Au tribunal devant la juge Danielle Côté, Robert Piette a plaidé coupable aux accusations de possession simple et de possession en vue d’en faire le trafic qui pesaient contre lui.
Au tribunal devant la juge Danielle Côté, Robert Piette a plaidé coupable aux accusations de possession simple et de possession en vue d’en faire le trafic qui pesaient contre lui.

La prison pour un aidant naturel qui vendait de la drogue

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Il aura beau avoir tenté d’éviter une peine d’emprisonnement ferme en faisant valoir son rôle d’aidant naturel, Robert Piette passera tout de même les prochains mois en prison pour avoir pris part à un réseau de trafic de drogue en Montérégie.

M. Piette, 62 ans, a été arrêté dans le cadre d’une opération policière visant à démanteler un réseau de trafic de stupéfiants. Une perquisition réalisée à sa résidence de Waterloo a mené à la saisie de 28 comprimés de méthamphétamines, 82,3 g de cannabis, 0,43 g de cocaïne, 4,75 g de résine de cannabis et 3,3 g de psilocybine (champignons magiques).

En vertu du Code criminel, la possession de ces substances, jumelée à un dessein de trafic, entraîne des peines d’emprisonnement pouvant aller de trois ans pour la psilocybine à la perpétuité pour les méthamphétamines.

Lors de la même perquisition, les policiers ont aussi mis la main sur une liste de clients, deux balances contaminées et un lot de sacs de type Ziploc.

« L’analyse des messages textes se trouvant sur le téléphone cellulaire de l’accusé permet de constater qu’en l’espace de moins de 2 mois, il a six clients réguliers pour lesquels on dénombre 15 transactions, dont 4 pour la méthamphétamine », révèle l’enquête.

Le rapport présentenciel, pour sa part, a révélé que l’accusé consomme diverses drogues, dont le cannabis, le LSD, la mescaline et de la cocaïne, depuis l’adolescence. Il aurait toutefois cessé de prendre cette dernière substance en 1997.

« En 2014, il débute un usage quotidien d’amphétamines, de marijuana et de haschich et, selon sa version, s’adonne au trafic de stupéfiants afin de payer sa consommation », ajoute le document.

Outre les infractions pour lesquelles il a plaidé coupable, M. Piette a des antécédents d’introduction par effraction, de possession de biens criminellement obtenus, d’entrave, d’omission de se conformer à une promesse ou à un engagement et vol, des délits pour lesquels il n’a jamais purgé de peine de prison. Il a toutefois obtenu diverses amendes et des travaux communautaires.

Le Waterlois a toutefois été incarcéré en février 2000 pendant une période de 172 jours en raison d’amendes impayées pour des infractions au Code de la sécurité routière et à des règlements municipaux.

Aidant naturel

Au tribunal devant la juge Danielle Côté, M. Piette a plaidé coupable aux accusations de possession simple et de possession en vue d’en faire le trafic qui pesaient contre lui. Il a toutefois fait appel à la clémence de la juge Danielle Côté dans l’espoir d’éviter une peine d’emprisonnement ferme, notamment en raison de son statut d’aidant naturel.

En effet, M. Piette a quitté son emploi en 2006 pour prendre soin de sa mère, victime d’un accident vasculaire cérébral. Au décès de celle-ci, il a ensuite pris la charge de son frère cadet qui souffre de paralysie cérébrale depuis sa naissance.

C’est lui qui le lave, le nourrit, le change, en prend soin et l’amène à tous ses rendez-vous médicaux, a fait savoir la conjointe de l’accusé, avec qui il demeure, mais qui ne peut prendre soin de son beau-frère, étant affaiblie par une mastectomie résultante d’un cancer du sein.

L’accusé a affirmé à la cour ne plus consommer depuis son arrestation et qu’il a toujours respecté ses conditions de remise en liberté, y compris un couvre-feu. Il a affirmé ne pas avoir besoin de thérapie, et explique sa rechute ayant mené aux accusations par de mauvaises fréquentations alors qu’il était affecté par le décès de sa mère et l’incendie de sa maison.

« L’obligation de s’occuper de son frère n’est pas nouvelle et ne l’a pas empêché de s’adonner au trafic de stupéfiants », a cependant relevé la magistrate.

Tant M. Piette que sa conjointe sont prestataires de l’aide sociale. « Soulignons que le montant perçu mensuellement est diminué puisqu’ils doivent rembourser un trop-perçu résultant d’une fausse déclaration », souligne la juge Côté.

« Allégeances délinquantes »

L’auteure du rapport présentenciel a remarqué chez l’accusé « certaines allégeances délinquantes » qui le placent à risque de récidiver, particulièrement en raison de son faible revenu, et en plus de ses liens avec plusieurs personnes impliquées dans le crime, notamment dans le trafic de drogue, au moment des faits.

Elle souligne toutefois la bonne volonté de M. Piette de vouloir changer son mode de vie et conclut à « un bon potentiel de réinsertion sociale ».

Avec la suggestion d’une peine allant de 6 à 8 mois de détention, la Couronne s’estimait clémente envers l’accusé, mentionnant que n’eut été de la situation précaire de son frère, elle aurait plutôt exigé une peine de 9 à 12 mois de prison. Pour sa part, la défense a fait valoir le plaidoyer de culpabilité de son client, son abstinence, le respect de ses conditions de remise en liberté et son statut d’aidant naturel pour demander une peine de prison discontinue de 90 jours, suivie de 240 heures de travaux communautaires.

« Nous sommes en présence d’un homme d’âge mûr qui admet partiellement sa responsabilité, affirmant qu’il “vendait un peu de pot pour payer sa consommation”. Au surplus, comme il affirme pouvoir arrêter de consommer par sa seule volonté, force est de conclure que le trafic n’est pas causé par la dépendance », a réfléchi la juge Côté, notant qu’outre le plaidoyer de culpabilité de M. Piette, « les circonstances atténuantes sont à toutes fins pratiques inexistantes » alors que les facteurs aggravants sont nombreux.

Étant donné qu’elle ne pouvait, à son avis, écarter un risque de récidive, la juge a condamné l’accusé à des peines d’emprisonnement allant de deux mois à huit mois pour chaque chef d’accusation. Elle n’a toutefois pas précisé si ces peines étaient à purger de façon concurrente, ce qui porterait la sentence à huit mois de prison.

Cette condamnation s’assortit d’une interdiction pour le principal intéressé de posséder des armes pendant les 10 premières années suivant sa libération, en plus d’observer une probation de deux ans au cours de laquelle il ne pourra pas troubler l’ordre public ou communiquer avec les autres membres du réseau de stupéfiants duquel il a été partie prenante.