Le Fury n'a pas survécu à un deuxième bras de fer contre la CONCACAF.

Le Fury meurt après six ans

L’aventure du soccer professionnel est terminée pour le Fury d’Ottawa.

En tardant à lui accorder sa sanction pour évoluer dans la USL en 2020, la CONCACAF a enfoncé le dernier clou dans le cercueil de la seule équipe canadienne de ce circuit de deuxième division américaine.

L’instance qui gouverne le soccer dans 43 nations de l’Amérique du Nord, de l’Amérique Centrale et des Caraïbes est intransigeante. Il y a maintenant une ligue professionnelle domestique au Canada depuis l’arrivée de la Canadian Premier League (CPL) en 2019. Pour la CONCACAF, le Fury n’a plus de raison de jouer aux États-Unis.

En place depuis six ans, le Fury ne voit pas la situation du même angle. Ses propriétaires (OSEG) ont investi 50 millions $ pour construire une image de marque et même s’ils n’ont jamais fermé la porte à la CPL, ils aimeraient s’y joindre quand les conditions gagnantes seront réunies.

« En considérant notre investissement et tous les efforts que nous avons mis pour construire notre programme, nous devrions avoir le droit de décider du moment où nous joindrons la CPL. Là, on veut nous imposer notre ligue. Nous avons déjà payé des frais d’expansion pour joindre la NASL, des frais d’expansion pour joindre la USL (3 millions $) et il faudrait payer des frais pour joindre la CPL. La facture était de 1,5 million $ l’an dernier. Elle est plus salée maintenant. La politique en affaires, c’est une chose. La politique dans le soccer, c’est le pire », a avancé le président-directeur général Mark Goudie vendredi.

Le Fury a survécu à un premier bras de fer contre la CONCACAF l’hiver dernier en menaçant de porter sa cause devant le Tribunal arbitral du sport en Suisse, mais le club n’avait pas l’intention d’en faire une bataille annuelle. Tant qu’à se faire imposer une ligue qui ne correspond pas encore à son modèle d’affaires, le Fury a préféré suspendre ses opérations pour la saison 2020.

Le directeur général Julian De Guzman, le président John Pugh et le PDG de l’OSEG Mark Goudie ont rencontré les médias dans la journée la plus sombre de l’histoire du Fury vendredi.

Déménagement envisagé

Le Fury n’écarte pas un retour en 2021, mais en considérant que le coût d’une expansion est rendu à 10 millions $ dans la USL, il y a fort à parier que le club pourrait vendre sa franchise et récupérer ses pertes. Malgré sa meilleure année financière en 2019, le club n’a jamais fait ses frais.

« Il sera difficile de revenir après un arrêt d’un an. Nous espérons que la CPL va fonctionner, mais pour le moment, ce n’est pas une option viable pour nous. Ça ne veut pas dire que la CPL ne débarquera pas à Ottawa. Un autre groupe pourrait faire les démarches pour obtenir un club », a admis Mark Goudie.

Jusqu’à tout récemment, Goudie croyait fermement aux chances du Fury d’avoir une autre sanction pour évoluer dans la USL. Soccer Canada avait donné son aval, mais c’est à l’instance supérieure que le dossier a été bloqué.

« Nous avons entrepris des démarches en mars pour éviter un scénario similaire à l’an dernier. La USL nous avait donné jusqu’au 1er novembre pour confirmer notre retour afin de construire son calendrier 2020. À ce jour, la CONCACAF n’a toujours pas sanctionné notre demande. Elle s’est traîné les pieds en sachant très bien que notre échéance approchait. Nous étions plongés dans une situation intenable où nous ne pouvions pas mettre de joueurs sous contrat et renouveler nos équipements », a ajouté Goudie.

Parmi toutes les ligues professionnelles au monde, incluant la CPL, le Fury a été le club qui a offert le plus de minutes de jeu à des joueurs canadiens en 2019. Son directeur général, Julian De Guzman, est une icône du soccer au Canada. Pendant la conférence de presse de vendredi, il a craqué.

« C’est une journée triste pour le soccer canadien. Je caressais le rêve d’amener le soccer canadien dans un meilleur endroit. Ce rêve est mort aujourd’hui... »

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DU RUGBY EN RENFORT?

La Place TD vient de perdre un locataire important pour sa saison 2020.

Le Rouge et Noir est populaire, mais son pouvoir d’attraction se limite à neuf matches de football par année. Le Fury, c’était au moins 20 matches par saison. Le soccer pourrait toujours revenir au parc Landsdowne. Si un autre groupe croit au projet de la CPL à Ottawa, l’OSEG assure qu’elle va collaborer en lui ouvrant les portes de la Place TD, mais prochainement, c’est un club de rugby qui pourrait remplir certaines dates pour amener des activités sur la rue Bank.

Eric Perez a contribué à amener le rugby en Amérique du Nord via le Wolfpack de Toronto. Il veut aussi installer une équipe à la Place TD.

«Nous sommes encore dans les pourparlers préliminaires, mais un homme d’affaires de Toronto est sérieux dans ses démarches d’amener un club de rugby de la Ligue du Royaume-Uni à Ottawa», a indiqué Mark Goudie, PDG de l’OSEG.

Eric Perez a contribué à amener le sport en Amérique du Nord via le Wolfpack de Toronto. Il fait partie d’un consortium canadien qui a fait l’acquisition des Stags de Hemel, une équipe de troisième division en Angleterre, dans l’espoir de la transférer à Ottawa. Au départ, il espérait installer sa franchise à la Place TD en 2020, mais il a récemment repoussé le projet à 2021. La municipalité a approuvé sa demande au mois de mai dernier.

Pour l’OSEG, l’aventure du soccer semble toutefois terminée. «Dans notre contrat avec la USL, il y a une option pour relocaliser notre club aux États-Unis. Il y a un marché en effervescence là-bas. Nous ne sommes pas encore là. Le modèle d’affaires de la USL était très solide. Si nous allons dans la CPL, on ne pourrait pas retourner dans la USL. Pas avec un coût d’expansion à 10 millions $», a dit Mark Goudie.

La journée émotive de vendredi n’a pas épargné le président du Fury, John Pugh. Il a mis Ottawa sur la carte du soccer en 2002 avec une équipe féminine de la W-League. Il a ensuite amené une académie qui a permis à une centaine de joueurs d’obtenir des bourses d’études aux États-Unis. Plus tard, il a fondé une équipe masculine senior dans la PDL, qui a fait le saut au soccer professionnel en 2014.