Grâce à une glorieuse carrière, Jean-Guy Talbot compte de nombreux précieux souvenirs, dont ces deux bagues à l’effigie du Canadien et des Blues. Mais l’objet le plus cher à ses yeux demeure sa bague représentant ses cinq conquêtes consécutives de la Coupe Stanley qu’il a léguée à son fils.

La dynastie des dynasties

Les objets peuplent nos vies et nos maisons. On les garde souvent par utilité, parfois par attachement sentimental. En ce début d’année, les journaux du Groupe Capitales Médias vous présentent des gens à travers un objet fort en symbole, en souvenirs et en émotions.

L’objet de ma vie

Avec une carrière de 17 saisons dans la Ligue nationale de hockey, dont 12 avec le Canadien de Montréal, Jean-Guy Talbot a accumulé de nombreux objets de collection très précieux à ses yeux. À travers ses sept conquêtes de la Coupe Stanley avec le Tricolore et ses trois participations à la finale avec les Blues de St-Louis, un souvenir remplit particulièrement de fierté le légendaire numéro 17: la bague que le Canadien lui avait offerte pour souligner les cinq victoires consécutives de la Coupe Stanley, entre 1956 et 1960.

À l’époque, la direction du Bleu-blanc-rouge avait décidé d’honorer les 12 joueurs ainsi que l’entraîneur Toe Blake pour l’accomplissement de ce record qui tient encore aujourd’hui. «On est juste 13 à avoir reçu cette bague. C’est un honneur très spécial!»

Aux côtés de Jean-Guy Talbot et de l’entraîneur Toe Blake, on retrouve sur cette prestigieuse liste les noms de Maurice Richard, Henri Richard, Jean Béliveau, Doug Harvey, Jacques Plante, Dickie Moore, Bernard Geoffrion, Tom Johnson, Claude Provost, Don Marshall et Bob Turner. «Pour avoir un club gagnant, il fallait que tout le monde se tienne. Oui, on avait de bonnes équipes, mais on travaillait aussi très fort. Et surtout, on avait peur de perdre!», souligne le Trifluvien de 86 ans.

Saisir sa chance

Entre 1955 et 1971, Talbot a disputé 1066 matchs de saison régulière et 151 rencontres de séries éliminatoires, amassant un total de 315 points, dont 47 buts. C’est à l’automne 1955 que le robuste défenseur a réussi à faire sa place avec le grand club, après une saison couronnée de succès au sein des Cataractes de Shawinigan dans la Ligue de hockey senior du Québec.

Des blessures successives à Bud McPherson – «un colosse de 6 pi 4po et 230 livres» – et au vétéran Émile «Butch» Bouchard ont ouvert la porte à Talbot qui avait dû se contenter d’un rôle de spectateur lors des 12 premiers matchs de la saison. Il faut croire que son impact aura été positif puisque le Canadien a ensuite remporté cinq championnats de suite!

«Nous sommes trois à être arrivés en même temps avec le Canadien. Il y avait Henri Richard, Toe Blake et moi. Quand on a gagné la Coupe Stanley, on n’arrêtait pas de dire aux autres joueurs de l’équipe qu’ils étaient chanceux de nous avoir eus. On les agaçait pas mal et Maurice (Richard) nous disait de nous tenir tranquilles», se rappelle celui qui a aussi porté l’uniforme des Blues de St.Louis, des Red Wings de Detroit, des North Stars du Minnesota et des Sabres de Buffalo.

Fierté défensive

Tout au long de son passage chez les Glorieux, Talbot a œuvré dans l’ombre des légendes du club. Pendant que Maurice Richard, Henri Richard et Jean Béliveau braquaient les projecteurs vers eux, en remplissant le filet adverse, le numéro 17 s’assurait de protéger la forteresse défendue par Jacques Plante.

Il faisait d’ailleurs de son succès défensif une grande fierté. «Tom Johnson et moi, on jouait ensemble et on avait des bonus reliés aux buts contre. Pour nous, c’était très important les plus et les moins. De toute façon, des bons scoreurs, on en avait en masse!»

En revisitant cette séquence historique de cinq championnats, Talbot admet être choyé d’avoir fait partie de la dynastie des dynasties. «Tout le monde joue au hockey mais ce n’est pas tout le monde qui a la chance de gagner la Coupe Stanley. Il y a des gars comme Marcel Dionne et Gilbert Perreault qui n’ont jamais gagné. Il faut être à la bonne place au bon moment et je suis privilégié d’avoir pu en gagner sept, dont cinq de suite. Je ne pense pas que ça va se voir un jour, cinq championnats de suite. La dynamique a beaucoup changé. À l’époque, il y avait six équipes et aujourd’hui ils sont rendus à 31 clubs.»

L’irrésistible épopée du Canadien avait été freinée au printemps 1961 lorsque les Blackhawks de Chicago ont surpris les champions en demi-finale, avant de soulever le précieux trophée au terme d’une finale contre les Red Wings.

La bague des cinq championnats aurait-elle contribué à briser la magie? Sourire en coin, Jean-Guy Talbot assure que non! «Après la cinquième victoire, on a perdu quelques bons joueurs. Doug Harvey et Dollard Saint-Laurent avaient été échangés, entre autres», mentionne Talbot, qui a de nouveau eu l’honneur de tenir le trophée de Lord Stanley au bout de ses bras deux autres fois, en 1965 et 1966.