C’est en fréquentant l’organisme Alphabeille Vanier que Richard Dallaire, Marcel Fortier, Christian Boulay et 13 autres personnes ont eu l’idée d’écrire un recueil racontant leurs difficultés de lecture et d’écriture.

L’analphabétisme, un phénomène tabou

Pas facile à notre époque de reconnaître que l’on a un problème de lecture et d’écriture. Seize personnes fréquentant Alphabeille Vanier, un organisme qui apprend à des adultes de tous les âges à lire et à écrire, ont pris le chemin de l’écriture pour exprimer comment une telle démarche peut changer radicalement une vie.

Le recueil La traversée — il n’y a pas d’âge pour apprendre raconte leurs difficultés d’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Les auteurs livrent leur parcours avec une grande honnêteté. «Ce qui m’a amené là, c’était pour répondre à mes besoins en écriture. J’avais de la difficulté avec les sons et les mots qui se ressemblent. Les points et les virgules, c’était difficile. J’avais de la misère avec les verbes», a écrit Christian Boulay.

Depuis 10 ans, il suit des cours avec Alphabeille Vanier. Maintenant, il se sent plus «débrouillard» et plus en confiance. Au Québec, 800 000 personnes ont un niveau 1, c’est-à-dire qu’ils savent à peine lire et écrire, selon le coordonnateur de l’organisme, Richard Dallaire.

Marcel Fortier a également eu des difficultés d’apprentissage et il a quitté l’école avant de finir son secondaire. Il a appris un métier manuel et il s’est débrouillé tout au long de sa vie pour cacher son problème. C’est une dépression qui lui a fait prendre conscience de ses lacunes. Pendant longtemps, il a cru qu’il était mauvais et pas assez intelligent pour apprendre à lire et à écrire correctement. Mais lors d’un examen à l’hôpital, il a découvert qu’il souffrait de dysphasie, un trouble neurodéveloppemental du langage qui affecte la compréhension et/ou l’expression d’un message verbal, peu importe la modalité de présentation, langage oral ou écrit.

Maintenant grâce à l’aide de l’organisme et à la technologie sur l’ordinateur, il est capable de lire une histoire à sa petite-fille et d’écrire. «C’est enrichissant de pouvoir mieux analyser et comprendre. J’ai même envie d’écrire un livre pour raconter mon histoire», confie-t-il tout en envoyant une flèche au système éducatif. «Il y a encore des lacunes dans les écoles. On n’aide pas assez ceux qui ont des troubles de l’apprentissage.»

Il a fallu du temps à Christian Boulay et Marcel Fortier avant d’aller chercher de l’aide. «Il faut dépasser le sentiment de la honte», explique M. Dallaire. «Beaucoup de gens arrivent à travailler et à réussir dans la vie sans que personne ne sache qu’ils sont de piètres lecteurs et écrivains. J’ai connu des entrepreneurs qui avaient ce problème et qui s’entouraient des personnes pour combler leurs lacunes», poursuit-il.

Il s’agit du second livre pour Alphabeille Vanier. En 2013, 13 participants avaient écrit Foncer pour mieux comprendre, un collage d’histoire relatant les raisons pour lesquelles chacun se retrouvait en alphabétisation une fois adulte.