Me Michel Lebrun et Normand Trahan, photographiés lundi au palais de justice de Trois-Rivières

La compétence de la SPCA remise en doute

TROIS-RIVIÈRES — Non seulement deux vétérinaires estiment que les animaux du Zoo de Saint-Édouard doivent demeurer sur place afin d’assurer leur bien-être, Jacinthe Bouchard croit que leur état s’est dégradé en raison de la mauvaise gestion des lieux effectuée par la SPCA de Montréal et par la Humane Society International, les deux organismes qui occupent les lieux depuis la saisie de l’entreprise le 21 mai.

Me Michel Lebrun, l’avocat représentant Normand Trahan, a annoncé mercredi au palais de justice de Trois-Rivières qu’il a remis au juge Rosaire Larouche une série de documents pour étayer ses requêtes en restitution des biens saisis. Ces documents sont un rapport d’une visite effectuée le 25 mai par la docteure Audrey Marquis et le docteur Jean-Sébastien Joyal. Les deux vétérinaires étaient de la visite effectuée par Me Lebrun et Jacinthe Bouchard, spécialiste du comportement animal et propriétaire de Zoo Académie. La docteure Marquis est la vétérinaire de Mme Bouchard. Un rapport sur l’état des lieux constaté par Mme Bouchard le 6 juin a aussi été remis au président du tribunal.

Cette visite du 6 juin a eu lieu afin de faire le suivi de la première et Mme Bouchard ne met pas de gants blancs lorsqu’elle livre ses conclusions. Selon elle, la condition des animaux s’est grandement détériorée en l’espace de 13 jours. «Les animaux sont amaigris, déprimés, atteints de blessures non traitées, leur détresse psychologique est incroyable», écrit Mme Bouchard, en soulignant que leur réaction à l’arrivée de Normand Trahan était très touchante, les animaux se dirigeant vers lui.

«Depuis la saisie du 21 mai, aucune action n’a été prise pour améliorer les conditions de vie de ces animaux, ce qui aurait dû être le cas si la motivation de la SPCA et HSI était réellement d’améliorer le bien-être animal», poursuit Mme Bouchard.

Elle fait valoir que les herbivores n’avaient pas accès à du foin et que les animaux «quémandaient et vocalisaient» leur besoin de nourriture. Les ours, logés dans un enclos dont le sol était couvert d’excréments, avaient du chou rouge et des poivrons à manger. Sauf que ces bêtes doivent se nourrir entre autres de moulée à chien et de viande.

D’après Mme Bouchard, tous les animaux ont accès à de l’eau à volonté. Des buvettes et des abreuvoirs sont disposés sur le site et l’eau n’est pas stagnante. La présence de seaux de plastique, ajoutés par la SPCA de Montréal et par HSI, selon elle, est inutile et dangereuse pour la santé des animaux qui peuvent s’y coincer un membre ou tout simplement les manger.

Des clôtures légales

La visite du Zoo de Saint-Édouard amène Jacinthe Bouchard à avancer que les clôtures sont légales et que les guillotines servant à isoler les grands fauves dans un parc intérieur fonctionnent.

«Il y a beaucoup de rouille qui n’est qu’en surface et n’affecte en rien la solidité de la structure. Le bas des clôtures des grands fauves pénètre dans le sol à 45 degrés sur une distance de quatre pieds, ce qui répond aux exigences légales, contrairement à ce qu’ont affirmé la SPCA et la HSI», écrit Mme Bouchard dans son rapport.

L’appréciation des installations a été faite en compagnie d’une personne spécialisée en structures de clôtures et enclos. D’après le rapport de Mme Bouchard, «aucune soudure cassée, refaite, réparée ou cassante» n’a été détectée. De plus, elle soutient que les cadenas du propriétaire du zoo ont été remplacés par des cadenas de mauvaise qualité qui ne respecteraient pas les normes de sécurité. «C’est le seul point qui pourrait expliquer l’évasion de deux tigres, car ces cadenas de vélo sont aisés à briser à la main».

Jacinthe Bouchard

Certains travaux doivent tout de même être effectués, comme l’ajout d’un verrou sur une barrière, le redressement d’une clôture et le remplacement de poteaux.

Des seaux dangereux

Les vétérinaires critiquent aussi la présence de seaux de plastique. Selon leurs observations, des ours avaient commencé à endommager ces seaux installés par HSI comme bols d’eau, alors que des buvettes se trouvent dans les enclos intérieurs et qu’elles sont accessibles en tout temps. Ces seaux servaient à abreuver aussi des coyotes, des loups et des léopards. Des morceaux de plastique risquaient d’être avalés.

Un pygargue à tête blanche est nourri de façon inappropriée, selon le rapport des deux vétérinaires. La diète carencée offerte à cette bête pose un danger pour sa santé à court terme.

Deux urubus à tête rouge sont logés dans une volière extérieure de grandeur appropriée. D’après les docteurs Marquis et Joyal, une gamelle métallique avec une grosse roche placée au fond du récipient et un seau de plastique contenant de l’eau ont été ajoutés par l’équipe de la HSI, alors que ces oiseaux ne s’abreuvent pas dans des plats.

Six paons ont été observés dans une grange bien aérée et lumineuse. Ils semblaient calmes et réussissaient à cohabiter sans agressivité.

Un zèbre, une antilope et une chèvre affichaient des onglons ou des sabots trop longs. Des lésions cutanées mineures pouvaient être observées sur une vache et un taureau.

Certains animaux comme des kangourous et des agoutis étaient gardés dans des enclos intérieurs propres, mais trop exigus, alors qu’ils auraient pu être placés dans les enclos extérieurs. Les makis katas avaient des amputations de queue et d’orteils bien cicatrisés. Cet état est probablement lié à des engelures.

De nombreux animaux, dont des chèvres, des lions, des tigres, des coyotes, des loups et des ours noirs, présentaient un état de chair normal à légèrement en surpoids. Les deux vétérinaires recommandent de sortir tous les animaux gardés à l’intérieur. Les coyotes doivent profiter d’un enclos plus grand et de plus d’abris.

Ces documents soumis par Me Lebrun feront possiblement l’objet d’un débat quant à leur admissibilité. La Couronne s’est opposée mercredi à leur dépôt, une étape qui doit se faire normalement dans le cadre des auditions selon les règles de procédures.

le 19 juin

C’est le 19 juin que le juge Rosaire Larouche annoncera s’il accueille ou non la requête de la Couronne de surseoir aux requêtes en restitution de biens présentées par Normand Trahan. Si cette requête est rejetée, les requêtes de la défense devront être entendues. Si elle est acceptée, la restitution de biens devra être débattue lors du procès criminel de Normand Trahan, accusé de cruauté et de négligence envers ses animaux.