus que ça. C’était de jeunes femmes qui n’avaient jamais fait de prostitution. Il a exercé un contrôle sur elle. Son revenu était l’exploitation sexuelle de ces personnes», signale Me Crépeau qui réclame des peines consécutives pour chacune des quatre victimes qui ont vécu des conséquences de ces gestes.

La procureure aux poursuites criminelles a demandé au juge Conrad Chapdelaine de la Cour du Québec qu’une peine sévère de huit à dix ans soit imposée, alors que Me Alexandre Fleurent de l’aide juridique a plaidé pour trois ans de prison à compter de ce jour.

«Ce n’est même pas une peine clémente. C’est un premier événement de proxénétisme où une première dénonciation a entraîné les autres. Il n’y avait pas de contrainte de violence ou à continuer. Le degré de contrôle était minime. Elles pouvaient choisir l’horaire, le nombre de clients et pouvaient les refuser. Il n’utilisait pas la drogue pour forcer personne à travailler pour lui», a plaidé Me Fleurent qui a signalé que Larin n’avait pas de lien avec le crime organisé.

La procureure aux poursuites criminelles Me Geneviève Crépeau et l’enquêteur Marc Pouliot de la SQ

Une «job de marde»

Chapelet blanc au cou, Larin a avoué avoir été le proxénète d’autres filles que celles qui ont porté plainte à la police contre lui.

«C’est de la marde cette job-là je ne la referai jamais», a soutenu Larin qui traitait ses activités de proxénétisme comme une entreprise.

Il a assuré le tribunal qu’il n’encourageait pas les filles à consommer des stupéfiants.

«Je n’imposais pas d’horaire. Je voulais qu’il y ait le maximum de clients en moins de temps possible parce que les filles aimaient mieux cela. J’essayais d’aller chercher une clientèle plus riche, plus aisée. Je ne voulais pas que ce soit n’importe quel client tout croche», a signalé le proxénète.

Détenu depuis plus de six mois, Mathieu Larin témoigne avoir réalisé que la prostitution n’était «pas une job pour personne».

«Il n’y a pas de bon proxénétisme. Je le réalise maintenant. C’est vrai que c’est dégueulasse comme job même si ce sont de bons clients. C’était un tiers pour moi et deux tiers pour elle. Des fois je leur empruntais de l’argent. Vers la fin avec une, un peu par vengeance, j’ai demandé la moitié. Ce n’était pas correct de faire ça», soutient Larin.

L’une des victimes a offert des services sexuels de 30 à 40 fois à raison de trois à six clients par jour. Elle estimait avoir fait entre 5000 ou 6000 $, dont 3000 $ pour elle.

Sans les forcer, Larin les encourageait à continuer à se prostituer.

«Larin consommait de l’alcool et de la cocaïne tous les jours. Les victimes le décrivent comme jaloux, agressif, possessif, contrôlant et même violent lorsqu’il consommait», indique Me Crépeau.

À l’origine, deux victimes avaient porté plainte en même temps. L’une était étudiante au cégep alors que l’autre travaillait dans un commerce de détail. Elles avaient 18 et 19 ans.

Au départ, les massages sexy étaient proposés, mais qui vont rapidement être des services sexuels. Les deux n’avaient jamais fait ça. Elles se sont rendues à Québec en mars 2016 pour offrir les premiers services sexuels dans un hôtel.

C’est lors d’une soirée qu’une autre plaignante a été abordée par une «porn star» et qu’elle a été mise en contact avec Larin.

«Elle faisait jusqu’à 15 clients en 24 heures. Larin prenait 30% des gains», explique Me Crépeau.

Mathieu Larin s’est excusé aux plaignantes.

«Je regrette pour les filles. J’ai réalisé que ça les avait affectées plus que j’avais pensé», a indiqué Larin.

Larin reconnaît des dettes envers les victimes et leur a offert un dédommagement.

Le juge Chapdelaine imposera la peine le 20 avril.

L’avocat de la défense Me Alexandre Fleurent de l’aide juridique.