Michel Germain

«La vie est toujours plus forte que la mort», tient à rappeler Michel Germain

MONTRÉAL — «La vie est toujours plus forte que la mort», se répète Michel Germain depuis qu'il a dû faire face à l'horrible drame de perdre simultanément sa fille, son épouse et sa mère dans un accident de la route. Depuis une douzaine d'années, il partage son histoire dans le but d'aider les gens à apprendre à vivre avec le deuil et, du même coup, pour garder en vie la mémoire de celles qu'il aimait.

La date du 15 janvier 1998 peut ne rien signifier de particulier dans votre boîte à souvenirs, mais pour Michel Germain, cette journée a marqué la fin de la vie de famille qu’il chérissait. Ce jour-là, sa mère, son épouse Martine et sa fille Jennely ont été tuées dans une collision entre un camion lourd et le véhicule dans lequel elles prenaient place.

Comme il l’a raconté dans le cadre d’une conférence donnée sur le deuil multiple au Salon de la mort de Montréal, son processus a été aussi pénible que l’on puisse l’imaginer, mais il a réussi à s’accrocher à la vie grâce à son entourage et parce qu’il a été chercher l’aide dont il avait besoin pour faire la paix avec un deuil qui ne le quittera jamais.

«Le deuil, c’est comme un coup de couteau. Ça saigne, on met sa main pour que ça arrête, mais ça coule encore. On met un pansement et ça coule encore. On fait des points de suture, ça finit par se refermer et on reste avec une cicatrice. Dans 20 ans, dans 30 ans, on a une cicatrice qui nous rappelle qu’on a déjà eu un coup de couteau. Le deuil, c’est pareil. Ça arrête de saigner, mais on va toujours s’en rappeler», a-t-il confié aux gens venus l’écouter.

Cette démarche personnelle de raconter son histoire lui vient de la proposition d’une amie chargée de cours au baccalauréat en soins infirmiers de l’Université du Québec à Rimouski. Celle-ci devait aborder le deuil avec les futures infirmières et a encouragé M. Germain à partager son drame pour aider à démystifier le deuil. Au bout d’environ sept ans, il a fini par accepter et il n’a pas cessé depuis.

«C’est une expérience qui fait partie de moi et ça me permet de garder vivante Jennely», dit-il. En tant qu’enfant unique dont les parents sont maintenant décédés, Michel Germain est le dernier membre de sa famille toujours en vie. «Quand je vais partir, il y a quelques personnes qui vont parler de nous, mais pas plus, et on va s’éteindre.»

Cette réflexion est la même qui se trouve derrière son credo de «la vie est toujours plus forte que la mort». Une phrase prononcée par sa thérapeute, faisant référence au fait que chaque fois que l’on honore la mémoire d’un être cher décédé, c’est de sa vie que l’on parle, d’anecdotes, de moments précieux vécus avec cette personne. Parler d’eux les maintient bien vivants dans notre mémoire.

Fondation Jennely Germain

Michel Germain vient tout récemment de faire un pas de plus dans sa démarche d’honorer la mémoire de la petite Jennely Germain, décédée à l’âge de neuf ans.

L’objectif de la fondation est d’offrir de l’aide alimentaire aux enfants de familles défavorisées qui ne mangent pas à leur faim dans la vallée de la Matapédia, la 3e MRC la plus pauvre du Québec selon M. Germain.

La fondation travaille en collaboration avec le CLSC et les écoles qui sont chargés de dépister les cas de familles dans le besoin.

«Le CLSC et l’école agissent comme tampon entre les récipiendaires de nos bourses et le conseil d’administration de la fondation. Nous, on ne veut pas savoir à qui va l’argent. On a une confiance aveugle envers les gens du CLSC et des écoles qui voient la misère tous les jours», explique celui qui travaille comme descripteur à la radio des parties de l’Océanic de Rimouski dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Son emploi lui a d’ailleurs permis de tisser des liens d’amitié avec plusieurs anciens joueurs de l’équipe au fil des ans. Ces amis devenus des professionnels de la Ligue nationale de hockey l’ont aidé à démarrer les activités de la fondation avec des coffres solides.

Si la mission de base de l’organisme est la sécurité alimentaire, il ne s’arrête pas là pour soutenir les familles. Michel Germain qualifie la région d’Amqui de «zone sinistrée», où les besoins sont criants.

«Il y a un hôpital, mais pas de service de pédiatrie. Si les enfants doivent voir un pédiatre, la famille doit se rendre à Rimouski», dit-il.

Et si la Régie de l’assurance maladie du Québec paye le transport des familles qui doivent se rendre à Montréal ou dans la capitale nationale pour recevoir des soins de santé, la RAMQ considère que Rimouski n’est pas située assez loin pour une telle aide.

La Fondation Jennely Germain offre donc des cartes d’essence ainsi que le remboursement de médicaments en cas de besoin.