Lorsque son automobile a rendu l’âme il y a quelques années, Jocelyn Lees a estimé qu’elle était prête pour un changement de vie et d’investir dans une fourgonnette de camping.

La vie à temps plein en fourgonnette

Jocelyn Lees n’a jamais prévu vivre dans sa fourgonnette.

La femme de 30 ans, originaire du Manitoba, plantait des arbres en Colombie-Britannique chaque été depuis 10 ans, et jusqu’à tout récemment, elle passait ses hivers à voyager - en Équateur, au Maroc et en Australie.

«La nature de mon emploi fait en sorte que je suis toujours loin de chez nous, et puis, pendant les hivers, je partais, raconte Mme Lees. Alors, à quel moment me trouverais-je dans cette maison que je devrais payer?»

Lorsque son automobile a rendu l’âme il y a quelques années, elle a estimé qu’elle était prête pour un changement de vie.

Plutôt que de payer un loyer, elle a décidé d’investir dans une fourgonnette de camping, ce qui lui procurait une meilleure mobilité et un espace confortable pour dormir pendant ses étés dans les bois. Depuis, son Dodge 1981 est sa maison. Elle a l’intention de se tenir dans la région de Vancouver cet hiver.

«Avoir ma fourgonnette est incroyable, lance-t-elle. Je me réveille à la plage.»

Mme Lees fait partie d’une communauté de Canadiens qui adoptent «la vie en fourgonnette». Ces gens ont diverses motivations : l’appel de l’aventure, une frustration vécue sur le marché immobilier ou avec un emploi précaire, ou encore la possibilité de devenir célèbre sur les réseaux sociaux.

Plusieurs Canadiens qui vivent dans leur fourgonnette se retrouvent dans l’Ouest, et ont une attirance particulière pour l’île de Vancouver. Pour Sacha Morin-Sirois, âgé de 22 ans, Tofino est, «littéralement, la fin du voyage».

Lorsqu’il était encore un garçon et voyageait avec sa famille, il rêvait de partir seul à l’aventure, dormir dans sa fourgonnette et d’affronter la nature.

«C’est surtout un appel à la liberté, je crois», observe-t-il.

Il a quitté Gatineau avec sa copine en juin, dans une fourgonnette plus vieille qu’eux - il s’agit d’un modèle de 1991 - sans plan plus précis que celui «d’aller vers l’Ouest». Ils voulaient tous deux intégrer l’expérience de leurs voyages avec leur carrière respective : M. Morin-Sirois, un chef, a déniché un travail saisonnier de cueillette de fruits et a élaboré des recettes à partir d’ingrédients de saison. Son amie, une écrivaine, a commencé un blogue pour raconter leur expérience et travaille sur sa fiction.

Lorsqu'il était encore un garçon et voyageait avec sa famille, Sacha Morin-Sirois rêvait de partir seul à l’aventure, dormir dans sa fourgonnette et d’affronter la nature.

Un réseau Wi-Fi toujours accessible

Lisa Felepchuk et son partenaire Coleman Molnar, qui vivaient à Toronto jusqu’à il y a un an et demi, ont aussi incorporé leur travail dans leur vie en fourgonnette. Ils offrent du contenu et des services de médias sociaux par l’entremise de leur société Li et Co Media, et organisent leurs voyages en s’assurant qu’un réseau Wi-Fi est toujours accessible. Cela les empêche parfois de visiter certains endroits.

D’autres adeptes de la vie en fourgonnette préfèrent se déconnecter complètement et utiliser l’argent accumulé avec des emplois précédents pour financer une expérience de vie sans travail. Adrian Myles, âgé de 38 ans, retourne parfois à la maison, à Perth, en Australie, pour y travailler comme sommelier. Cela lui permet ensuite de voyager pendant un an ou deux sans avoir à se soucier de l’argent.

«Les gens qui choisissent cette vie ne passent pas leur temps assis à discuter de comment c’était avant, à la maison», observe M. Myles, qui a récemment parcouru la Colombie-Britannique.

«On peut côtoyer quelqu’un pendant un mois et ne jamais savoir quel était son emploi, parce qu’on ne le demande pas, parce que cela n’est pas important.»

Un article paru plus tôt cette année dans le New Yorker s’est intéressé à l’aspect «financier» du mouvement qui, sur les médias sociaux, est associé au mot-clic #vanlife. Un profil d’Emily King et de Corey Smith, qui affichent leurs publications sur le compte Instagram «Where’s My Office Now» («Où est mon bureau maintenant»), a démontré que leurs photos rêveuses et ambitieuses - d’étonnantes falaises, des ciels étoilés, des sites exotiques - étaient le fruit d’heures de travail délibéré pour donner l’impression que leur vie était fantaisiste et spontanée. Leurs abonnés sur les médias sociaux leur permettent, comme d’autres adeptes de la vie en fourgonnette, de monnayer leur expérience de voyage. Ils reçoivent de l’argent de la part d’entreprises qui, en échange, leur demandent de mettre leurs produits en valeur dans leurs photos sur Instagram ou d’autres plateformes.

Adrian Myles, 38 ans, retourne parfois à la maison, à Perth, en Australie, pour y travailler comme sommelier. Cela lui permet ensuite de voyager pendant un an ou deux sans avoir à se soucier de l’argent.

Vedettes des médias sociaux

Le Canada compte aussi ses propres vedettes sur les médias sociaux, notamment Philippe Leblond, dit le «Van Man», un mannequin originaire de Montréal. Il vit maintenant à Los Angeles et voyage dans sa fourgonnette, et documente ses déplacements pour ses 164 000 abonnés Instagram.

D’autres évitent complètement les médias sociaux. M. Myles indique qu’il a déjà eu l’habitude de prendre beaucoup de photos pour documenter les endroits qu’il visitait. Mais il sentait souvent que la volonté de toujours prendre une photo parfaite l’empêchait de profiter de la beauté naturelle pour laquelle il avait voyagé.

«J’allais quelque part et je commençais à m’imaginer la prise de vue, se souvient-il. Tout ce qui me passait par la tête, c’était : "Comment est-ce que je peux montrer cela à quelqu’un d’autre?" Et cela, par définition, nous sort de l’expérience.»

M. Morin-Sirois raconte s’être disputé avec sa copine parce qu’elle regardait sans cesse, avec mélancolie, les photos d’autres personnes sur les réseaux sociaux, alors qu’ils faisaient leur propre voyage.

«Je lui ai dit : "Pourquoi t’intéresses-tu à la vie d’autres personnes? Tu es ici, profites-en"», se souvient-il.

«Les gens veulent ce qu’ils ne possèdent pas, et ce n’est vraiment pas ma mentalité, pas du tout.»

M. Molnar est aussi ravi d’admettre que la vie en fourgonnette n’est pas toujours facile et que les photos omettent plusieurs aspects moins glorieux. Les fourgonnettes sont souvent brisées, souligne-t-il, et les vieux modèles peuvent prendre du temps à réparer.

«J’aime bien dire que la ligne est mince entre la liberté et la vie de sans-abri, et nous avons marché dessus à quelques reprises», note-t-il.