Marie-Louise Tardif, députée de Laviolette - Saint-Maurice, dénonce les dernières semaines de vie de son père à l’Hôpital Hôtel-Dieu de Québec.

La députée Marie-Louise Tardif en mission: «Le système de santé est malade»

Shawinigan — Révoltée par le fait que l’Hôpital Hôtel-Dieu de Québec n’ait pas réussi à protéger son père contre une pneumonie qui l’a finalement condamné à son dernier souffle, la députée de Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, interpelle ses collègues afin que des améliorations concrètes se produisent dans le complexe univers de la santé au Québec.

Lauréan Tardif, un agronome qui a laissé sa marque pour sa contribution dans la conception de la Loi sur la protection du territoire agricole, a été admis à l’Hôtel-Dieu à la fin juin. Souffrant d’un cancer de la prostate, l’homme de 88 ans ressentait alors de vives douleurs au dos.

«Du jour au lendemain, il ne sentait plus ses jambes», raconte la députée, au travail mercredi même si elle avait perdu son père quelques heures plus tôt. «Il est allé à l’urgence et on lui a dit qu’il ne marcherait plus jamais. Une métastase a écrasé une vertèbre et sa moelle épinière, de sorte qu’il a perdu l’usage de ses deux jambes.»

L’octogénaire est donc demeuré à l’hôpital pendant tout l’été. La famille réclamait une chambre privée ou une place dans un autre établissement, sans succès. En août, M. Tardif contracte une pneumonie qui allait devenir fatale.

«Il y a un roulement de personnel et un roulement de résidents qui viennent voir les patients», explique la députée. «Il n’y a tellement pas de place pour les malades que dans la même chambre, des gens en santé côtoient des personnes contagieuses. Les patients n’ont aucune protection.»

«On nous disait qu’il ne mourrait pas du cancer de la prostate, mais peut-être d’autre chose parce qu’il était à l’hôpital!», dénonce Mme Tardif.

«Les médecins, les résidents, les préposés nous disaient que c’était fréquent! C’est fâchant d’entendre ça. Doit-on accepter ça, parce qu’il n’y a pas de place dans le système actuel? Nous demandions des places en CHSLD, au privé. Il était prêt à sortir, avant d’attraper sa pneumonie. Les médecins disaient d’ailleurs qu’il aurait dû sortir de l’hôpital depuis longtemps.»

En plein deuil, Mme Tardif se culpabilise de ne pas avoir davantage appuyé sa mère de 85 ans dans cette épreuve, elle qui se déplaçait chaque jour au chevet de son époux.

«Ce qui est choquant pour moi, c’est qu’en un sens, j’ai un degré de culpabilité parce que je me dis que j’ai peut-être trop travaillé. Je n’ai pas été présente à toutes les semaines, à tous les jours où il était à l’hôpital. Pour la population en général, quand quelqu’un est à l’hôpital, on fait confiance au système, aux professionnels qui sont là.»

«On se sent impuissant, on sent une forme d’injustice par rapport à ce système de santé», ajoute-t-elle. «Je me demande si j’aurais pu faire plus. J’aurais dû me battre pour lui, le défendre, surveiller davantage. Le système de santé est vraiment terrible. Il y avait de l’argent dans les coffres de l’État quand nous sommes arrivés au pouvoir, mais la qualité de vie des gens ne se remplace pas par de l’argent dans un coffre-fort. Ça aurait été mieux qu’il y ait moins d’argent et que ce soit mieux géré. On aurait moins de problèmes actuellement et il y aurait moins de gens en détresse, tant chez les travailleurs que chez les patients.»

Mme Tardif s’est emportée en prenant connaissance de la manchette du Nouvelliste de mardi, où des aberrations ont été dénoncées au Centre d’hébergement de soins de longue durée Laflèche.

«Dans les hôpitaux, le personnel médical n’a pas le temps d’être à l’écoute de chaque patient», observe-t-elle. «Les gens traitent du mieux qu’ils peuvent, avec les moyens qu’ils ont.»

«Quand je lis les problèmes au CHSLD Laflèche, ça me brise le cœur. Le système de santé est malade, vraiment.»

Cet étroit contact avec les réalités du réseau et la triste conclusion qui la touche l’ont convaincue de se retrousser les manches. Mme Tardif a déjà alerté la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann et la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, sur l’urgence d’agir. Mercredi après-midi, elle rencontrait Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnels en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec, pour lui partager son histoire et le combat qu’elle compte mener.

«Je vais utiliser le reste de mon mandat pour travailler avec les ministres McCann et Blais pour essayer de trouver des solutions», promet-elle. «Les médecins m’ont demandé de les aider, parce qu’ils sont en détresse.»

«En 2019, on devrait être rendu plus loin», termine la députée. «Quand des médecins me disent que la réforme Barrette est une catastrophe, quand ils me demandent si nous pouvons faire marche arrière, je prends ça comme un appel du cœur. Il faut faire quelque chose et ça urge.»