La Coopérative nationale de l’information indépendante sur la ligne de départ

Je ne suis pas porté sur les superlatifs. Les expressions pompeuses m’agacent — si galvaudées. N’empêche, je pèse mes mots : nous vivons un moment historique cette semaine pour la presse écrite d’ici.

Avec la conclusion d’ententes à long terme avec sept partenaires financiers, Le Soleil et ses cinq cousins régionaux — Le Nouvelliste, La Tribune, Le Droit, Le Quotidien et La Voix de l’Est — se voient offrir la possibilité d’un avenir.

C’est énorme.

Rappelons-nous le choc du 19 août. Tout aurait pu s’arrêter brusquement, sèchement, pour plus de la moitié de la presse québécoise. D’un coup sec. Boom.

Aujourd’hui, six mois plus tard, nous voilà devenus coops, en pleine relance, enthousiastes. Nous, employés, désormais propriétaires de nos médias, mieux outillés pour leur bâtir un futur, dans un environnement hostile où notre désir d’innover nous permet d’espérer.

Ça, et l’engagement fantastique de nos équipes — d’une résilience admirable.

Ça, et l’appui indéfectible de nos communautés, tout au long des six derniers mois — merci!

Des mois qui furent, oui, riches en rebondissements. Où parfois le doute s’est invité. Sur notre capacité à accoucher dans des délais si rapides d’un projet assez solide pour générer l’adhésion. D’abord dans nos équipes. Puis de nos communautés. Et aussi d’éventuels partenaires financiers, essentiels pour donner à notre groupe les ressources pour se relever.

La liste serait longue de ceux et celles que j’aurais envie de remercier, pour leur implication et leur confiance dans le montage de ce projet inédit. Nous sommes aujourd’hui le plus grand groupe de presse sur le modèle coopératif au pays. Et nous sommes de plus en plus nombreux à croire que ce modèle de propriété convient parfaitement aux défis de notre temps pour les médias.

C’est un des sens qu’il faut donner à l’engagement de nos partenaires financiers, qu’il me faut ici saluer : Desjardins Capital, Investissement Québec, Fondaction, la Caisse d’économie solidaire, le Fonds des travailleurs FTQ, la Fiducie du Chantier de l’économie sociale et le Réseau de l’investissement social du Québec.

Il y a quelque chose de profondément rassurant de voir ces acteurs clés du développement économique québécois manifester par leur engagement non seulement leur appréciation de la viabilité de notre projet, mais aussi leurs convictions que l’information est un bien collectif qu’il faut participer à préserver, partout sur le territoire.

Ces partenaires financiers partagent avec nous une valeur essentielle : s’informer n’est pas un luxe accessoire, c’est une nécessité, un besoin. La disparition de nos quotidiens aurait un effet néfaste sur le tissu social, le développement de nos communautés, la santé démocratique de celles-ci.

Ces partenaires croient aussi à l’indépendance de nos rédactions, essentielle pour conserver la confiance des citoyens. Or, on sait que cette confiance devient aujourd’hui vitale, alors que les médias deviennent des garde-fous devant la désinformation qui glisse sur nos écrans — voir tout ce qui se diffuse sur le coronavirus…

L’appui de nos partenaires n’est pas qu’une profession de foi. Il prend acte du solide soutien des communautés (vos dons, qui totalisent 2,7 millions $). Il découle surtout d’une analyse fine de notre modèle d’affaires, de notre plan de développement. Et de notre capacité à nous transformer.

Car il est clair qu’aucun partenaire ne serait monté à bord si nous avions pour seule ambition de poursuivre nos opérations sur le même modèle. Faire la même chose, mais mieux? C’est un début, mais ce n’est plus suffisant.

Il est inévitable que notre futur sera de plus en plus numérique. Il serait irresponsable de ne pas prendre acte des changements radicaux qui s’opèrent dans les manières de s’informer des nouvelles générations. Et dans les besoins nouveaux de nos partenaires d’affaires pour les rejoindre.

Il faudra faire mieux. Améliorer nos contenus. Changer les manières de raconter nos histoires. Développer de nouveaux points de contacts avec nos lecteurs. À des moments plus variés dans la journée. Dans des formats nouveaux.

L’imprimé restera, mais il prendra inévitablement moins de place dans le futur. Nous sommes engagés dans une transition numérique où nous instaurerons prochainement un modèle d’abonnements payants. Parce qu’il y a un coût au journalisme de qualité. Et parce que pour espérer durer, il faut le support de nos communautés. Avec le devoir et la responsabilité qu’il induit : être encore plus pertinent.

Vous l’avez compris, la conclusion de ces ententes avec sept partenaires n’est pas une conclusion en soi. Plutôt un coup d’envoi. Elle ne fait, au fond, que nous placer sur la ligne de départ. Désormais mieux équipés pour réussir.

Et plus confiants.