Ex-patrouilleur à la Ville de Québec, Jean-Bernard Lajoie est coupable d’avoir donné de la cocaïne à deux jeunes femmes, dont une mineure, et d’avoir utilisé le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ) pour éviter que sa double vie ne soit découverte.

La déchéance d’un policier médaillé

Jean-Bernard Lajoie a déjà eu un uniforme, un insigne et même une médaille pour son travail de policier. Il est aujourd’hui coupable d’avoir donné de la cocaïne à deux jeunes femmes, dont une mineure, et d’avoir utilisé le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ) pour éviter que sa double vie ne soit découverte.

La tête penchée vers le plancher, Lajoie, 35 ans, reste prostré dans le box des détenus après avoir entendu les verdicts de culpabilité. Ses parents, assis dans la salle, sont tout aussi immobiles.

Deux représentants de l’exécutif de la Fraternité des policiers sont les seuls agents de la police de Québec présents. La Fraternité a déposé un grief après le congédiement de Lajoie, deux semaines après la mise en accusation. La condamnation criminelle pourrait faire tomber le grief.

Après avoir passé la majorité des procédures en liberté, Jean-Bernard Lajoie est de retour en prison. Il a été arrêté dimanche avec une petite quantité de cocaïne sur lui.

Cette rechute survient moins de trois mois après la fin d’une thérapie.

Lente descente

En 2011, Jean-Bernard Lajoie, patrouilleur à la Ville de Québec, avait, avec son partenaire de patrouille, sauvé la vie d’un jeune homme qui tentait de se suicider près de la marina St-Roch.

Lajoie s’était précipité pour couper la corde serrant le cou du malheureux et avait aidé à le repêcher dans la rivière.

En mai 2013, le ministre de la Sécurité publique lui avait remis une médaille en soulignant «l’intervention rapide» et «le dévouement exemplaire» du policier et de son collègue.

Pourtant, à la même époque, le policier Lajoie s’enfonce tranquillement.

Consommateur de drogue, il se sent surveillé. Le policer va se mettre à faire des recherches au CRPQ pour vérifier si ses collègues ont sa voiture dans la mire.

Au total, en un peu moins de trois ans, Lajoie vérifiera 29 fois pour sa propre plaque d’immatriculation. Il profite de moments où il est seul à bord de la voiture de patrouille ou dans un bureau pour ouvrir l’ordinateur. Ces vérifications sont contraires aux directives du Service de police de la Ville de Québec et mèneront à une accusation criminelle.

Le policier ne fabule pas; ses collègues l’ont bien repéré à au moins une occasion. En décembre 2014, Jean-Bernard Lajoie est observé au volant de son véhicule stationné à Beauport, en train de parler à un autre conducteur. Le scénario rappelle les transactions de drogue. Lajoie part dès qu’il voit ses collègues policiers s’approcher. Ceux-ci confirmeront que le VUS Porsche suspect était bien celui de Lajoie.

La défense a tenté de démontrer que le policier accédait à répétition au CRPQ pour empêcher le système de tomber en veille.

Le juge Robert Sansfaçon de la Cour du Québec a qualifié de «non plausible» cette explication. Le juge a été convaincu hors de tout doute raisonnable que le policier Lajoie avait bien commis un abus de confiance et une utilisation non autorisée de son ordinateur.

Rencontré sur un barrage routier

Deux jeunes femmes sont venues témoigner lors du procès avoir consommé de la cocaïne offerte par Jean-Bernard Lajoie à son condo de Beauport.

L’une d’elles avait 17 ans lorsqu’elle a rencontré le policier sur un barrage routier. Elle n’avait pas bu, mais n’a pu fournir les enregistrements du véhicule. Le policier Lajoie avait décidé de laisser repartir la jeune conductrice sans billet d’infraction.

Le policier retrace la jeune femme via Facebook et les deux décident de souper ensemble chez Lajoie.

La jeune femme témoigne avoir vu un sac de poudre blanche. Elle se demande si le policier ne veut pas lui faire passer une sorte d’épreuve pour savoir si elle est consommatrice.

Les deux consomment plusieurs lignes. Lajoie fait même livrer une quantité supplémentaire de drogue.

En fin de soirée, la jeune femme décide de partir. Le policier proteste en lu disant qu’il ne «lui avait pas fait à souper et donné de l’alcool et de la drogue pour rien». Elle accepte d’avoir une relation sexuelle avec le policier.

Même si la cocaïne a été donnée, reste que le policier Lajoie s’est livré à du trafic, a estimé le juge Sansfaçon.

Les représentations sur la peine auront lieu à la fin octobre.