La péréquation a divisé samedi les membres de l’aile jeunesse de la CAQ réunie à Sherbrooke pour la fin de semaine.

La péréquation divise les jeunes caquistes

Réunie à l’Université Bishop’s au courant de la fin de semaine, l’aile jeunesse de la CAQ (CRCAQ) a débattu longuement de la péréquation. La proposition amenant l’idée d’un plan pour que le Québec s’affranchisse de la péréquation a finalement été rejetée avec une bonne majorité.

Le Québec a reçu 13,1 milliards $ en péréquation du gouvernement fédéral en 2019, ce qui constitue 11 pour cent des revenus de l’État québécois, soulignait la proposition.

« Le montant de la péréquation accordé au Québec semble gros, mais pour l’année fiscale 2019-2020, on est la province qui en recevra le moins par habitant parmi celles qui en recevront, a lancé une militante avant d’être chaudement applaudie. La création de richesses est un enjeu majeur et l’associer directement avec la péréquation est un raccourci intellectuel qui renforcit le mythe populaire qui voudrait que le Québec soit récipiendaire de l’aide sociale canadienne. Ce qui est complètement faux. »

« La péréquation est un système d’aide fédéral et cet argent-là, on y a droit, a indiqué un autre membre de la relève de la Coalition avenir Québec. Il ne faut pas en avoir honte, c’est sur que ce n’est pas super de recevoir le chèque et de l’encaisser, mais il ne faut pas avoir peur d’y toucher. »

Cette prise de position est en opposition avec celle du gouvernement puisque le premier ministre François Legault a souvent martelé l’importance pour le Québec de se débarrasser des paiements de péréquation. Quand il était dans l’opposition, il a même déjà reproché à son prédécesseur libéral Philippe Couillard de ne pas avoir de plan pour que le Québec ne dépende plus de la péréquation.

Rapport de force

Plusieurs militants ont défendu l’autre camp en amenant l’argument du rapport de force qu’a le Québec vis-à-vis les autres provinces.

« Présentement, la péréquation est une source de tension entre les provinces canadiennes, a souligné un militant. Si on veut avoir un Québec fort dans un Canada qui fonctionne, il faut se doter de leviers. Je ne pense pas que c’est de la malhonnêteté intellectuelle de se dire qu’on veut moins dépendre de la péréquation. »

« Celui qui profite le plus de la péréquation, c’est Ottawa parce que ça divise les provinces entre elles, résume quant à elle une jeune femme. Si le Québec se débarrassait de la péréquation, on pourrait commencer à travailler ensemble parce que toutes les provinces veulent au final plus d’autonomie. »

« Le Québec accuse un retard économique, a-t-on également pu entendre au micro des gens en faveur de l’adoption de la proposition. L’idée c’est de créer de la richesse pour arriver à ne plus être dépendant de la péréquation. Ça donne souvent un argument au Canada de rejeter nos demandes. C’est de bâtir un Québec qui est capable d’aller voir le fédéral et dire "je ne dépends pas de toi, je suis capable de créer de la richesse moi-même et je suis un interlocuteur valide dans la fédération". C’est important de ne plus dépendre de la péréquation qui est une laisse lorsqu’on veut demander quelque chose à Ottawa. » 

Ces arguments n’ont toutefois pas convaincu la majorité des jeunes membres de la CAQ de recommander au gouvernement d’établir un plan pour s’affranchir de la péréquation. 

Communications en français

Plusieurs autres résolution ont été adopté samedi. Toutes les communications gouvernementales avec les citoyens doivent être faites uniquement en français, réclame l’aile jeunesse. La CRCAQ ne permettrait que deux exceptions à l’exclusivité du français: offrir des services bilingues à la communauté historique anglophone, mais aussi, après amendement, des communications aux autochtones dans chacune de leur langue propre.

La relève caquiste a également adopté plusieurs autres propositions linguistiques. Elle s’est notamment prononcée en faveur de la mise sur pied d’un commissariat à la langue française, un organisme indépendant qui examinerait le travail de l’Office québécois de la langue française. La CRCAQ a aussi voté pour la mise en place d’un plan pour valoriser le français dans les médias sociaux, ainsi que pour l’élaboration d’une plateforme numérique valorisant les produits culturels québécois.

En mêlée de presse samedi après-midi, le président sortant de la CRCAQ, Kevin Paquette, a dit qu’il avait bon espoir que le gouvernement Legault prête l’oreille aux propositions, mais n’a pas confirmé qu’il avait l’assurance qu’elles seraient mises en oeuvre.

Heures supplémentaires, boissons gazeuses

En outre, les jeunes caquistes ont adopté une proposition pour que les heures supplémentaires ne soient pas imposées dans certains domaines, comme pour les préposés aux bénéficiaires, pour résorber en partie la pénurie de main-d’oeuvre. La CRCAQ n’a pas chiffré le manque à gagner pour le Trésor.

Également, ils ont adopté une proposition pour interdire la vente des boissons gazeuses et énergétiques dans les milieux éducatifs.

Enfin, ils remettent en question le financement du système de santé, en faisant valoir qu’il représente maintenant 50 pour cent des dépenses de programme au Québec. L’aile jeunesse demande donc au gouvernement Legault de mettre sur pied un comité de travail sur la pérennité du financement du système de santé.

En mêlée de presse, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, a assuré qu’il ne s’agissait pas de privatisation, mais par contre, des activités pourraient être confiées au privé tout en étant couvertes par l’assurance-maladie.

Peu de débats

Dans ce congrès, la majorité de la quarantaine de propositions a été expédiée sans débat par les membres de l’aile jeunesse, qui étaient environ 150 dans l’auditorium.

Sur la scène, le député caquiste à qui le premier ministre François Legault a confié la responsabilité des dossiers jeunesse, Samuel Poulin, surveillait les débats.

C’est inhabituel, puisque chez les formations analogues, comme la commission jeunesse du Parti libéral et le Comité national des jeunes du Parti québécois, les élus ne sont pas sur scène pour veiller au bon déroulement des débats.  Les débats de la CRCAQ se poursuivent dimanche sur le campus de l’Université Bishop’s à Sherbrooke. Avec la presse canadienne