Un échantillon de cannabis

La moitié des pédiatres ont des patients consommateurs de cannabis

TORONTO - Près de la moitié des pédiatres interrogés au sujet du cannabis dans le cadre d’un sondage ont révélé avoir eu affaire à un jeune patient qui avait consommé de la marijuana pour des raisons médicales.

L’étude menée pour le Programme canadien de surveillance pédiatrique (PCSP) indique en effet que 419 des 835 répondants ont eu un patient ayant consommé du cannabis obtenu légalement ou illégalement afin de remédier à un problème de santé.

Le sondage publié jeudi ne fournit pas de détails sur le nombre de cas impliquant de la marijuana obtenue illégalement, la nature des problèmes traités et l’âge des patients. Mais le chercheur principal, Richard Bélanger, a déclaré avoir été surpris par le nombre de jeunes consommateurs de cannabis et a affirmé que cette découverte soulignait l’importance de donner davantage de renseignements à ce sujet aux médecins, aux parents et aux patients.

Le pédiatre, qui pratique au Centre mère-enfant Soleil du CHU de Québec et est professeur adjoint au département de pédiatrie de la Faculté de médecine de l’Université Laval, note que plus d’un tiers des pédiatres interrogés, soit 316 médecins, ont confié avoir reçu une demande de la part d’un parent ou d’un patient adolescent pour une prescription de cannabis.

Seulement 34 médecins ont dit avoir prescrit la substance, la plupart des autres pédiatres ayant exprimé des réserves par rapport à l’efficacité de la marijuana et son impact sur les jeunes cerveaux en développement ainsi que des inquiétudes concernant les risques d’abus et de dépendance.

L’étude a été effectuée au printemps 2017 dans le cadre d’une enquête plus vaste du PCSP sur une série de questions délicates, dont la maladie de Lyme, le virus Zika et les troubles alimentaires.

Selon M. Bélanger, les chercheurs ont été étonnés de voir qu’autant d’enfants et d’adolescents semblaient consommer de la marijuana pour des raisons médicales.

«Nous pensions que c’était moins que cela, a-t-il reconnu. Le message le plus important ici, c’est que le cannabis n’est pas seulement un enjeu chez les adultes, que ce soit pour l’usage récréatif ou médical. Parfois, lorsque nous considérons ce traitement, nous avons tendance à oublier les enfants et ça ne devrait pas être le cas.»

Le pédiatre et chercheur a dit soupçonner que les enfants autorisés par leur médecin à consommer de la marijuana souffraient de diverses maladies, dont l’épilepsie réfractaire, la paralysie cérébrale et la douleur chronique, alors que les adolescents consommaient probablement du cannabis obtenu illégalement pour traiter d’autres problèmes comme l’anxiété et la dépression.

Le sondage a également permis de découvrir que la forte majorité des répondants connaissaient peu ou pas les raisons pour lesquelles la marijuana pouvait être prescrite à un enfant ou à un jeune, de même que les produits disponibles et les doses requises.

Même si la marijuana médicinale est disponible depuis 2001, plusieurs questions demeurent sans réponse, a affirmé Richard Bélanger.

«C’est un sujet brûlant, a-t-il soutenu. Il y a largement de la place pour que la Société canadienne de pédiatrie ou d’autres associations ou autorités fournissent plus de renseignements sur les possibles avantages et les effets néfastes probables pouvant être associés à l’utilisation du cannabis pour des raisons médicales.»