Installation du producteur de cannabis Hexo en Outaouais

Le producteur de cannabis Hexo déçoit au quatrième trimestre et défend sa stratégie

En pleine restructuration, le producteur québécois de cannabis Hexo estime que ce pas en arrière devrait lui permettre de traverser la période de turbulence à laquelle est confrontée l’industrie dans son ensemble.

Malgré la récente mise en garde sur ses résultats, l’entreprise établie à Gatineau a continué à décevoir les analystes, mardi, en dévoilant une perte nette de 56,7 millions $ au quatrième trimestre et de 81,6 millions $ pour l’exercice - ce qui a alimenté le scepticisme de plusieurs analystes.

Citant une «pression sur les prix», la société a réservé une autre mauvaise surprise aux investisseurs en inscrivant une charge de dépréciation de 16,9 millions $ sur ses stocks de cannabis.

Un peu plus d’un an après la légalisation de la consommation du cannabis à des fins récréatives au Canada, l’industrie est confrontée à un «repli très difficile» alors que le marché noir domine toujours, selon le président-directeur général de Hexo, Sébastien St-Louis.

Si les perspectives à long terme sont encourageantes, celui-ci croit qu’il est difficile de dire quels joueurs pourront se hisser au rang des géants comme Amazon alors que d’autres sombreront dans l’oubli.

«Si vous regardez la façon dont Hexo gère ses activités (...) cela donne une meilleure idée (de la stratégie) par rapport aux données trimestrielles», a dit M. St-Louis lors d’une conférence téléphonique au cours de laquelle sa stratégie a fait l’objet de nombreuses questions de la part des analystes financiers.

La semaine dernière, Hexo a licencié 200 personnes, dont le directeur de la fabrication et le responsable du marketing - en plus de déployer diverses initiatives visant à réduire ses coûts pour s’ajuster au marché.

De plus, l’entreprise a annoncé la fin des activités de sa serre de Beamsville, en Ontario, acquise grâce à l’achat de Newstrike Brands, en plus d’amputer de 200 000 pieds carrés sa serre de Gatineau - soit environ 15 pour cent de la superficie du site.

Pire que prévu

Pour la période de trois mois terminée le 31 juillet, les revenus nets de Hexo, le principal fournisseur de la Société québécoise du cannabis, ont été de 15,4 millions $, comparativement à 1,4 million $ il y a un an.

L’entreprise n’a pas fourni de précisions en ce qui a trait à sa perte d’exploitation ajustée, qui, selon plusieurs analystes, serait bien plus importante que prévu. Selon John Chu, de Desjardins Marchés des capitaux, elle s’est chiffrée à près de 30 millions $, alors que l’analyste anticipait une perte de 11,8 millions $.

De son côté, Amy Chen, de BMO Marchés des capitaux, a qualifié de «développement troublant» la charge de dépréciation inscrite par Hexo au quatrième trimestre.

«Nous notons un certain nombre de tendances négatives dans les résultats du quatrième trimestre (et de l’exercice)», a écrit l’analyste dans un rapport envoyé par courriel où elle suggère aux investisseurs de demeurer sur les lignes de côté.

Hexo avait déjà prévenu que ses recettes nettes du quatrième trimestre oscilleraient entre 14,5 millions $ et 16,5 millions $, soit bien en deçà des 26 millions $ évoqués précédemment. L’entreprise avait également retiré ses prévisions pour l’exercice 2020, où elle prévoyait générer des revenus nets de l’ordre de 400 millions $.

Parallèlement à ce qui avait déjà été signalé par Hexo, Owen Bennett, de la firme Jefferies, s’est montré préoccupé par une détérioration de la marge brute, une accumulation des stocks et un retard dans son déploiement aux États-Unis.

«Le quatrième trimestre de Hexo s’inscrit dans la séquence de mises à jour décevantes», a indiqué l’analyste dans une note.

Malgré tout, le producteur de cannabis continue de croire qu’il peut générer un BAIIA «positif» à la fin de 2020, notamment en raison du nombre croissant de boutiques de cannabis au Canada ainsi que du régime minceur mis en place.

Lorsqu’un analyste lui a demandé comment il comptait atteindre cet objectif, M. St-Louis a préféré jouer de prudence sans dévoiler son jeu.

«Au cours des 12 prochains mois, nous espérons avoir un portrait plus clair du marché et peut-être que nous pourrons y aller de prévisions, a-t-il dit. Mais jusqu’à ce que cela se produise, je crois qu’aucun producteur de cannabis est actuellement capable de fournir des chiffres précis.»

En ce qui a trait à son chiffre d’affaires net au premier trimestre, Hexo s’attend à ce qu’il varie dans une fourchette allant de 14 millions $ à 18 millions $.

À la Bourse de Toronto, le titre de Hexo a abandonné environ 10 pour cent en début de séance pour se négocier temporairement à 2,72 $, avant de finalement clôturer à 2,94 $, en baisse de neuf cents, ou 2,97 pour cent.