Richard Therrien
Le réalisateur Ricardo Trogi et Guy Nadon lors du tournage de la série à Québec en juin dernier.
Le réalisateur Ricardo Trogi et Guy Nadon lors du tournage de la série à Québec en juin dernier.

«La Maison-Bleue»: épais mais drôle

CHRONIQUE / Rare qu’une série assume sa position de comédie pure comme le fait «La Maison-Bleue». Le public a souvent eu affaire à des hybrides de comédie et de drame dans les dernières années; une comédie dramatique n’est pas obligée de faire rire à chaque réplique, alors qu’une comédie pure échoue si elle n’y parvient pas.

Après avoir vu les quatre premiers épisodes, je peux dire que La Maison-Bleue réussit ce pari à plusieurs égards, du moins à partir du deuxième épisode, le premier m’apparaissant plus faible. S’il vous venait à l’esprit d’abandonner, persistez au moins jusqu’au troisième et vous verrez ensuite. Moi je sens que je serai accro.

Soyez averti : La Maison-Bleue, que signe le réalisateur Ricardo Trogi avec Daniel Savoie, ne joue pas dans la subtilité. Tout est gros, c’est de la caricature, et c’est voulu. Producteur et collaborateur aux textes avec François Avard, Louis Morissette le dit : La Maison-Bleue «s’assume dans sa niaiserie et son humour très épais». La dernière fois que quelqu’un s’était vanté de son «humour épais», c’était à TVA pour la comédie Avoir su, morte après un an. La Maison-Bleue connaîtra un meilleur sort, j’en suis certain.

Dans le monde parallèle de La Maison-Bleue, le Québec est indépendant depuis 1995, mais plongé plus que jamais, 25 ans plus tard, dans un débat... référendaire pour retourner dans le Canada. Jacques Hamelin (Guy Nadon), quatrième président après Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et... Mario Tremblay, est au plus bas dans les sondages. Tout le monde y passe dans La Maison-Bleue, et aucun camp ne semble moins abruti qu’un autre. Finalement, Jacques Hamelin apparaît comme le plus sensé de tout ce beau monde. L’épouse du président, Mireille (Anne-Marie Cadieux), n’a pas inventé le bouton à quatre trous, et suit des cours d’anglais très particuliers avec un Apollon. Leur chauffeur et garde du corps Stéphane Boisclair (Dominic Paquet) fait appel à ses anciens amis scouts pour sécuriser Sillery pendant la visite du président américain, et répond en phrases de chansons pour dissimuler son anglais minable. Quant au vice-président Gilbert Boudreau (Claude Despins), c’est le pire des idiots, mais aux répliques savoureuses.

Parce qu’on rit énormément en regardant La Maison-Bleue; la série a beaucoup de rythme et regorge de références au réel, de Pierre-Yves McSween à la poutine de Chez «Austin». À plusieurs reprises, on nous montre l’émission «Coude à coude», un genre de Joute, où deux commentateurs se picossent sans arrêt. Myriam Leblanc est fabuleuse dans le rôle de Caroline Dumas, qui rappelle vaguement Liza Frulla, dans le ton et l’allure, mais beaucoup plus cynique. Elle représente la droite fédéraliste alors que son rival, joué par Frédéric Pierre, la gauche souverainiste. «Réjean Houle est le meilleur juge en chef de la Cour suprême qu’on n’a jamais eu!» dira Caroline Dumas, faisant référence du mandat précédent de Mario Tremblay. Sachez que l’ancien joueur du Canadien fera une apparition remarquée.

Dans les premiers épisodes, Hamelin reçoit un appel du président américain, Lester P. Richards (Bruce Dinsmore), qui souhaite lui échanger une partie de la Floride en retour du territoire au nord du 53e parallèle. La première dame se voit déjà se prélasser sur les plages de Fort Lauderdale. Mais avant, le couple devra gérer une crise occasionnée par sa fille adoptive Gabrielle (Anyjeanne Savaria), qui a commencé à consommer du cannabis, légal au Canada, mais pas encore au Québec.

Quand Les Bougon ont commencé, une partie de la presse craignait que le public ne soit pas prêt à un humour aussi corrosif. Le public a embarqué complètement, parce qu’il y avait un propos derrière. On verra comment la démonstration d’un major noir originaire de Trois-Rivières (Richardson Zéphir) qui parle avec le plus gros accent québécois de toute la distribution, et la représentation d’un pays souverain dont l’armée est en ruines et qui semble géré par une troupe de morons seront reçus par ce même public. Posons-nous seulement la question : est-ce qu’on peut juste avoir envie de rire un moment?

Au fait, la fameuse Maison-Bleue, qui possède son propre bureau ovale, n’est pas à Sillery comme dans l’histoire, mais bien sur l’Île Bizard, au nord-ouest de Montréal. Les 10 demi-heures seront d’abord disponibles sur l’Extra d’ICI Tou.tv à partir de jeudi.

ENFANTS DE QUÉBEC

C’est ce soir que toute l’heure des Enfants de la télé est consacrée à Québec, à 20h sur ICI Télé. La grande majorité de l’assistance était composée de gens de Québec, venus en autobus à Montréal. Pratique quand un des invités a des souvenirs flous du passé, et que des spectateurs lui rafraîchissent la mémoire! «Au coin de l’avenue Myrand!» crie une dame quand il est question des épiceries Jato. Lorsque Pierre-Yves Lord se souvient que le stationnement de Place Fleur de Lys était l’endroit idéal pour éviter de payer celui du Colisée, la foule approuve. Vous verrez deux pubs locales qui ont très mal vieilli, mais le segment le plus réussi est sans doute celui du hockey avec «l’anti-Canadien» Patrice Robitaille. Je n’étais ni un fan des Nordiques ni du Canadien et j’ai eu des frissons en revoyant certaines images, accompagnées d’Hymne à Québec de Loco Locass. Je n’aurais pas dit non à ce qu’on ressorte des perles des équivalents de Boubou comme Louvain à la carte, Devine qui vient dîner? et Via Québec. Des invités-surprises apparaîtront aux côtés des Marie-Thérèse Fortin, qu’on voit bafouiller 100 fois dans une vidéo corporative hilarante des Caisses populaires, François Morency, à qui on présente des nudistes à Bla bla bla, François Létourneau, Myriam Leblanc et Louise Beaudoin.