Le juge Réal Lapointe compte passer du bon temps avec sa famille maintenant qu’il est à la retraite.

Le juge Lapointe «tire» un trait

Il a imposé des sentences sévères pour des crimes graves, entendu des centaines d’histoires sordides, et acquitté des justiciables parce que la preuve était insuffisante. Il a été cité dans de nombreux reportages, pendant trois décennies, lors de procès médiatisés. La justice outaouaise a souligné, à la fin de 2017, le départ à la retraite du juge Réal Lapointe, de la Cour du Québec. Respecté pour ses 35 ans de service, le juge Lapointe est aussi celui dont on parle avec un sourire en coin pour avoir tiré accidentellement un coup de pistolet à plomb dans une salle d’audience, en plein procès.

Le 24 avril 2008, Le Droit titrait « Bang ! Le juge a tiré avec une arme ». Le journaliste Régis Bouchard y décrivait la mésaventure, pour le moins magistrale.

« L’incident est survenu dans le cadre d’un dossier d’invasion de domicile alors que le juge Lapointe a demandé à voir l’arme, un pistolet à air comprimé, afin de vérifier si la crosse de ladite arme était intacte ou si elle avait pu servir pour frapper la victime. »

En appuyant sur la détente, un plomb a été éjecté de l’arme, causant l’émoi dans la salle d’audience. L’arme, enrayée lors de la saisie, s’est décoincée inopinément.

Carrière

Lors d’un « bien-cuit » soulignant ses 45 ans de carrière, dont 35 en tant que juge, des collègues et d’autres avocats ont multiplié les anecdotes savoureuses portant sur Réal Lapointe.

Jeune avocat idéaliste, Réal Lapointe, avait donné le numéro 1001 à son premier dossier, afin de faire sentir à son premier client qu’il avait l’expérience de bien faire les choses. Un ancien associé a retrouvé, dans de vieilles archives, la décision visant ce « client 1001 ». Il semble, dit-on, que le tribunal l’a débouté, sans équivoque...

Mais Me Lapointe a bien dû se reprendre, puisqu’il est devenu juge, d’abord à la Cour municipale de Gatineau pendant 11 ans, puis à la Cour du Québec, pendant 24 ans. « Ce n’est pas un métier où on peut devenir blasé, dit le juge, en entrevue exclusive avec Le Droit. Au contraire, j’aurais aimé continuer de nombreuses années. »

Le juge Lapointe prévoit pratiquer en tant que juge surnuméraire, et passer du bon temps avec sa famille, et ses petits-enfants.

Ombre et lumière

Il y a des causes plus difficiles à entendre.

« Les plus pénibles sont celles d’agression sexuelle. Ou ces journées où il faut imposer une peine à un jeune qui a pris le volant en état d’ébriété, et qui a perdu son meilleur ami dans un accident de la route. Ce sont des causes parmi les plus déchirantes. C’est extrêmement douloureux, mais il faut dissuader le public. »

Les causes de conduite dangereuse ou de conduite en état d’ébriété causant la mort sont en déclin depuis le début des années 2000, souligne-t-il.

Les palais de justice sont des endroits où les bonnes nouvelles sont rares. Elles sont d’autant plus importantes.

« Un témoignage d’un événement d’enfance, par un adulte, qui trouve la force de raconter à un juge, dans une salle publique, et de subir un contre-interrogatoire. C’est vraiment édifiant. Assez héroïque. »

Reconnu pour son calme sur le banc, le juge Lapointe n’en revient toujours pas, même après tant d’années, de « l’absurdité des gens qui subissent peine, sur peine ».

« Les véritables récidivistes, dit-il. Cette espèce de cycle absurde de criminalité, où les gens se sentent plus confortables à l’intérieur. On ne sent pas, dans de tels cas, qu’on fait œuvre utile. »

Le juge se rappelle d’avoir donné une peine totalisant 135 ans pour des braquages et autres délits du genre. Le tribunal a imposé une peine d’une vingtaine d’années, puisque certaines sentences devaient être calculées de façon concurrente. « J’ai conservé le document de calcul. »

Par ailleurs, plusieurs ex-prisonniers se souviennent de « leur » juge. Lorsqu’ils le croisent sur la place publique, les ex-détenus font souvent preuve de répartie. « Plusieurs sont contents de me voir. Ils disent : “C’est mon juge !” Ils savent qu’ils méritaient une sanction quelconque. Certains me disent que c’est grâce au système judiciaire qu’ils sont sortis du marasme. »