Le recteur de l'UQTR, Daniel McMahon, a rencontré les représentants des médias lundi soir.

La ministre David débarque à l'UQTR

Trois-Rivières — «Je ne démissionnerai pas», a indiqué le recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Daniel McMahon, lundi. Le recteur a convoqué les médias à la dernière minute, en soirée, pour faire le point et même se vider un peu le cœur. «Québec peut me le demander, je vais refuser», ajoute-t-il. «Le Conseil des ministres peut décider de mon sort», puisque c’est lui, rappelle-t-il, qui l’a placé à ce poste pour redresser les finances d’une université très déficitaire.

En soirée, lundi, la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, a écrit ceci sur les réseaux sociaux. «Après de nombreux essais infructueux visant à trouver une issue pour assurer une meilleure sérénité dans les négociations et ce jusqu’en toute fin d’après-midi aujourd’hui (lundi) je me vois donc dans l’obligation d’informer ceux et celles qui ont décrété le lock-out qu’ils ne peuvent plus compter sur ma confiance. Dans les circonstances, je serai à l’UQTR demain (mardi).»

«Ils ont le pouvoir de me démissionner. Ils ont le pouvoir de démissionner le conseil d’administration puisque c’est le conseil des ministres qui les nomme», a indiqué le recteur. «Le gouvernement a tous les pouvoirs. S’il adopte une loi spéciale, on va s’y plier, mais qu’il prenne une décision non pas sur ce qu’il voit dans les réseaux sociaux, mais sur la réalité réelle de l’Université. S’ils pensent qu’ils ont un mauvais gestionnaire, qu’ils en prennent un autre», a indiqué le recteur.

Hélène David

«Et s’ils pensent qu’ils ont un mauvais conseil d’administration, ils en nommeront d’autres», a renchéri le président du C.A., Robert Ricard.

«Ce qui s’oppose, c’est deux choses. Une gestion politique de la situation et une gestion saine et administrative de la situation», estime Daniel McMahon. «On nous demande de faire tout le contraire de tout ce qu’on enseigne au niveau de la saine gestion», déplore-t-il.

Le recteur a indiqué qu’il était prêt à reprendre les discussions avec le Syndicat dès mardi matin et le Syndicat a lui aussi indiqué qu’il était prêt à poursuivre les négociations.

Le recteur a expliqué que le noyau de cette difficile négociation, c’est une clause ascenseur. «Quand il a été établi qu’il y avait un plancher d’emploi à 381 professeurs, ça valait 7700 étudiants équivalents temps plein. À chaque fois qu’il y a 30 étudiants équivalents temps plein complet, ça ajoute un prof. On gravite autour de 10 300 étudiants. On serait donc tenu, en juin, d’avoir 466 profs en vertu de la clause ascenseur», résume le recteur.

«Si l’on va sur cette logique de 466 profs, on va être condamné à devoir aller revoir les programmes que l’on offre», prévient-il «et se concentrer là où l’on génère des étudiants», dit-il. «Le conseil ne veut pas aller là. On ne veut pas fermer de programmes.»

«Il y a un vice dans la formule de la clause ascenseur. Si l’on ne crève pas cet abcès-là, on est coincé pour le développement de l’Université», croit le recteur qui craint «pour la survie d’une université à vocation générale.»

«On ne congédie pas de professeurs qui ne sont pas permanents. On est en train de parler de postes de professeurs qui n’existent pas et l’on se bat pour un chiffre théorique qui est inaccessible par rapport à la situation financière de l’Université», plaide-t-il. «C’est ça l’enjeu.»

On sait que le gouvernement est sur le point d’annoncer un réinvestissement dans les universités. «Si l’on prend notre budget 2018-2019, on avait déjà anticipé 5,8 millions $ des sommes qu’on va recevoir et on va en recevoir 6,9 M $. C’est déjà dans notre budget», dit-il et l’on a un déficit prévu de 8,9 M $», précise-t-il. «On sait déjà qu’on va devoir présenter un plan de redressement révisé au gouvernement parce que cette année, avec ce qu’on a mis sur la table, on va faire un déficit de 9,9 M $ au lieu de 8,9 M $», dit-il.

Le plan de redressement était de cinq ans et deux ans se sont écoulés. «Pour les trois années qui restent, on s’est organisé pour revenir à l’équilibre pour respecter notre engagement envers le gouvernement et la marge de manœuvre qu’on va avoir dans la dernière année du plan de redressement, c’est 40 000 $. On s’est saigné. On a tout mis sur la table. On ne peut pas dire qu’on ne fait pas d’efforts», plaide le recteur.

Daniel McMahon a indiqué que le gouvernement lui a proposé d’étendre son plan de redressement encore pendant cinq ans. «Fantastique. On va avoir eu sept années en plan de redressement (au lieu de cinq), sept années où l’on n’aura pas été capable d’embaucher le nombre de professionnels dont on a besoin, sept années où l’on n’a pas été capable d’avoir le matériel, outillage et appareillage dont on a besoin. C’est intenable, car si je les engage, les 466 profs, ils vont vouloir avoir des ordinateurs, des laboratoires, des équipements», dit-il. Or, il n’y aura plus d’argent pour ça, déplore-t-il.

«Vous ne viendrez pas me faire accroire qu’on est en train de bâtir un gros Cégep avec 445 profs. Voyons donc. Qu’on arrête de me charrier. On ne veut pas réduire l’offre de service de l’Université», assure-t-il.