Échouée à Cuba, la Grosse Île est la dernière goélette du Saint-Laurent toujours en activité, ayant été entièrement restaurée par Didier Épars qui lui a ajouté des voiles.

La négligence de Cuba entraîne le pillage d'une goélette du Saint-Laurent

La négligence des autorités cubaines vient porter un nouveau coup dur au capitaine de la goélette Grosse Île, Didier Épars, échouée sur une plage cubaine depuis maintenant 69 jours.

Le voilier historique, couché sur son flanc depuis le 27 janvier, a été victime de pillage dans la nuit du 3 ou du 4 avril, a constaté M. Épars et cette fois, les voleurs ont fait main basse sur plusieurs milliers de dollars d'équipement à bord du navire.

Or, tout est en place pour procéder au sauvetage de la Grosse Île depuis deux semaines, mais les autorités cubaines retardent pour une raison inconnue l'émission du permis permettant à un remorqueur des Îles Caïman réquisitionné par son assureur d'entrer dans les eaux cubaines pour venir en prendre charge.

Ce délai a ainsi permis aux voleurs de s'emparer cette semaine, notamment, des antennes GPS de la goélette, d'un moteur hors-bord servant à la propulsion d'un dinghy et, surtout, de précieuses voiles du gréement, notamment les flèches de grande voile et de misaine de la goélette à deux mâts.

Depuis le début de sa mésaventure, Didier Épars a été victime de pillage sur la goélette, mais l'armée cubaine lui a refusé le droit d'installer sa tente sur la plage pour la surveiller.

En garde à vue

Il est en garde à vue à l'hôtel Maria La Gorda, centre de villégiature géré par l'armée cubaine qui a aussi une petite base militaire adjacente à l'hôtel, le tout situé dans le parc national Guanahacabibes, un territoire isolé de 400 kilomètres carrés sur la péninsule du même nom à l'extrémité ouest de l'île de Cuba.

Le pillage avait cessé depuis une quinzaine de jours, mais ce dernier vol vient ajouter au fardeau déjà lourd du skipper naufragé.

Didier Épars s'interroge d'ailleurs sur la provenance des pilleurs, le parc national étant inhabité et le village le plus proche, El Cayuco, n'est pas au bord de l'eau, mais bien dans les terres à 45 kilomètres de Maria La Gorda.

Il est toutefois évident que le vol a nécessité l'usage de bateaux et les seules embarcations à proximité sont celles de l'armée, récemment remises à flot après avoir été en réparation durant environ deux semaines.

M. Épars a signalé son intention de porter plainte à la police et à l'ambassade, mais La Presse canadienne n'était pas en mesure de confirmer que les plaintes avaient bel et bien été acheminées au moment d'écrire ces lignes.

Délai inexplicable

Ce vol est d'autant plus décourageant qu'il n'aurait jamais dû survenir; l'armée avait avisé M. Épars, le 23 mars dernier, que le sauvetage aurait lieu le mardi suivant, soit le 26 mars, mais le permis se fait toujours attendre sans qu'aucune explication sur le retard ne lui ait été fournie.

L'intermédiaire en assurance, la firme britannique Concept Spécial Risks, s'interroge également sur ce délai.

Dans un courriel à La Presse canadienne plus tôt cette semaine, son représentant, Mark Thomas, a précisé que c'est une firme cubaine de sauvetage, aussi gérée par l'armée, qui est responsable de l'obtention du permis.

Selon M. Thomas, l'entreprise a multiplié les demandes de renseignements sur le navire et son équipage et il ajoute «qu'une portion importante de l'information demandée ne semble pas pertinente, mais ils insistent».

Du côté de l'ambassade canadienne, celle-ci a eu de longs échanges avec M. Épars plus tôt cette semaine et cherche à obtenir des explications des autorités cubaines sur ce délai anormal.

La ministre québécoise des Relations internationales, Nadine Girault, a pour sa part confié dans une entrevue avec La Presse canadienne vendredi, que son cabinet suit la situation de près en collaboration avec l'ambassade canadienne à Cuba. «On a offert notre support à l'ambassade, mais on a un peu les mains liées là-dessus parce que c'est vraiment de compétence fédérale», a-t-elle rappelé.

L'ambassade cubaine à Ottawa, de son côté, n'a pas rappelé La Presse canadienne.

Menace de saisie

Didier Épars a été forcé d'échouer volontairement la Grosse Île à la suite d'une avarie de moteur lors d'une violente tempête le 27 janvier afin de sauver le navire et assurer sa sécurité et celle de son fils, Vincent, qui a quitté Cuba depuis longtemps.

Depuis, il doit demeurer sur place puisque Cuba menace de saisir la goélette s'il s'en va, ce qui constituerait un abandon selon les autorités cubaines, mais il n'a que peu de liberté de mouvement dans ce territoire sauvage.

Des documents obtenus par La Presse canadienne démontrent par ailleurs qu'un représentant militaire cubain a tenté de marchander la remise en liberté de M. Épars contre son voilier, et ce, dans une lettre écrite à la main, mais portant un sceau officiel cubain.

Le déséchouement du navire a également été retardé dans les premières semaines en raison d'un imbroglio entre le capitaine et son assureur, imbroglio qui a été résolu depuis.

La firme de sauvetage cubaine s'était présentée sur place sans avertissement une première fois le 1er mars, exigeant la somme exorbitante de 270 000 euros (409 000 $CAN) pour déséchouer le navire, avant de rebrousser chemin.

La Grosse Île est la dernière goélette du Saint-Laurent toujours en activité, ayant été entièrement restaurée par Didier Épars qui lui a ajouté des voiles.

Ces petits navires, autrefois nombreux sur le fleuve, effectuaient aux XIXe et XXe siècles du cabotage — c'est-à-dire du transport de passagers et de marchandises sur de courtes distances.

Surnommées «les voitures d'eau», elles n'étaient toutefois pas munies de voiles, mais plutôt propulsées par un moteur.