Robert Jolicoeur

L'abbé Jolicoeur décède dans la sérénité

L’abbé sherbrookois bien connu Robert Jolicoeur s’est éteint jeudi après-midi, à l’unité des soins palliatifs du pavillon Hôtel-Dieu du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.

Âgé de 69 ans, il souffrait d’un cancer, qu’il a combattu avec courage, affirme l’Archidiocèse de Sherbrooke dans un communiqué annonçant son décès.

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Le long combat de Robert Jolicoeur

Tout au long des étapes de la maladie, il a été entouré de ses proches qui ont veillé sur lui, ajoute-t-on.

« Je vous invite tous à le porter dans vos prières. Il est décédé avec sérénité et a rejoint le Seigneur, source de toute Paix », témoigne l’archevêque de Sherbrooke, Mgr Luc Cyr, qui tiendra un point de presse lundi.

« En ce moment de tristesse, nos pensées accompagnent la famille, les amis et toutes les personnes pour qui sa présence aura été source d’inspiration. »

De son côté, Mgr Gaumond, qui a côtoyé l’abbé Jolicoeur, n’a pu être joint jeudi soir.

À la télé
L’abbé Jolicoeur a longtemps participé à l’émission La victoire de l’amour sur les ondes de TVA. L’animateur, Sylvain Charron, perd son confident. « Robert était mon ami et mon confident depuis 30 ans. Il ne négligeait personne. Il pouvait avoir devant lui le plus grand des criminels et il voyait quelqu’un de beau. Il n’y avait personne d’irrécupérable. Cet abbé a sauvé des vies. Il n’est pas passé sur Terre pour rien », se remémore-t-il.

Actuellement en voyage, M. Charron n’a pas eu l’occasion de revoir son ami face à face. « Il m’avait dit qu’il voulait absolument me revoir avant qu’il parte. Il m’avait dit de prendre mes vacances et qu’on allait se parler après. Je n’ai pas pu. On va se reparler un jour de l’autre côté », lance l’animateur qui écourtera ses vacances.

L’abbé Jolicoeur n’était pas effrayé par la mort. « Il était prêt, assure M. Charron. Il savait que la vie est éternelle et que la mort n’est qu’une illusion. Ce n’était pas juste un prêche pour lui. »

Dans une entrevue accordée en 2015 à La Tribune, l’abbé Jolicoeur avait affirmé: « J’ai la conviction que si un jour je meurs, il va m’accueillir ».

Beaucoup d’enregistrements avaient été faits d’avance, donc l’abbé Jolicoeur sera encore dans les petits écrans pour plus d’un mois. Une émission spéciale est prévue le dimanche 18 février.

Un amateur de baseball

Personne n’était surpris lorsque Robert Jolicoeur passait les portes du Stade Amédée-Roy pour y voir une partie des Expos de Sherbrooke. Le propriétaire de l’équipe, François Lécuyer, allait lui porter ses billets de saison en main propre. « Il venait régulièrement. Il était moins présent dans les dernières années, mais il adorait ça. Il ne passait jamais inaperçu. C’est dommage de perdre quelqu’un comme lui », a-t-il commenté, ajoutant que quelque chose sera fait en son honneur au match d’ouverture des Expos.

L’abbé Jolicoeur était prêtre depuis 1976 et il a œuvré dans différents milieux. À Sherbrooke, il a été curé de la paroisse Saint-Charles-Garnier de 1987 à 1999 et de la paroisse Saint-Roch de 2002 à 2014. Celui-ci a également œuvré auprès des adolescents alors qu’il enseignait au Séminaire Salésien (1981-1987).

«Il avait un charisme très particulier», rappelle son collègue Donald Thompson

Une amitié de longue date unissait les prêtres Robert Jolicœur et Donald Thompson. Le second reconnaissait à son ami un « charisme très particulier » et une capacité à toucher des gens que l’Église catholique avait habituellement du mal à rejoindre.

Le curé Thompson venait tout juste d’apprendre le décès de Robert Jolicœur lorsque La Tribune l’a joint par téléphone jeudi. Il avait de savoureuses anecdotes à raconter à son sujet et était en mesure de jeter un regard franc sur le travail de celui qui a été son confrère pendant des décennies.

« La mort de Robert, c’est une perte, a-t-il confié. Il avait un charisme très particulier. C’était un homme à la fois direct et très rassembleur. Il était capable d’actualiser l’évangile de façon pertinente. Dans une famille, les enfants sont tous différents d’habitude et lui-même l’était tout à fait. »

Donald Thompson reconnaît que l’approche de Robert Jolicœur l’a inspiré. « Sa façon très conviviale d’approcher les gens et la manière qu’il utilisait pour entrer en contact avec les personnes dans la marge étaient inspirantes », dit-il.

À ce sujet, il raconte avoir un jour amené un prisonnier assister à une messe du curé Jolicoeur. « Cet homme avait vécu une expérience à laquelle il ne s’attendait pas. Il avait été rejoint. Ça avait été une expérience intéressante pour moi de voir ça. »

À une époque, Donald Thompson a également été vicaire dans une paroisse dont le curé était justement Robert Jolicœur. « C’était à Bishopton, se souvient-il. Robert faisait les messes du samedi et, après celles-ci, il organisait des discos dans le presbytère. Ça attirait beaucoup de monde. Tous les jeunes le connaissaient dans le coin. »

Malgré les bons souvenirs laissés, Donald Thompson est forcé d’admettre que l’inimitable prêtre pouvait parfois gêner des gens avec certaines de ses interventions et idées. « On a souvent les limites de nos forces », lance-t-il, avant de mentionner que ce vieil ami était aussi un travailleur infatigable. (Jean-François Gagnon)