Plus de 1500 candidats ont été défaits aux élections fédérales de lundi, dont 49 députés sortants.

La vie après la défaite électorale

OTTAWA — Brian Murphy avait à peine eu le temps de digérer sa défaite aux élections fédérales de 2011 lorsque la Chambre des communes lui a offert de récupérer son siège.

L’ex-député libéral se souvient d’avoir espéré une marque de reconnaissance pour le travail accompli.

«On est déjà blessé en quelque sorte et on se dit: “Oh mon Dieu, ils ont apprécié ce que j’ai fait”. Ils vont me donner mon siège et ce serait bien de l’avoir, puis ils disent: “Ah, en passant, ça va être 911$”.»

M. Murphy, qui avait été maire de Moncton avant de se lancer en politique fédérale, est maintenant capable d’en rire. Mais il connait bien la souffrance — financière et autre — occasionnée par le fait d’être chassé sans cérémonie du parlement.

Comme un deuil

Plus de 1500 candidats ont été défaits aux élections fédérales de lundi, dont 49 députés sortants. Un groupe d’ex-parlementaires veut maintenant soutenir ces anciens élus afin de déterminer la marche à suivre.

Pour les élus fédéraux, la défaite rime avec la perte d’un emploi, d’un certain statut social et d’une vie quotidienne hautement structurée. Les téléphones portables sont coupés, les chèques de paie cessent d’arriver, les données de connexion ne fonctionnent plus et tout le monde a hâte qu’ils cèdent leur place. Ils doivent mettre la clé sous la porte d’au moins deux bureaux, ils ont des tonnes de paperasse à gérer et des piles de dossiers à archiver ou à déchiqueter.

Tout le monde réagit différemment, mais pour certains, «c’est comme un genre de stress post-traumatique», affirme Dorothy Dobbie, l’ancienne députée conservatrice de Winnipeg-Sud qui a été emportée par la vague libérale lors des élections de 1993 et qui préside maintenant de l’Association canadienne des ex-parlementaires.

Le taux de roulement à la Chambre des communes est parmi les plus élevés du monde parlementaire: la colline du Parlement perd généralement 30 pour cent de ses élus après un scrutin, si l’on comprend ceux qui choisissent de ne pas briguer un nouveau mandat.

Et beaucoup affirment que davantage pourrait être fait afin d’atténuer le bouleversement physique et émotionnel qui s’ensuit.

«Je me sentais comme si j’étais en deuil. C’était comme la mort de quelque chose. J’étais extrêmement en colère. J’étais déprimée. Je pleurais. Je ne voulais voir personne», raconte Hélène LeBlanc, une ancienne députée néo-démocrate qui a perdu son siège à Montréal en 2015.

L’Association canadienne des ex-parlementaires (ACEP), constituée par une loi du Parlement de 1996, lance le tout premier programme officiel de mentorat de députés sortants, mettant des candidats récemment battus en lien avec d’anciens parlementaires qui peuvent leur offrir écoute et compassion. L’association travaille également avec la Chambre des communes afin d’améliorer les dispositions et les services de transition de carrière.

«J’ai vu à quel point un deuil politique peut être dévastateur», rapporte Joe Jordan, député libéral de la circonscription ontarienne de Leeds-Grenville de 1997 à 2004. «J’ai vu l’impact sur la vie des gens et c’est tragique, des tentatives de suicide et des suicides réussis.»

Mauvaise préparation

Les députés défaits ne disposent que de 21 jours pour compléter une longue liste de tâches post-mandat.

Le libéral Stephen Fuhr, qui a perdu le siège de Kelowna-Lake Country, en Colombie-Britannique, lundi, a encore la voix étranglée quand il parle de son personnel. Il espère que Tracy Gray, sa successeure conservatrice, permettra aux employés de rester, comme il l’avait fait lui-même à son arrivée sur la colline il y a quatre ans.

Le directeur de la recherche au Centre Samara pour la démocratie, Michael Morden, a réalisé des entretiens avec plus d’une centaine députés sortants. Et il relève que le regret le plus commun est de ne pas avoir préparé une stratégie pour son départ.

Lorsqu’un député perd ses élections, «on semble oublier l’humain derrière cette personne», déplore Hélène LeBlanc, qui a pour sa part mis deux ans à se trouver un nouvel emploi.

Quant à Brian Murphy, il a finalement décidé de débourser les 911 $ pour racheter son siège. Et le soutien qu’il a reçu d’autres ex-parlementaires s’est révélé d’une valeur inestimable — une faveur qu’il a l’intention de rendre à la prochaine génération d’anciens députés.

«Tu avais 3000 amis, maintenant tu en as 12. Ce n’est pas facile quoi que les gens en disent.»