Le Dr Pierre Mailloux, en lutte avec son ordre professionnel durant une bonne partie de sa carrière, a défendu farouchement vendredi matin les champs d’expertise exclusifs de la psychiatrie.

Le «Doc Mailloux» met la cour en garde contre le rapport sur le pasteur Mukendi

Que penser d’un pasteur qui abuse sexuellement d’une jeune fidèle en citant des versets de la Bible? La procureure de la Couronne Me Sonia Lapointe a travaillé fort pour que le «Doc Mailloux» qualifie la personnalité de Paul Mukendi. Mais le psychiatre a résisté.

Le «Doc Mailloux» avait été mandaté par la défense pour identifier les failles dans le travail de l’agent de probation, auteur du rapport présentenciel.

Mailloux, en lutte avec son ordre professionnel durant une bonne partie de sa carrière, a donc défendu farouchement les champs d’expertise exclusifs de la psychiatrie.

Aux yeux du psychiatre, l’agent de probation, membre de l’ordre des travailleurs sociaux, a outrepassé ses compétences et possiblement induit le lecteur en erreur, selon le psychiatre.

Paul Mukendi, 42 ans, pasteur du centre évangélique Parole de vie, a été déclaré coupable par un jury de multiples agressions sexuelles sur une ancienne fidèle. Le pasteur nie les gestes et porte sa condamnation en appel.

L’agent de probation Frédéric Mignault qui l’a rencontré se montre préoccupé par le risque de récidive car, selon lui, rien n’a changé depuis la période des infractions. Il se questionne aussi sur le «potentiel manipulatoire» de M. Mukendi. 

Le psychiatre Dr Pierre Mailloux avait plusieurs reproches à faire au travailleur social, notamment d’avoir écrit que le discours de Paul Mukendi était dénué d’émotion et qu’il ne paraît pas ébranlé par le processus judiciaire ou la conduite qu’on lui reproche. «Il (l’agent de probation) n’a pas la formation professionnelle pour interpréter son observation, insiste le psychiatre. Une observation peut être dangereuse quand on n’a pas la formation pour faire une interprétation.»

La procureure de la Couronne Me Sonia Lapointe a voulu profiter de l’expertise du psychiatre assis dans la boîte, non loin d’elle.

Quelqu’un qui prétend faire des miracles et des délivrances n’a-t-il pas un potentiel manipulatoire, demande la procureure. Techniquement, Paul Mukendi pourrait être psychotique ou délirant et avoir un potentiel manipulatoire, a convenu le psychiatre, en précisant qu’il n’a pas fait d’évaluation du pasteur.

Lorsqu’un homme met la main sur la bouche de sa victime et utilise des versets bibliques pour l’agresser, qu’apprend-on de sa personnalité? veut savoir la procureure.

«Tout homme peut avoir une déviation sexuelle, ça n’a rien à voir avec la personnalité», rétorque le «Doc Mailloux».

Trois ans de probation, 10 ans de prison

Les parties ont fait des suggestions de peine diamétralement opposées.

Les avocats de Paul Mukendi, Me Dominique Bertrand et Me Mathieu Camirand, ont plaidé pour une période de probation de trois ans et l’imposition de 240 heures de travaux communautaires pour leur client dénué d’antécédent judiciaire.

Ils ont insisté sur les graves répercussions de la couverture médiatique du procès pour le pasteur et sa famille. Paul Mukendi doit toujours se promener avec son chauffeur et doit maintenant filtrer les visiteurs qui se présentent à son église. Le pasteur a reçu des injures en public et des graffitis ont été peints sur l’église, a témoigné son attachée de presse.

La procureure de la Couronne Me Sonia Lapointe a réclamé une peine de huit à dix de pénitencier qu’elle divise en deux périodes, la première lorsque la victime était mineure (de 14 à 18 ans) et la seconde pour la période jusqu’à la fin de la vingtaine. C’est durant cette période que la victime dit que le pasteur l’a frappée avant de la forcer à avoir un rapport sexuel.

Le juge Jean-François Émond de la Cour supérieure rendra sa décision sur la peine le 27 février.