La Caisse de dépôt et placement affiche un rendement positif pour 2018

MONTRÉAL — Au terme d’une année marquée par des reculs boursiers et une incertitude croissante, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a affiché un rendement de 4,2 pour cent l’an dernier, notamment grâce à la bonne performance de ses investissements dans les immeubles et infrastructures.

Si ce résultat dévoilé jeudi par le bas de laine des Québécois surpasse son indice de référence, fixé à 2,4 pour cent, il constitue néanmoins le plus faible depuis 2011 - lorsque le rendement avait été de quatre pour cent.

À l’occasion du dévoilement des résultats annuels, le président et chef de la direction de la CDPQ, Michael Sabia, n’a pas caché que la stratégie d’investissement de l’institution avait été «mise à l’épreuve».

«L’année 2018 a été très exigeante parce qu’elle pourrait être précurseure de ce qui nous attend, a-t-il dit, en point de presse. (Il y a eu de la) volatilité, la croissance économique a ralenti et les risques géopolitiques (ont augmenté).»

Celui-ci a également prévenu que le ralentissement économique mondial, qui est évident en Chine ainsi qu’aux États-Unis, va continuer à générer «beaucoup d’incertitude» en plus de continuer à générer de la volatilité.

Sur un horizon de cinq ans, le rendement du gestionnaire de régimes de retraite s’établit à 8,4 pour cent, soit 1,3 point de pourcentage de plus que l’indice de référence.

«Nous garderons donc le cap sur notre stratégie pour livrer des résultats solides à long terme», a indiqué M. Sabia.

Pour sa part, l’actif net était de 309,5 milliards $ à la fin du mois de décembre, alors qu’il était de 298,5 milliards $ au terme de l’exercice 2017.

Résultats sectoriels

Des rendements positifs ont été observés du côté des trois principales catégories d’actifs de la Caisse - les actions, les titres à revenu fixe et les actifs réels, comme les immeubles et les infrastructures.

Pour la catégorie des actions, qui représente près de la moitié du portefeuille de l’institution, le rendement a été de 3,5 pour cent, ou 4,8 milliards $. Cette performance est surtout attribuable à aux placements privés, qui ont livré un rendement de 16,6 pour cent.

Du côté des actifs réels, les investissements dans les infrastructures ont affiché une performance de 11,2 pour cent, alors que du côté des immeubles, la performance a été de 7,8 pour cent, mais inférieure à l’indice de référence de 12 pour cent.

Finalement, le rendement du secteur des titres à revenu fixe a été de 2,1 pour cent.

Quant à sa présence au Québec, l’institution dit avoir procédé à des nouveaux investissements et engagements de 7,3 milliards $, ce qui fait passer son actif total dans la province à 63,8 milliards $. La Caisse dit détenir des participations directes et indirectes dans 775 entreprises québécoises.

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Rendement annuel de la CDPQ:

- 2018: 4,2 pour cent

- 2017: 9,3 pour cent

- 2016: 7,6 pour cent

- 2015: 9,1 pour cent

- 2014: 12 pour cent

Rendement annualisé sur cinq ans: 8,4 pour cent

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TOUJOURS UN PILIER DE SNC-LAVALIN

algré un horizon à court terme qui s’annonce plus turbulent, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) n’a pas l’intention de larguer SNC-Lavalin en dépit de la tempête que celle-ci traverse actuellement.

Plus important actionnaire de la firme d’ingénierie avec une participation d’environ 20 pour cent, le bas de laine des Québécois y est allé d’un vote de confiance à l’égard de la multinationale établie à Montréal.

«Les marchés ont probablement réagi de façon exagérée récemment, a expliqué le président et chef de la direction de la Caisse, Michael Sabia, jeudi, à l’occasion du dévoilement des résultats annuels de l’institution. Cela représente une occasion d’investissement.»

En plus de ses démêlés avec la justice, SNC-Lavalin, qui dévoilera ses résultats du quatrième trimestre vendredi, a réservé de mauvaises surprises aux investisseurs depuis la fin janvier, en abaissant, à deux reprises, ses prévisions de bénéfices.

La firme est aux prises avec des problèmes d’exécution dans le cadre d’un projet minier au Chili en plus d’être confrontée à de l’instabilité en Arabie saoudite, en raison des tensions diplomatiques entre Ottawa et Riyad.

Cela s’ajoute aux accusations de fraude et de corruption qui pèsent sur l’entreprise au Canada depuis 2015 pour des gestes qui auraient été commis en Libye entre 2001 et 2011. Si SNC-Lavalin est reconnue coupable, cela pourrait l’empêcher de soumissionner sur des contrats fédéraux pendant 10 ans.

Toutes ces tuiles ont fait plonger le cours de la compagnie à la Bourse de Toronto, qui oscille actuellement aux alentours de 35 $.

