Ariel Gagnon, femme transgenre, souhaite que la Journée internationale de la femme soit davantage soulignée.

«Le choix que j’ai fait c’est d’être heureuse»

TROIS-RIVIÈRES — À l’âge de 25 ans, Ariel Gagnon a choisi de faire sa transition et de devenir définitivement une femme. «Le choix que j’ai fait c’est d’être heureuse.» Dans le cadre de la Journée de la femme, elle souligne qu’il y a encore du chemin à faire au niveau de la transsexualité.

Femme d’affaires accomplie, Ariel Gagnon travaille depuis plusieurs années pour l’organisme Diversité en Mauricie comme intervenante. Elle donne plusieurs conférences afin d’informer les gens au sujet de la transsexualité.

À son avis, la Journée de la femme devrait être davantage exposée. «C’est une problématique d’avoir une seule journée d’associée à la femme. Cette journée devrait être identique à celle du 31 mars, soit une journée du souvenir. On devrait se souvenir des femmes qui ont été battues et des inégalités sociales», croit-elle.

Pour avoir vécu les deux, elle trouve d’ailleurs qu’il y a des avantages à vivre comme un homme. «Le monde nous écoute plus. Les hommes ont des salaires plus élevés, ils ont une meilleure crédibilité. Cette crédibilité, je l’ai perdue lors de ma transition. Maintenant, je dois me battre beaucoup plus fort pour amener mes points», explique-t-elle.

«J’ai maintenant très peur de me promener à l’extérieur surtout dans une ruelle. Je me suis déjà fait agresser parce que je suis une femme», renchérit-elle.

Long processus
Un long processus a été nécessaire avant d’entamer ce changement. Au début de sa transition, elle a rencontré à plusieurs reprises des sexologues et des psychologues afin de confirmer ses choix. Elle souligne qu’à Trois-Rivières, un seul médecin endocrinologue possède l’expertise nécessaire pour offrir des hormones aux gens transgenres. Ce médecin lui a donc prescrit des hormones qu’elle devra prendre toute sa vie. Elle précise que ces médicaments ont totalement changé sa vie et qu’elle les désirait depuis longtemps.

«Ce n’est pas toujours évident la transition. On passe à travers une période de puberté très courte. Dans mon cas, j’ai vraiment eu de la chance puisque cette transition s’est bien déroulée, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. J’ai eu un très bon soutien de ma famille», précise-t-elle.

Plusieurs personnes qu’elle considère comme des «connaissances» ont toutefois pris la décision de ne plus lui parler. «Ces gens-là n’acceptaient pas ce changement, alors j’ai pris la décision de les sortir de ma vie.»

Malgré l’évolution des mentalités, elle doit tout de même faire face aux commentaires négatifs de la société. «Les gens m’ont déjà dit qu’être transgenre, c’est une maladie mentale, qu’on devrait se faire enfermer, que ce n’est pas naturel. Pour eux, je ne pourrai jamais être une femme à part entière», souligne-t-elle.

Elle a aussi été victime d’intimidation à plusieurs reprises durant son primaire et son secondaire. Elle se décrit comme ayant un fort caractère, ce qui lui a permis de passer au travers ces années difficiles.

«Je fais preuve de beaucoup de résilience. Il ne faut pas avoir peur de parler et de bien dire les choses comme elles le sont vraiment. Je ne parle pas de mon passé. Par exemple, lors des entrevues d’embauche, je leur dis que je suis une femme, c’est tout. Après plusieurs mois, je leur explique que je suis une transgenre, mais heureusement les gens comprennent bien», raconte-t-elle.

Par contre, elle affirme que cette situation n’est pas toujours aussi rose. Elle connaît des gens qui se sont fait rejeter et qui ont perdu leur emploi à la suite de l’annonce de leur transsexualité.

«Grâce à Facebook et les blogues, on comprend plus rapidement notre situation. C’est donc plus facile maintenant de comprendre ce que je vis. Lorsque j’étais jeune, je n’avais pas accès à ces notions-là. Pendant longtemps, je me suis demandé ce que j’avais», conclut-elle.