Le site bucolique qui avait été l'hôte de quelque 400 000 personnes en 1969 sera le théâtre d'une série de concerts présentés par d'anciens participants au festival de Woodstock comme Carlos Santana et John Fogerty.

Le mot-clé du 50e anniversaire du festival de Woodstock: «contrôle»

BETHEL, N.Y. — Le 50e anniversaire du célèbre festival de Woodstock sera célébré dans l'État de New York, mais on ne doit pas s'attendre à retrouver l'ambiance de 1969.

Si le projet de présenter un grand festival Woodstock 50 s'est effondré après une série de calamités, le site bucolique qui avait été l'hôte de quelque 400 000 personnes sera le théâtre d'une série de concerts présentés par d'anciens participants comme Carlos Santana et John Fogerty.

Les responsables préoccupés par les embouteillages et l'encombrement limiteront de manière stricte l'accès au célèbre terrain actuellement exploité par le Centre des arts Bethel Woods. Les visiteurs devront se munir d'un laissez-passer pour s'y rendre du jeudi au dimanche. Seules les personnes ayant obtenu des billets pour les activités en soirée pourront se les procurer. Des points de contrôle seront aussi établis.

«Nous essayons de persuader les gens qui ne sont pas intéressés par les concerts et qui veulent juste venir respirer l'air et ressentir les vibrations de venir les autres week-ends», a déclaré la directrice générale du centre Bethel Woods Darlene Fedun.

Certains diront que l'héritage de Woodstock appartient aux quelque 400 000 personnes qui ont assisté au festival de 1969 ou à quiconque est inspiré par la musique issue de ce week-end anarchique. Mais à l'approche de l'anniversaire, il faut se rendre à l'évidence : il appartient en réalité à deux groupes distincts à qui appartiennent les droits sur le nom du festival et même le site du concert.

Et leurs actions démontrent hors de tout doute que 2019 n'est pas 1969.

Au festival de Woodstock, le 16 août 1969

Co-fondateur du festival, Michael Lang faisait partie d'un groupe qui n'a pas réussi à organiser un concert pour célébrer les 50 ans de Woodstock. Les organisateurs ont essuyé une série de revers, perdant notamment le site originalement prévu dans le nord de l'État de New York. Ils ont bien trouvé un deuxième endroit, mais, environ un mois avant le spectacle, ils n'ont pu obtenir le permis nécessaire.

En 1969, les organisateurs de Woodstock s'étaient vu refuser les autorisations un mois avant le déroulement du festival, initialement prévu à Wallkill. M. Lang avait pu découvrir le site de Bethel à quelques semaines des concerts. La chance n'a pas été favorable cette fois-ci. Une tentative de la 11e heure de présenter un concert gratuit dans le Maryland a fait long feu.

«C'est aussi insensé de penser que l'on peut recréer un événement rock d'antan comme Woodstock en 2019 que de vouloir persuader les gens de revenir aux vieux téléphones à cadran et aux appels interurbains en passant par une opératrice», soutient Simon Napier-Bell, un imprésario qui a déjà travaillé avec des groupes comme The Yardbirds et Wham!.

Woodstock a vu le jour pendant une période d'amateurisme et d'idéalisme, rappelle-t-il. Aujourd'hui, l'époque appartient aux professionnels et aux réalistes.

Le vieux champ boueux est devenu un parc bien rangé. Les visiteurs peuvent errer dans l'herbe coupée et faire un signe de paix devant le monument dédié à Woodstock érigé dans un coin.

«Pour nous, enfants du rock n'roll, c'est comme une terre sacrée, dit Bill Murta, un visiteur âgé de 56 ans de Troy, dans l'État de New York. C'est comme aller à Gettysburg. On peut vraiment sentir l'ambiance de ce qui s'est déroulé.»

Co-fondateur du festival, Michael Lang faisait partie d'un groupe qui n'a pas réussi à organiser un concert pour célébrer les 50 ans de Woodstock.

Le parc a été aménagé après que le centre à but non lucratif Bethel Woods eut acheté le flanc de la colline et les terres avoisinantes à la fin des années 1990. Un musée sur le festival de Woodstock et les années 1960 a été construit au sommet du terrain clôturé. On y retrouve aussi un amphithéâtre en plein air où Santana et Fogerty viendront présenter des différents concerts.

«Quand le site a été aménagé, j'avais des sentiments mitigés à ce sujet, reconnaît Bill Bokesz, un visiteur régulier de l'endroit. Mais au moins, il n'y a pas de condos ici. Le champ a été préservé. Ils ont vraiment fait du bon travail.»

Âgé de 66 ans, le résidant de Somersworth, au New Hampshire, assistera jeudi au concert d'Arlo Guthrie présenté avant la projection d'un documentaire sur Woodstock. En attendant, il passe du temps avec les campeurs à proximité. Oui, il a des billets.

Bien que l'accès au terrain soit généralement ouvert, le centre Bethel Woods imposera des restrictions le week-end prochain pour éviter tout chaos à la Woodstock.

Mme Fedun dit s'attendre à accueillir une foule importante et que le réseau routier local sera rapidement saturé. Quant aux autorités locales, elles attendent 100 000 visiteurs de jeudi à vendredi.

«Cette fois, nous allons bien faire les choses», a déclaré aux journalistes Dan Strum, le superviseur de la ville de Bethel, cette semaine.

Et ceux qui n'ont pas de billet ou de laissez-passer? Ils peuvent prendre une navette gratuite qui les amènera jusqu'au monument. Mais un dépliant promotionnel avertit les passagers de la navette qu'ils ne pourront pas rester plus longtemps que le temps de déguster une confiture Grateful Dead.

«Afin de donner à chacun une chance de faire ce pèlerinage, les passagers disposeront d'un maximum de 30 minutes au monument par voyage», peut-on lire dans le dépliant.