Année électorale oblige, la politique occupe le haut du pavé dans le nouveau recueil de caricatures d’André-Philippe Côté, son 21e album compilation en carrière.

L’année en humour avec André-Philippe Côté

Le dernier droit d’une année marque invariablement l’arrivée sur les tablettes des librairies du recueil des meilleurs dessins d’André-Philippe Côté. «C’est fou comme ça passe vite. Il y a des caricatures dont je ne me souvenais même plus», laisse tomber le collègue du Soleil dont le coup de crayon et les traits d’esprit demeurent toujours aussi drôles et pertinents.

Élection provinciale oblige, la politique occupe le haut du pavé dans son best of de 2018 qui rappelle à notre mémoire 142 caricatures au total. André-Philippe a vite appris à dessiner la bouille de François Legault. Peu de temps après son arrivée au pouvoir, on le voit au volant d’une voiture école. «Première leçon : la conduite à reculons.»

Impossible de passer sous silence la déconfiture du Parti québécois. Les caricatures sur Jean-François Lisée et ses ouailles lui ont valu des remontrances acerbes de lecteurs. «Les partisans sont extrêmement amers, j’en reviens pas. C’est spécifique au PQ cette sorte de réaction intense. Si tu es critique du parti, on dit que c’est parce que tu as été payé pour le faire. On voit des jobs de bras, des théories du complot. Je dis souvent que le PQ a perdu le référendum en 1995, mais aussi le sens de l’humour…»

Au rythme où elle collectionne les controverses, la jeune et colorée députée de Québec solidaire Catherine Dorion a des chances de se retrouver dans le prochain recueil. Au moment de l’entretien, il travaillait sur un premier dessin sur elle, paru jeudi, où on la voit en mouton (avec sa tuque) marcher à contre-courant du troupeau. «C’est l’fun des personnages hors normes. François Legault est plus drabe. C’est un gestionnaire, un peu comme le reste de son équipe. Ils viennent tous du même moule.»

Un certain président américain se retrouve aussi en évidence. «Beaucoup de gens me disent que j’en fais trop sur lui, mais je ne trouve pas. Ça reste un personnage assez dérangeant, voire inquiétant.»

La dépendance aux écrans

Invité à choisir sa caricature préférée de 2018, André-Philippe indique celle où deux amies essaient d’avoir une conversation dans leur cour, à travers le bruit des tondeuses des voisins. «Il faut protéger la quiétude de nos banlieues!», dit l’une. «Quoi?» répond l’autre. «Cette caricature a marché fort. Les gens se sont reconnus.»

La dépendance des gens aux écrans de toutes sortes a également conduit à quelques caricatures «sociales» comme André-Philippe les aime. Et ses fans aussi. L’inspiration lui vient de ce qu’il voit au quotidien et qui l’exaspère. «Quand je prends le bus, je suis le seul à lire un livre. Tout le monde est sur son cellulaire.»

Dans un univers médiatique où «une nouvelle chasse l’autre» à un rythme fou, André-Philippe préfère prendre le temps qu’il faut pour se faire une tête. «Avec les réseaux sociaux, on a une pression qui n’existait pas avant. Il faut avoir une opinion tout de suite sur un sujet. Je résiste à ça. Je ne veux pas embarquer dans cette rapidité de réaction. Je préfère être en retard de 24 heures pour mieux connaître les enjeux.»

La météo (un thème toujours gagnant), la saison de misère du Canadien, les fusillades dans les écoles américaines, autant de thèmes qui composent la trame rigolote de ce 21e album compilation.

La pêche à la ligne

André-Philippe a également prêté ses talents dans les derniers mois à un autre ouvrage, Pêche à la ligne, du poète Christian Vézina. Un recueil de pensées, aphorismes et autres proverbes qui rappellent Le mot du silencieux, d’Albert Brie, publié à l’époque dans Le Devoir. Un exemple parmi d’autres : «Ce que tu dis de l’autre en révèle toujours plus sur toi que sur lui.»

Le caricaturiste propose quelques «aphorismes visuels» de son cru sur le monde de la peinture. Ça tombait bien. Grand amateur d’arts visuels, André-Philippe avait déjà caressé l’idée de faire un livre d’humour sur cet univers. Il n’a pas eu à chercher très loin l’inspiration. La plupart des dessins retenus pour l’ouvrage dormaient dans ses cartons depuis plusieurs années.

Que ce soit un loustic observant un nu à travers un trou de serrure portatif, ou encore la célèbre toile L’origine du monde, de Gustave Courbet, vue sous un angle inédit, son regard drôlement tordu fait encore et toujours mouche.