Interrogé en conférence de presse, M. Sabia n’a pas voulu s’avancer sur les répercussions advenant une condamnation criminelle. Il a néanmoins voulu remettre les choses en perspective.

«Je pense qu’il est important de comprendre l’importance de l’ampleur du changement dans cette société au cours des dernières années, a-t-il dit. Il y a eu un nouveau conseil d’administration, une nouvelle direction. Il s’agit de gros changements de culture.»

SNC-Lavalin est aussi mêlée à une crise politique à Ottawa en raison d’allégations selon lesquelles le bureau du premier ministre Justin Trudeau aurait fait des pressions dans le but que les procureurs fédéraux négocient un accord à l’amiable avec la firme pour qu’elle évite un procès criminel.

Pour témoigner de sa confiance, le grand patron de la Caisse est même allé jusqu’à dire que l’institution serait prête à augmenter sa mise dans l’entreprise si certains éléments techniques ne venaient pas lui compliquer la tâche.

Les problèmes d’exécution à régler au Chili constituent un défi à court terme, mais la Caisse, rappelant qu’elle investit sur le long terme, croit que SNC-Lavalin est bien positionnée à l’échelle mondiale pour saisir de nombreuses occasions d’affaires.

«Le monde a besoin de milliards de dollars d’investissements en infrastructures, pas seulement dans les pays émergents, mais aussi dans les pays développés, a expliqué M. Sabia. Notre travail est d’identifier des sociétés avec beaucoup de potentiel à long terme. Ça c’est exactement la définition de SNC-Lavalin.»

Entre-temps, cela n’a pas empêché l’agence de notation Standard & Poor’s d’abaisser la note de crédit de la firme, alors que DBRS a placé l’entreprise en examen avec perspectives négatives.

SNC-Lavalin pourrait également faire face à des accusations criminelles au Québec. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales s’intéresse à l’enquête de la police fédérale à propos de gestes qui auraient été posés par l’entreprise au début des années 2000 entourant l’obtention d’un contrat de réfection pour le pont Jacques-Cartier.

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Des bureaux de SNC-Lavalin à Montréal

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PORTEFEUILLE HYDROCARBURES EN DIMINUTION 

La valeur des placements de la CDPQ investis dans des entreprises d’hydrocarbures a diminué de 3 milliards $ depuis au moins sept ans.

C’est ce que conclut une analyse des placements rendue publique jeudi matin par l’organisme Sortons la Caisse du carbone, un mouvement qui milite pour que la CDPQ désinvestisse dans les combustibles fossiles.

L’organisme a ainsi analysé, année après année, le rendement des 50 entreprises du secteur de l’exploitation gazière et pétrolière dans lesquelles la CDPQ détenait ses plus grands investissements boursiers, entre 2011 et 2018.

Durant cette période, ces sociétés ont enregistré des pertes de leur valeur de 4,3 pour cent, soit environ 3 milliards $, calcule l’organisme. «Carbone 50 (l’indice créé pour mesurer le rendement des 50 entreprises) a généré un rendement négatif au cours de six des huit dernières années étudiées», peut-on lire.

Seules les années 2013 et 2016 ont affiché un rendement positif, à 12,2 pour cent et 28,7 pour cent respectivement, calculent les analystes.

L’organisme estime que si les fonds avaient été investis dans d’autres secteurs, ils auraient pu générer entre 7,8 et 10,8 milliards $ de rendement supplémentaire, en fonction de la performance des autres indices comparés.

Le groupe rappelle également une analyse similaire de l’organisme Corporate Knights, qui avait évalué à 7,2 milliards $ la perte de rendement de la Caisse entre 2011 et 2015, dans le secteur des énergies fossiles.

L’organisme Sortons la Caisse du carbone attribue la baisse générale de la valeur des entreprises pétrolière et gazière à la transition énergétique qui s’opère graduellement, la baisse des coûts des énergies renouvelables et de leur technologie, la hausse des ventes des véhicules électriques, le coût croissant de l’exploitation des hydrocarbures, etc.

Les analystes de l’organisme estiment à 18,5 milliards $ la valeur des investissements de la CDPQ dans les énergies fossiles. Ils pressent la Caisse de désinvestir rapidement en raison du risque de «dépréciation sans précédent» des actifs du secteur du pétrole d’ici à quatre ans.

«Nos rapports n’ont jamais été réfutés par la Caisse, ni en tout ni en partie, du moment où nos analyses se basent sur des chiffres fournis par la CDPQ elle-même», a tenu à souligner un porte-parole de l’organisme, Diego Creimer, qui est rattaché à la Fondation David Suzuki.

En 2017, la CPDQ avait indiqué son intention de faire passer de 16 à 24 milliards $ ses investissements dans les actifs «sobres en carbone», d’ici à 2020. La Caisse avait du même souffle fait savoir qu’elle voulait que l’empreinte carbone de chaque dollar investi diminue de 25 pour cent d’ici à 2025.