Le nouveau coronavirus, qui a déjà contaminé près de 6000 personnes et fait 132 morts en Chine, s'est traduit par des restrictions de voyage et des fermetures d'entreprises pour éviter la propagation du virus.

Le coronavirus, nouvelle ombre planant sur l'économie mondiale

WASHINGTON — Le président de la Banque centrale américaine Jerome Powell s'est inquiété mercredi des conséquences de l'épidémie du nouveau coronavirus sur l'économie mondiale au moment même où les économistes s'attendaient à une reprise de la croissance.

Prenant acte d'éléments positifs pour l'économie mondiale — indicateurs économiques au vert, pause dans la guerre commerciale avec la Chine — les membres du Comité monétaire de la Réserve fédérale ont laissé les taux inchangés.

Pour autant, «des incertitudes demeurent incluant celles posées par le nouveau coronavirus», a résumé Jerome Powell lors d'une conférence de presse.

C'est un «problème très grave» qui provoque des «souffrances humaines considérables», a-t-il ajouté.

Le nouveau coronavirus, qui a déjà contaminé près de 6000 personnes et fait 132 morts en Chine, s'est traduit par des restrictions de voyage et des fermetures d'entreprises pour éviter la propagation du virus.

La Fed surveille «très attentivement la situation» et les «éventuelles ramifications aux États-Unis», a souligné Jerome Powell, mais il s'est refusé à spéculer sur l'ampleur potentielle.

Il «est encore trop tôt pour dire quels seront les effets» de cette épidémie, a-t-il martelé, mais «il y aura clairement des effets, au moins à court terme, en Chine et j'imagine chez certains de ses voisins les plus proches».

«Le coronavirus introduit une nouvelle forme d'incertitude. (...) Les ruptures dans la chaîne d'approvisionnement mondiale peuvent être importantes», a ainsi indiqué à l'AFP Diane Swonk, économiste en chef pour Grant Thornton.

Inflation trop basse

Pour l'heure, l'épidémie n'a pas eu de répercussion sur l'action des membres du FOMC qui ont laissé le taux directeur dans une fourchette comprise entre 1,5 et 1,75 %, une décision prise à l'unanimité.

L'institution estime que cela doit notamment permettre à l'inflation aux États-Unis de revenir à son taux cible de 2 %, alors qu'en rythme annuel, elle était de 1,5 % en novembre, selon l'indice PCE, le plus suivi par la Fed pour mesurer l'évolution des prix.

Une inflation trop basse laisse moins de marge de manœuvre à la Banque centrale «pour réduire les taux d'intérêts afin de soutenir l'économie en cas de ralentissement», a rappelé Jerome Powell. «Nous sommes déterminés à éviter cela, en particulier ici aux États-Unis».

Cette déclaration ne devrait pas réjouir le président Donald Trump qui, avant cette réunion du comité monétaire, avait de nouveau fait pression, comme il en est coutumier, pour réclamer des baisses de taux toujours plus fortes.

Le communiqué publié à l'issue de la réunion relève toutefois que la consommation des ménages, principal moteur de l'économie américaine, augmentait à un rythme «modéré» et non plus «solide» comme dans le communiqué de décembre.

La Fed a également regardé de près les prévisions de déficit de l'État fédéral américain, qui va se creuser de 160 milliards de dollars de plus que prévu sur la période 2020-2029 pour atteindre un total de 12.367 milliards de dollars, selon les services du budget du Congrès (CBO).

Les injections de liquidités à court terme («repo») auxquelles la Fed de New York a procédé depuis septembre afin d'éviter des tensions sur les taux d'intérêt à court terme, devraient se poursuivre jusqu'en avril.

La Fed prévoit en effet que «le niveau des réserves atteindra durablement des niveaux élevés au cours du deuxième trimestre de cette année», a précisé le dirigeant de la Fed.

Les opérations de rachat de bons du Trésor vont également se poursuivre «au moins au deuxième trimestre», a-t-il détaillé.

Lors de la dernière réunion de 2019 en décembre, la Banque centrale avait déclaré une pause après avoir abaissé les taux à trois reprises, et avait indiqué qu'elle anticipait toujours une croissance de l'économie à un rythme «modeste».

Elle avait alors laissé inchangée sa prévision d'expansion pour 2020 à 2 %, après 2,2 % en 2019.