De retour après un an à son port d'attache de Matane, le NM F.-A.-Gauthier demeurera cloué à quai pour une durée indéterminée à cause d'un problème des moteurs électriques servant à sa propulsion.
De retour après un an à son port d'attache de Matane, le NM F.-A.-Gauthier demeurera cloué à quai pour une durée indéterminée à cause d'un problème des moteurs électriques servant à sa propulsion.

La série noire se poursuit: nouveau problème sur le F.-A.-Gauthier

MATANE — Après un an d'absence, l'enthousiasme de revoir le traversier NM F.-A.-Gauthier amarré à son port d'attache de Matane s'est vite estompé. Si ses propulseurs azimutaux fonctionnent très bien, ce sont maintenant ses moteurs électriques qui servent à sa propulsion qui font défaut. Conséquence: sa mise en service, qui était prévue le 20 décembre, sera fort probablement reportée à une date indéterminée.

L'équipage s'est aperçu du problème, vendredi, pendant le voyage d'une durée de 11 heures entre Lévis et Matane. «Au fur et à mesure qu'on a progressé pendant le transit, on s'est aperçu que les moteurs ne fonctionnaient pas selon les paramètres qui sont prescrits par le fabricant, décrit le président-directeur général de la Société des traversiers du Québec (STQ), Stéphane Lafaut, qui s'est promené entre la timonerie et la salle des machines pendant le voyage. On a continué le transit quand même parce qu'il fallait tester différentes solutions, différents paramètres. Il fallait varier les vitesses. On est bien arrivés à Matane et l'accostage s'est déroulé sans anicroche. Ça n'a aucun lien avec les propulseurs.»

Ce problème ne s'était jamais présenté lors des essais en mer pendant qu'il était en cale sèche au chantier Davie. «C'est un nouveau problème qu'on tente d'identifier, a expliqué M. Lafaut lors d'une rencontre avec la presse, samedi matin à Matane. Il y a des capteurs qui n'étaient pas tous au vert. Ça fonctionnait, mais dans les moteurs électriques, il y avait des alertes. Quand vous avez des alertes, ça peut mettre à risque la pérennité du ou des moteurs. C'est comme un «check engine» sur votre voiture. Il allume et vous ne savez pas pourquoi, mais ça vous inquiète. C'est assez sérieux pour investiguer. Sur le fleuve, il n'y a pas de deuxième chance. Il faut que tous les systèmes soient fonctionnels.» Des spécialistes recommandés par le fabricant étaient à bord, mais ils n'ont pas réussi à identifier la cause des anomalies.

«Est-ce que je suis fâché et déçu? Oui», a indiqué Stéphane Lafaut samedi.

Stéphane Lafaut précise que l'ingénierie et la technologie navales ont beaucoup évolué au cours des années, tant et si bien que les navires sont devenus des «plateformes électroniques flottantes». «Le Gauthier était un navire précurseur en fonctionnant au GNL [gaz naturel liquéfié], rappelle-t-il. Maintenant, la majorité des compagnies en Amérique du Nord fonctionnent au GNL. Une salle des machines comme on la concevait il y a 20 ou 30 ans, où vous aviez juste des huileurs et des mécaniciens qui mettaient la main sur le moteur et qui se disaient que ça allait bien, ça n'existe plus. La STQ doit composer avec des navires qui sont de plus en plus complexes et on doit évoluer avec ça.»

Bien que la société d'État se soit targuée d'avoir fait construire le premier traversier à être propulsé au GNL en Amérique du Nord, le NM F.-A.-Gauthier fonctionne au diesel pour le moment. «Le GNL, pour l'instant, c'est secondaire pour moi, a fait savoir M. Lafaut. Peut-on «focusser» sur un navire qui va traverser? C'est ça, la priorité.»

Le patron de la STQ assure que lui et son personnel sont à pied d'oeuvre, depuis l'arrivée du mastodonte à Matane, pour trouver une solution. «Mes équipes à Québec sont déjà à trouver le problème, assure-t-il aussi. Ils sont au bureau. Mes équipages sont sur le navire et on travaille déjà à préparer le terrain pour identifier exactement la problématique.» M. Lafaut précise que même si le bateau fonctionne, il ne veut pas prendre le risque, pour la sécurité des passagers, qu'il ne s'arrête au beau milieu du fleuve.

Précisant «détester l'échec», Stéphane Lafaut s'avoue au moins soulagé que les propulseurs fonctionnent. «Ma plus grande crainte, ça aurait été que les propulseurs ne fonctionnent pas, se console-t-il. Après les avoir démontés et rebâtis, j'aurais été un peu débiné. Est-ce que je suis fâché et déçu? Oui. J'ai un certain degré de frustration.»

Le pdg de la STQ ne croit pas qu'il sera nécessaire de ramener le F.-A.-Gauthier en cale sèche. Il estime qu'il sera possible de faire les vérifications et réparations à quai. «On va amener les spécialistes à Matane, indique-t-il. On ne ménagera aucun effort. S'il faut faire venir des spécialistes des États-Unis ou d'Europe, on va le faire.» Depuis un an, les inconvénients causés par le bris et l'absence du F.-A-Gauthier ont coûté 21,6 millions$ à l'État.

Pour Stéphane Lafaut, «la bonne nouvelle», c'est qu'il y a toujours le NM Saaremaa 1 qui assurent la desserte entre Matane et la Côte-Nord. Notons que cette dernière acquisition de la STQ est restée à quai un total de 42 jours depuis sa mise en service en juillet. À titre comparatif, le F.-A.-Gauthier a été arrêté 28 fois sur un total de 3 000 traversées effectuées au cours des trois ans et demi qu'il a navigué. Pour pallier aux ruptures de service, la société d'État rétablira le service de liaison aérienne entre Mont-Joli, Baie-Comeau et Sept-Îles du 21 décembre au 31 juillet.

M. Lafaut se dit bien conscient des inconvénients que cette situation occasionnent sur la population, les entreprises et les touristes. «Il n'y a pas personne qui voudrait être dans une situation comme on est», reconnaît-il.

Sur Twitter, le député de Matane-Matapédia et chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a exprimé son indignation. Il martèle, encore une fois, que la gestion des traversiers est sous la responsabilité du ministère des Transports. Il réclame donc la visite de François Bonnardel à Matane. «Nous vivons ici une crise depuis un an, a-t-il gazouillé. Il est temps de venir s'expliquer à la population […], M. le ministre.»