Martin Hébert, étudiant à la maîtrise à l’UQTR.
Martin Hébert, étudiant à la maîtrise à l’UQTR.

Le côté obscur du loisir

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Pour la première fois au Québec, un étudiant à la maîtrise en loisir, culture et tourisme de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Martin Hébert, s’est lancé à temps plein dans une étude approfondie des loisirs déviants.

D’entrée de jeu, il se défend bien de vouloir en faire la promotion. L’objectif de son étude est de les définir et de les classer en se basant sur la littérature scientifique et de déterminer dans quelle mesure ils sont déviants selon le niveau de tolérance, la criminalité et l’intensité. «Je me suis toujours dit qu’il n’y a pas que du bon dans le loisir. Je me suis donc penché sur son côté obscur et j’ai appris qu’il n’est pas le grand méchant loup qui corrompt la société. Ce type de loisirs a toujours existé et il est même essentiel au bien-être de la société, car il constitue un exutoire, une soupape», a-t-il indiqué.

Depuis l’automne 2018, cet ancien responsable de la vie étudiante en milieu scolaire a en effet étudié 27 loisirs déviants. Selon lui, la majorité sont considérés comme tolérables. «Tout le monde a déjà eu un loisir déviant. C’est rare qu’on applique à la lettre toutes les règles de la société justement parce qu’il y a un côté exaltant comme par exemple ne pas porter son casque de vélo et rouler à plus de 100 km/ h sur une route», a-t-il mentionné.

Dans la catégorie des loisirs tolérables et légitimes qu’il a analysés, on retrouve la pornographie, la consommation de cannabis et les jeux de pari occasionnel mais aussi, lorsque consommé plus intensément, les cultes religieux, la scientologie, les ovnis, le surnaturel et le poker de casino. Les émeutes à caractère festif, le «binge drinking», l’activité «being a zombie», les Trekkies, le «Comiccon», le poker underground, le BDSM (sado-masochisme) et le fétichisme font par ailleurs partie des loisirs déviants considérés tolérables et non criminels.

L’usage récréatif de drogues d’ordonnances, le vandalisme, les petits méfaits, les courses de rue et les graffitis sont certes criminels mais toujours considérés comme tolérables dans la société.

À ce sujet, il précise que pour définir un loisir déviant comme tolérable, il faut répondre positivement à trois questions: Est-ce que le bien-être de la communauté est préservé? Est-ce que l’échelle de menace est faible? Est-ce que seul le déviant subit les conséquences et celles-ci ne sont pas si graves?

M. Hébert note que le déviant ne se voit pas déviant. «Il aime les bas de nylon, les ballounes ou simplement faire l’amour à une femme qui fume. Ça dérange qui? Comme quelqu’un qui aime la mayo sur sa pizza. Pour lui, il n’y a rien de mal à ça. La tolérance en société donne un statut particulier au «loisir déviant tolérable». Elle lui permet d’exister», précise-t-il.

Le loisir déviant devient intolérable lorsqu’il existe un consensus sociétal qui dit que c’est mal, qu’une menace de l’ordre public est possible et qu’il est accompagné de fortes réactions envers la communauté.

En ce sens, M. Hébert s’est penché sur le recours à des prostituées, la toxicomanie, les motards et le Ku Klux Klan entre autres qui sont qualifiés d’intolérables mais non criminels.

Du même coup, il a relevé une zone grise chez les experts sur le loisir déviant qualifié d’intolérable et légitime. Il a néanmoins pointé du doigt l’utilisation de poupées gonflables de type Frigid Farrah, de vagins artificiels format enfant, le brûlage de drapeau chez nos voisins américains, le satanisme, la sorcellerie.

À l’extrême, les meurtres, meurtres en série, la paraphilie, les vols à l’étalage et le piratage informatique sont tous des loisirs déviants intolérables et criminels. Il a d’ailleurs constaté que le loisir et le crime sont intimement liés. «Le crime utilise le loisir pour arriver à ses fins», ajoute-t-il.

Selon lui, la culture populaire influence beaucoup la tolérance et la pratique de loisirs déviants parce qu’elle vit au travers des médias de communications, de la télé, des journaux, du cinéma et des réseaux sociaux. Par contre, il hésite à dire que les loisirs déviants ont pris plus de place dans la société, parlant plutôt d’une évolution dans certains cas comme par exemple dans la conception et l’utilisation et du vibrateur.

Quant à savoir si la pratique du loisir déviant a augmenté avec le confinement lié à la pandémie, il ne peut répondre, rappelant que ce n’est pas le sujet de son travail de recherche. «Je peux juste rappeler l’expression: l’oisiveté est la mère de tous les vices.»

Interrogé sur l’utilité possible de son étude, il croit que le classement des loisirs déviants sur un continuum variant de très tolérable à très intolérable pourra aider la collectivité à décider de ses propres lois. Pour sa part, il envisage de poursuivre ses études au 3e cycle toujours dans la catégorie du loisir déviant.