L'objectif Fouzia Al Hashish est assez clair : elle veut devenir citoyenne canadienne et recevoir des passeports bleu marine pour elle, son mari Mohammad Al Mnajer et leurs trois enfants.

Le long chemin des réfugiés pour obtenir la citoyenneté

Comme des milliers d'autres réfugiés syriens, Fouzia Al Hashish est arrivée à l'étape de finaliser l'obtention de sa citoyenneté canadienne.

L'objectif de la mère de famille de 23 ans est assez clair : elle veut devenir citoyenne canadienne et recevoir des passeports bleu marine pour elle, son mari Mohammad Al Mnajer et leurs trois enfants.

«Je ne suis pas une réfugiée. Je suis une Canadienne, comme vous», a-t-elle déclaré en entrevue à sa résidence de Mississauga, en Ontario.

Mme Al Hashish faisait partie des 25 000 réfugiés syriens qui sont arrivés au Canada entre décembre 2015 et mars 2016 et qui pourront demander la citoyenneté canadienne après avoir passé 1095 jours au pays.

Cependant, les organismes venant en aide aux réfugiés dénoncent les nombreux obstacles à affronter pour ces nouveaux arrivants, qui doivent survivre avec l'aide sociale tout en devant apprendre leur nouvelle langue.

Le parcours pour devenir Canadien est loin d'être facile.

Mme Al Hashish et M. Al Mnajer sont arrivés avec leurs deux filles aînées et toutes leurs valises à Toronto, le 8 janvier 2016, alors que la température était de moins 11 degrés Celcius.

«J'ai entendu des gens dire : la vie est facile ici. Mais quand je suis arrivée, c'était difficile. Je ne parlais pas la langue, je n'avais pas de famille [ici]», a-t-elle confié sur son arrivée, qui a eu lieu quatre semaines après l'atterrissage de la première vague de réfugiés au Canada.

Les deux fillettes du couple, Baylasan et Jaidaa, ont dû passer trois jours à l'hôpital parce qu'elles étaient aux prises avec de l'asthme et des allergies. Quelques mois plus tard, c'était le père de famille qui devait être hospitalisé pour une appendicite.

Après 500 jours au Canada, Mme Al Hashish a accouché d'une troisième fille, Judy — qu'ils décrivent comme leur «bébé canadien» — et le nouveau-né a rapidement gobé tout le temps qu'il lui restait.

La jeune femme a aussi dû affronter l'hostilité de certains Canadiens. Elle se souvient s'être fait traiter de «réfugiée» par «des hommes qui détestaient les Arabes» lorsqu'elle marchait sur le trottoir.

Elle assure qu'elle n'est plus une réfugiée maintenant, ajoutant qu'elle prenait de son temps chaque jour pour apprendre l'anglais. Ce mois-ci, elle a reçu la certification appelée «niveau 4».

Ce seuil minimal de connaissance de l'anglais signifie que le nouvel arrivant est capable de maintenir des conversations routinières et de discuter de ses besoins de base. Il connaît aussi quelques règles grammaticales simples, mais aussi quelques-unes plus complexes.

M. Al Mnajer a réussi le test plus tôt cette année, ce qui lui a permis d'obtenir un emploi dans une entreprise de construction qui installe des piscines.

L'homme de 32 ans dit qu'il apprend chaque jour de nouvelles notions d'anglais en parlant à ses collègues. Et le salaire qu'il reçoit lui permet de couvrir les frais pour obtenir la citoyenneté : 1260 $ pour les deux adultes et environ 100 $ pour les enfants nés en Syrie.

Mais pour les autres Syriens qui n'ont pas d'emploi et qui n'avaient pas beaucoup d'expérience de travail dans leur pays d'origine, cela peut poser problème, plaide-t-il.

«Ils [ses amis syriens] n'ont pas pu avoir de telles occasions», a-t-il expliqué.

Plus de soutien requis

Ronalee Carey, une avocate spécialisée en droit de l'immigration, souligne que les réfugiés parrainés par le gouvernement qui n'ont pas de réseau francophone ou anglophone manquent parfois de soutien, comparativement aux nouveaux arrivants qui sont parrainés au privé.

«Nous devons faire plus de partenariats entre les groupes communautaires et le gouvernement pour que, lorsque ces individus arrivent ici, ils n'habitent pas seulement dans un centre d'accueil pour quelques semaines et qu'ils aient après seulement 10 heures de soutien pour leur installation», a-t-elle indiqué.

Payer les frais et respecter les critères linguistiques est presque impossible pour certains réfugiés, selon elle, surtout pour ceux qui sont traumatisés par la guerre.

Le Conseil canadien pour les réfugiés a demandé au gouvernement d'éliminer les frais et de permettre plus d'exceptions pour la langue.

Lina Arafeh, une réfugiée syrienne qui travaille en tant que traductrice à Halifax, dit avoir rencontré des clients qui étaient profondément inquiets face à leur difficulté à apprendre la langue.

«J'ai servi d'interprète pour un homme, il était affolé. Il a presque eu une crise de panique. Nous allions chercher des conseils et toutes ses questions portaient autour de : "Qu'est-ce qu'il arrive si j'échoue mon test d'anglais? Tous mes amis le passent"», a-t-elle relaté en entrevue.

Des difficultés financières

Et la pauvreté demeure un enjeu pour plusieurs familles.

Par exemple, en Nouvelle-Écosse, où environ 1700 réfugiés syriens sont arrivés la première année, 795 adultes et enfants dépendaient de l'aide sociale en date de septembre, selon le ministère provincial des Services communautaires.

À Halifax, Ragheb Al Turkmani, âgé de 49 ans et Abir Al Basha, âgée de 39 ans, ont hâte de demander leur citoyenneté, mais ils ont de la difficulté à économiser pour les frais, qui excèdent les revenus mensuels de leur famille de cinq.

Ils sont arrivés au Canada le 27 janvier 2016 depuis la Jordanie, où M. Al Turkmani vivait avec sa soeur lorsque la guerre a éclaté et que sa ville natale de Homs est devenue un champ de bataille.

Contrairement à M. Al Mnajer, il n'a pas pu trouver du travail, et sa famille dépend de l'aide sociale. Il tente toujours d'atteindre le niveau 4 en anglais, mais il s'attend à pouvoir y arriver l'an prochain.

«Quand tu as une famille et des enfants à faire vivre, les études viennent en second plan», a-t-il dit, par l'entremise d'un traducteur.

Mme Al Basha assure que sa famille trouvera une solution. «Nous pouvons emprunter l'argent», a-t-elle indiqué.

D'autres familles syriennes attendent impatiemment la prochaine année.

Tareq Hadad, qui a fondé avec son père la chocolaterie Peace By Chocolate à Antigonish, en Nouvelle-Écosse, affirme que la citoyenneté est un sujet de conversation qui revient chaque jour chez lui.

Son père pourra profiter d'une exception pour la langue, puisqu'il est âgé de plus de 54 ans.

«Toute ma famille attend chaque jour de faire sa demande, a-t-il confié. Le jour après les soldes d'après-Noël, je vais ressentir l'excitation et le faire.»